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Cours du bléLes agriculteurs ont-ils pu tirer parti de la flambée des prix du blé tendre ?

Bon nombre d'agriculteurs expliquent ne pas avoir pu tirer parti des hauts niveaux de prix du blé tendre (©AdobeStock)
Bon nombre d'agriculteurs expliquent ne pas avoir pu tirer parti des hauts niveaux de prix du blé tendre (©AdobeStock)

Les prix du blé grimpent depuis le mois de juillet. Mais entre problèmes de qualité, réfaction des organismes stockeurs, ventes avant récolte et hausse des coûts des intrants, vous êtes nombreux à ne pas avoir vu la couleur de cette hausse.

Les prix du blé tendre ont passé la barre symbolique des 300 €/t ce 18 novembre sur le marché européen, dans le prolongement d’une flambée commencée début juillet. Les agriculteurs ont-ils pu tirer parti de cette hausse spectaculaire des prix ? Le sujet alimente en tout cas les discussions, sur notre site comme sur notre page Facebook.

Vous êtes nombreux à mettre en avant les problèmes de qualité qui ont marqué cette campagne et vous ont empêchés de bénéficier de bons prix. « Rien aux normes alors on ne profite de rien, sauf des augmentations que l’on subit », écrit par exemple Éric Letinois sur Facebook.

« Peu de blé remplit les critères pour être bien vendu »

« Pas un kg aux normes alors on s'en fout », déplore lui aussi Pierre-André Trinez. « Il y a peu de blé qui remplit les critères cette année pour être bien vendu, c’est aux deux tiers des blés fourragers », évalue de son côté Nicolas Sainthorant.

De fait, des réductions ont été appliquées sur les prix par les organismes stockeurs au moment de la livraison. « Les agriculteurs, finalement, ne bénéficient pas de ces hausses car elles sont réduites par les nombreuses réfactions, analyse ainsi Claire Ruault. J’ai pour preuve mes factures d’apport à la coopérative qui ressort un prix moyen après réfaction à 163 euros la tonne. Ce n’est pas top vu les rendements cette année. »

Même son de cloche pour Maxens : « On parle de moins 15 à moins 20 €/t pour les PS catastrophiques, alors au final, les prix n’auront rien d’exceptionnels ! ».

"Anti système", lui, juge que les coopératives qui ont appliqué des réfactions, voire déclassé les blés, risquent ensuite de les reclasser grâce au travail du grain, pour le vendre en meunerie. « C'est pour ça qu'il y a longtemps que je choisis les variétés les plus productives sans regarder le PS et que je vends directement à des fabricants d'aliments ! », conclut-il.

« Beaucoup ont vendu avant moisson »

Si les cours stratosphériques du blé ne se répercutent pas dans le porte-monnaie des agriculteurs, c’est aussi parce que beaucoup avaient engagé des volumes avant la flambée des prix. « Une bonne partie de la récolte est déjà vendue (besoin de trésorerie) », écrivait par exemple Bouillère le 19 août.

Selon un sondage lancé sur le site de Terre-net cette semaine-là, près de 30 % des votants avaient alors déjà vendu l’intégralité de leur production 2021 de blé tendre.

« Beaucoup ont vendu avant moisson à 180-190 €/t, puis le reste après autour de 200... Mais il en restait moins que prévu au vu des faibles rendements, estime Xavier Sys. Enfin tant mieux pour ceux qui ont pris le risque de stocker et d'attendre, ils seront récompensés ! ».

C’est par exemple le cas d’Arnaud Petit, qui explique sur Facebook qu’il a vendu un tiers de sa récolte de blé tendre à 170 puis 180 €/t, puis 35 % après récolte, à 230 €/t prix ferme. Il lui reste donc 35 % de ses volumes de 2021 à commercialiser. « Si je vendais aujourd’hui, l’objectif serait atteint », juge-t-il, heureux d’avoir pu « profiter des prix cette année ».

« L’augmentation de prix est bouffée par la flambée des engrais »

Dans vos commentaires, vous remettez en perspective la hausse des cours du blé en évoquant celle des intrants. « Même avec de bons prix pour les céréales, le compte n'y est pas, surtout vu le tarif des carburants et des appros en fertilisation ! », note ainsi Sébastien Barailler sur Facebook.

Marie-Caroline Galichet-Gasteuil le rejoint : « L’augmentation de prix est déjà bouffée par la flambée des engrais : x 3 pour la solution azotée et x 2 pour les engrais de fond », décrivait-elle le 2 octobre.

Jean-Michel Severe alerte de son côté sur les difficultés que la hausse des prix engendre en élevage : « La situation va devenir insoutenable pour les éleveurs en France. L’effet-ciseau (coût des intrants/prix payés à la production) est catastrophique ! Et la loi Egalim dans tout cela ? ».

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