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Europe et politique agricolePlaidoyer de Momagri pour une Pac plus forte avec des aides contracycliques

Directeur des études du think tank Momagri, Frédéric Courleux estime que l’Europe doit mettre en place rapidement des aides contracycliques, c’est-à-dire modulables en fonction des prix, pour mieux protéger les agriculteurs de la volatilité des prix.

Frédéric courleux, de Momagri, explique l’intérêt de mettre en place des aides contracycliques en Europe

« L

’UE et la Pac vont à contre-courant des autres puissances agricoles mondiales qui ont renforcé leur politique en faveur de leur agriculture. L’Europe continue sur la voie du découplage des aides alors que ce découplage a été abandonné par les autres puissances agricoles. » Directeur des études du think tank Momagri, Frédéric Courleux estime que l’Europe doit mettre en place rapidement des aides contracycliques, c’est-à-dire modulables en fonction des prix, pour mieux protéger les agriculteurs de la volatilité des prix.

« Les Etats-Unis, pays souvent considéré comme très libéral, soutiennent bien davantage leurs agriculteurs que ne le fait l’Europe. Un producteur de blé, par exemple, a l’assurance d’obtenir 202 $ par tonne pour au moins 85 % de sa production, en combinant le prix de vente et l’aide contracyclique. En France, certains producteurs français vont gagner autour de 130 € la tonne selon le prix du marché, puis 30 €/t de droit à paiement de base », argumente le spécialiste.

Selon lui, l’UE doit profiter de la prochaine réforme pour « adapter la Pac à l’environnement économique de l’agriculture en mettant en place des aides qui varient en fonction des prix du marché. »

Pour une production de blé, « nous avons calculé un prix d’équilibre européen de 215 €/t, correspondant au coût de production complet. Quand les prix descendent en dessous de 200 €/t, l’idée est de déclencher le versement d’aides pour compenser cette faiblesse de prix. » 

Le stockage et les biocarburants comme politiques publiques

Pourquoi remplacer les aides découplées ? « Parce qu’elles sont le plus souvent accaparées par l’environnement économique des agriculteurs, par l’aval, l’amont », répond-t-il. « Les aides découplées donnent aussi une mauvaise image des soutiens économiques des producteurs. »

La mise en place d’aides contracycliques devrait aussi s’accompagner du maintien d’outils de gestion des risques. « Il faut sortir du dogme de la non-intervention publique en agriculture. Nous savons que les marchés agricoles ont beaucoup de mal à rester équilibrés, du fait notamment de la structure des coûts, avec des coûts fixes importants dans les exploitations par exemple. » Selon Frédéric Courleux, il faut « réhabiliter les politiques de stockage ».

Surtout, « les biocarburants doivent être reconsidérés comme une politique agricole, et donc comme un débouché variable. » Momagri estime qu’il faudrait des taux d’incorporation de biocarburants variables, pas seulement en Europe, pour que les biocarburants soient utilisés comme un débouché de substitution en cas de crise.

Rappelons que Bruxelles a lancé depuis quelques jours, et jusqu'à fin avril 2017, une consultation publique concernant la prochaine réforme de la Pac. Michel Dantin, député européen membre de la commission de l'agriculture au Parlement européen, invite comme les représentants du think tank Momagri, à participer activement à cette consultation.

Rédacteur en chef de Terre-net

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