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[Reportage] AlimentationLa luzerne, allié santé des vaches laitières

De gauche à droite, Philippe Etienne, président de Déshyouest, Bernard Botte, éleveur en Ille-et-Vilaine, et Samuel Maignan, directeur de la coopérative de déshydratation. (©Cécile Julien)
De gauche à droite, Philippe Etienne, président de Déshyouest, Bernard Botte, éleveur en Ille-et-Vilaine, et Samuel Maignan, directeur de la coopérative de déshydratation. (©Cécile Julien)

En plein bassin laitier de Mayenne et d’Ille-et-Vilaine, des éleveurs produisent la luzerne, qui enrichira la ration de leurs vaches. Réunis en coopérative, ils déshydratent leur fourrage pour conserver toutes ses qualités. De nombreuses qualités qui font de la luzerne un atout pour l’autonomie protéique mais aussi la santé et la reproduction des laitières.

Depuis 30 ans, les vaches de Bernard Botte ont de la luzerne à leur menu. A chaque étape du développement de son exploitation, l’éleveur de Noyal-sur-Vilaine (35) y a vu un intérêt. « Quand je me suis installé, en 1983, j’avais 16 ha, retrace-t-il. La luzerne m’a permis d’intensifier mon système fourrager et de produire plus de lait avec moins de vaches, ce qui m’a arrangé plus tard pour le plan d’épandage ». Aujourd’hui, l’éleveur a entre 32 et 34 vaches pour produire son quota de 310.000 litres. Quand sa laiterie –Triballat – lui proposera d’entrer dans une démarche « lait sans OGM » pour sa production de fromages « Petit Breton », l’éleveur sera prêt. « Grâce à la luzerne, je n’ai rien eu à changer dans l’alimentation de mon troupeau pour toucher la plus-value de 10 euros/1.000 litres. On peut dire que la luzerne m’a fait gagner 3.000 euros par an », sourit-il.

La luzerne que cultive Bernard Botte est conservée sans perte et facile à distribuer grâce à la déshydratation. L’éleveur, comme 1 500 agriculteurs d’Ille-et-Vilaine, de Mayenne et du Nord Loire-Atlantique, est adhérent de la coopérative Déshyouest, qui déshydrate plus de 3.500 ha de fourrages (luzerne mais aussi trèfle ou maïs). « La déshydratation permet de conserver un maximum de feuilles, explique Philippe Etienne, éleveur laitier et président Déshyouest. La luzerne garde ainsi ses qualités nutritionnelles et l’éleveur a un produit homogène, facile à conserver et à distribuer. En plus, le chauffage permet de détruire une éventuelle flore toxinogène ».

Plus qu’un fourrage, un concentré

« La luzerne déshydratée m’apporte de la protéine avec un produit régulier », apprécie Bernard Botte. En ration hivernale, ses vaches à plus de 10.000 kg reçoivent de l’ensilage de maïs, 3 kg de luzerne en brins longs, 2 kg d’orge, de l’enrubanné RGA/TB, de l’okara (un sous-produit de la fabrication de yaourts au soja, riche en matières grasses). Les génisses sont en ration sèche. Sur les 2 à 3 ha de luzerne nécessaires à son troupeau, l’éleveur préfère maximiser la teneur en protéines, quitte à perdre un peu en rendement, en ajustant la fertilisation phospho-potassique et en choisissant un stade de coupe précoce.

Vétérinaire en Mayenne, Olivier Crenn suit principalement des éleveurs bovins, qu’il conseille sur l’alimentation et la reproduction.
Vétérinaire en Mayenne, Olivier Crenn suit principalement des éleveurs bovins, qu’il conseille sur l’alimentation et la reproduction. (©Cécile Julien)

Si, sur les économies de concentrés l’impact de la luzerne est facile à calculer, ses effets sur la santé sont réels mais plus difficiles à quantifier. « J’ai l’impression que mes vaches sont en pleine forme », estime Bernard Botte, qui avance pour preuve l’absence d’acidose ou de retournement de caillette dans son troupeau. Un ressenti que confirme Olivier Crenn, vétérinaire en Mayenne. « La luzerne est un aliment régulateur de la rumination et des fermentations », explique le vétérinaire. L’effet fibreux rééquilibre le fonctionnement du rumen, surtout face à des rations riches en énergie. La luzerne se conserve sous différentes formes - foin, déshydratée en brins longs, bouchon -, ce qui multiplie les possibilités de distribution à tous les animaux. « Avec un mélange de bouchons et de brins longs, on peut donner de la luzerne dès leur plus jeune âge aux futures laitières, encourage Olivier Crenn. C’est important de bien développer tôt le rumen, car à 6 mois, son nombre de fibres musculaires sera fixé ».

« Si la luzerne est le fourrage le plus produit au monde, c’est bien qu’elle a de nombreux intérêts, tient à souligner le spécialiste de la santé bovine. C’est en raison de sa teneur en protéines, de 15 à 26 % de MAT, mais aussi en oligo-éléments, en vitamines et en minéraux, qui concourt à une meilleure santé et donc à une meilleure productivité ». Tout ça grâce au système racinaire de la luzerne, qui, non seulement, a la capacité de fixer l’azote atmosphérique mais aussi, grâce à son enracinement très profond, de capter les micronutriments du sol. Par exemple, la luzerne a une forte teneur en beta-carotène, un précurseur de la vitamine A, vitamine importante pour la fertilité. « Cette vitamine se retrouve dans le lait. Les laiteries pourraient être prêtes à payer pour un lait à haute teneur en vitamine A plutôt que de devoir en rajouter », anticipe Olivier Crenn. Dans l’esprit de ce qui se fait avec les Oméga 3, les fameux bons acides gras, eux-aussi favorisés par la consommation de luzerne. Dans la luzerne, on retrouve aussi de la vitamine E, importante dans son rôle d’antioxydants face au stress, du potassium qui favorise l’ingestion, du zinc, qui joue sur le système immunitaire et la reproduction. « J’insémine mes génisses pour un vêlage à 24 mois », confirme Bernard Botte. « La luzerne permet d’améliorer la longévité des animaux et les intervalles entre vêlages, complète Olivier Crenn. Ce qui assure des animaux plus productifs ». De quoi conforter la place de la luzerne dans les rations.

Bernard Botte est éleveur laitier à Noyal sur Vilaine (35). Avec son épouse Annie et leur fils, ils élèvent également des poulets Label rouge.
Bernard Botte est éleveur laitier à Noyal sur Vilaine (35). Avec son épouse Annie et leur fils, ils élèvent également des poulets Label rouge. (©Cécile Julien)

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