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Luzerne déshydratéeAvec la coopérative Déshyouest, la luzerne s’ancre à l’Ouest

Philippe Etienne et Hervé Lhotellier, président et vice-président de l'union de coopératives Déshyouest. (©Terre-net Média)
Philippe Etienne et Hervé Lhotellier, président et vice-président de l'union de coopératives Déshyouest. (©Terre-net Média)

Déshyouest, tout est dit dans le nom de cette nouvelle union de coopératives : c’est la filière de déshydratation de la luzerne dans l’Ouest. Née le 6 décembre de la fusion de la Coopédom (35) et de la Codéma (53), cette nouvelle entité mise sur la complémentarité des outils pour proposer à ses 1 200 agriculteurs adhérents des prestations de récolte et de déshydratation des fourrages.

« Je ne pourrais plus me passer de luzerne ». Jean-Christophe Sebode est catégorique. « Cela fait cinq ans que j’utilise de la luzerne déshydratée et j’en vois tous les bénéfices pour mon troupeau, explique cet éleveur de Noyal-Chatillon en Ille-et-Vilaine (35). J’ai une moyenne d’étable à 11.000 litres. Grâce à ma luzerne, je n’ai plus aucun problème d’acidose, les frais véto ont réduit ». Comme tous les adhérents de Déshyouest, l’éleveur distribue à ses vaches la luzerne qu’il a cultivée. « Grâce à la déshydratation, on a toujours de la luzerne récoltée au bon stade, sans perte. La valeur alimentaire est beaucoup plus sûre qu’avec un ensilage », explique le jeune éleveur qui en distribue à ses laitières jusqu’à 4 kg de bouchons à au moins 18 % de matières azotées totales (MAT).

La luzerne repart mieux qu’un ray-grass

L’intérêt de la luzerne est double. D’abord pour le troupeau mais aussi pour l’environnement, elle permet une diversification de l’assolement avec une culture peu gourmande en intrants. « En été, grâce à son système racinaire profond, la luzerne repart mieux qu’un ray-grass dès qu’il y a un peu d’eau, apprécie Jean-Christophe Sebode. Je sécurise mes besoins de 35 tonnes avec 4 à 5 ha. Si ça produit bien, je peux vendre les dernières coupes ».

Mais beaucoup reprochent à la luzerne son coût élevé. « Il faut voir plus loin que sa facture, recommande Bernard Botte, éleveur à Noyal sur Vilaine (35), qui en utilise en brins longs depuis 30 ans pour son troupeau de 35 vaches. Certes, la luzerne a un prix mais elle permet des économies de frais vétérinaires, un gain sur la qualité du lait, la reproduction de ses vaches. Ma laiterie, Triballat, produit son fromage le Petit Breton avec du lait garanti sans OGM. Avec de la luzerne, ça ne me pose pas de problème et la laiterie me verse pour cela une plus-value de 10 euros aux 1.000 litres ». Une efficacité économique de la luzerne que confirme son contrôle laitier : à la dernière assemblée générale, Bernard Botte a remporté, parmi 90 éleveurs, le challenge rentabilité pour les performances technico-économiques de son troupeau.

Les deux éleveurs sont bien conscients que leur chance de pouvoir utiliser de la luzerne déshydratée tient à la filière de proximité créée par les deux coopératives : la Coopédom à Domagné (35) et la Codéma à Changé en Mayenne (53).

4 500 hectares d’ici deux ans

Depuis le 6 décembre, il faudra désormais parler de Déshyouest car les deux coopératives, déjà habituées à travailler ensemble, ont fusionné « afin d’optimiser notre fonctionnement et de spécialiser nos deux sites pour augmenter les surfaces que nous pouvons déshydrater, avance Philippe Etienne, le président de la nouvelle coopérative. Aujourd’hui, il y a 1 800 ha de luzerne en Ille-et-Vilaine, 1 300 ha en Mayenne. D’ici deux ans, nous pensons pouvoir récolter 4 500 hectares ». De quoi répondre aux attentes d’autonomie protéique des éleveurs. Et entre autres, de ceux qui travaillent en agriculture biologique : « Il y a pas mal de conversion, remarque Philippe Etienne. En peu de temps au niveau de la Coopédom, nous sommes passés de 47 à 74 adhérents en bio ». La luzerne s’implante aussi chez des céréaliers ou des éleveurs de porcs pour diversifier l’assolement. « C’est une culture économe en intrants qui permet de baisser l’indice de fréquence de traitement (IFT) de l’exploitation » avance le président.

Déshydrater pour de nouveaux marchés

Les quatre lignes de séchage seront mises en commun. « Nos zones de récolte se recoupent. En travaillant ensemble, nous optimiserons le temps d’occupation des séchoirs, explique Herve Lhotellier, vice-président de Déshyouest. Hors saison, nous réalisons d’autres produits comme des bouchons de bois ou du séchage de drèches ou de maïs épis. Ensemble, nous serons plus efficaces pour ces nouveaux marchés. Le tout nous permettra d’offrir aux éleveurs des prestations au juste prix pour un produit de qualité ». 

Autre chantier que la fusion facilitera, celui du coût de l’énergie. Si trois des quatre sécheurs fonctionnent déjà avec des énergies renouvelables (deux avec du bois et du miscanthus produit par les adhérents, un avec du biogaz), Déshyouest entend bien continuer ses efforts de baisse de consommation. « L’énergie la moins chère c’est celle qu’on ne consomme pas, souligne Hervé Lhotellier. Par exemple, avec le préfanage, nous traitons des luzernes plus sèches sans pour autant perdre en qualité ».

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