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Paroles de lecteursLes engrais azotés font autant débat sur Terre-net qu'au Sénat !

 Plutôt que de réduire le recours aux engrais azotés, « l'urgence climatique qui nous impose de végétaliser plus pour dépenser moins ! », estime Laurent Denise. (©Terre-net Média)
Plutôt que de réduire le recours aux engrais azotés, « l'urgence climatique qui nous impose de végétaliser plus pour dépenser moins ! », estime Laurent Denise. (©Terre-net Média)

« L'épineux sujet » des engrais azotés a animé les débats mercredi soir au Sénat. Depuis la parution de l'article y faisant référence, c'est la même chose sur Terre-net ! À défaut d'être « une bombe climatique », ces fertilisants font exploser les commentaires défendant leur utilisation. Pour les lecteurs en effet, « l'urgence climatique » n'est pas celle de leur réduction.

 

« C'est normal que la France soit le premier utilisateur d'engrais azotés, lance René Bourigault sur Facebook. D'une part, nous avons la plus grande surface cultivée d'Europe et de l'autre, nous sommes le pays qui limite le plus les fertilisants organiques... » 

gaby  s'inquiète sur Terre-net : « Nous produisons du blé CRC et améliorant. Or, pour avoir 15 % de protéine, il faut mettre plus d'azote que sur un blé standard. Si nous sommes contraints de baisser la quantité d'engrais, nous abandonnerons ce type de blé. Pas grave, les minotiers l'importeront du Canada ! »

« 0 production : pas grave, on importera ! »

« La France n'a qu'à interdire les engrais azotés, propose Frédéric Faure sur Facebook. Comme ça, notre agriculture ne produira plus rien et nous devons importer toute notre alimentation de l'étranger, ça sera beaucoup plus écologique ! »

Beaucoup plus écologique !

« Nos politiques veulent un génocide des agriculteurs français ou quoi ?, s'interroge Julien Guerin. Et que nous soyons encore plus dépendants des pays tiers ?? Ces derniers font-ils mieux que nous ??? »

Et la dépendance aux pays tiers ?

« (...) Depuis le temps qu'ils veulent imposer une redevance sur les fertilisants azotés !, s'exclame  moi-même sur Terre-net. Appelons un chat, un chat. Pas d'azote sur les cultures ou très peu : pas de problème, on importera un peu voire beaucoup plus d'OGM. On a les moyens... »

« Allons voir les pelouses de loisirs : terrains de foot, golfs, pelouses publiques et jardins privés... », suggère Jean-Luc Moens sur Facebook.

« Faire pousser les cultures sans engrais, ni phytos, ni eau... »

« Il faut avoir parfois le courage de dire les choses, écrit Yolaine Villain. Nous assistons en silence au génocide de notre agriculture française car impossible d'appliquer concrètement et sérieusement toutes ces nouvelles contraintes de production, accompagnées bien sûr de quelques juteuses taxes. Les pays, importateurs de nos productions, doivent s'en amuser. »

« Il va donc falloir faire pousser des végétaux avec très peu d'engrais azotés et encore moins organiques, à cause du déclin de l'élevage, prévient-elle. Et avec peu de traitements, réalisés 3h après le coucher du soleil et en moins de 5h, très peu d'eau... Tout ceci sans une quelconque rémunération alors les coûts sont supérieurs et dépassent largement les prix de vente. « Les agriculteurs deviennent de vrais magiciens et leur dernier tour de magie sera grandiose : il les effacera complètement du paysage français !! », ironise Yolaine.

Les agriculteurs deviennent de vrais magiciens !

« L'urgence climatique est là et tous ceux, qui commentent cet article en hurlant au scandale, sont accros au productivisme, estime au contraire sur Terre-net Popeye 76. Parler de décroissance de production n'est pas un gros mot ! Pour vivre de votre métier d'agriculteur, il faut vous poser trois questions : "à qui je destine mes produits ? Donc, comment je dois produire ? Et enfin, quelles productions je mets en place dans mon système pour acheter le moins possible d'intrants et ne pas subir la volatilité des cours ?" »

« De belles économies de charges »

« Ce qui est dingue c'est que la majorité des agris pensent qu'on ne peut pas produire sans chimie en agriculture !!!, poursuit-il. Je suis sorti du modèle conventionnel et je peux vous dire qu'en polyculture-élevage, la rentabilité est énorme en bio !! Pas grâce aux aides, aux prix de vente mais avec l'économie de charges opérationnelles, qui gonflent l'EBE de 50 % !!! » « Brisez les chaînes vous rendant esclaves du productivisme, qui enrichit tout le monde sauf les producteurs, et les consommateurs que vous êtes aussi !! », exhorte-t-il pour finir.

ptiloui témoigne : « Avant de passer en bio, on en avait pour 7 000 € d'engrais/an. Aujourd'hui, c'est 0. Et le blé était à 100 €/t, soit 70 t rien que pour payer les engrais... Notre production a baissé, mais pas d'autant ! Et le prix de vente n'a plus grand chose à voir... Sans compter que l'azote, on ne le met plus sur les cultures, ni sur les adventices non plus qui, du coup, prolifèrent bien moins. Et on se passe d'autant mieux des phytos par la même occasion. Encore de belles économies !! »

70 t de blé rien que pour payer les engrais !

« Par ailleurs, ajoute-t-il. Même avec des rendements plus bas en bio (en céréales car sur les prairies, ils n'ont pas changé, le nombre de bottes/ha dépendant infiniment plus de la pluie que de la fertilisation azotée s'il y a des légumineuses), on peut nourrir tout le monde sans avoir à importer. Seulement, il faudra peut être revoir certains usages et gaspillages, dans l'alimentation animale mais pas que... »

Popeye 76 est « d'accord avec ptiloui ». « Mon blé panifiable en bio, derrière une prairie à base de légumineuses, fera aisément plus de 50 q sans engrais, et sans maladies ! Il m'aura coûté un déchaumage, un labour, un semis + les semences, un battage et un fermage pour un chiffre d'affaire de 2 000 €/ha si je livre à la moisson et de 5 000 €/ha si je fais moudre le grain et ensacher en farine... »

« Les engrais augmentent la captation du carbone »

« Les engrais azotés n'ont strictement aucun impact sur le climat, juge pour sa part Laurent Denise. Ils sont synthétisés à partir du pétrole. Certes nous n'en avons pas en France, ce qui pose des problèmes de dépendance envers des pays instables ! Mais le pétrole n'est ni d'origine végétale, ni minérale. Quant à l'azote, c'est un élément naturel, présent en abondance dans l'atmosphère. Mais, pour en stocker dans les sols, il faut végétaliser massivement avec des plantes adaptées ! Rien ne se perd, rien ne se créé tout se transforme... »

L'azote, un élément naturel en abondance dans l'atmosphère.

Il continue sa démonstration : « Pour enrichir et protéger les sols, il faut augmenter la production végétale. L'équation est simple : sol nu = sol foutu = climat foutu ! Quand je pense à la dernière tribune du journal Le Monde qui parle des engrais azotés comme d'une "bombe climatique" ! "Les engrais azotés émettent massivement du protoxyde d’azote, un gaz 265 fois plus puissant que le CO2"...) (...) »

grrr confirme : « Tous ceux qui parlent dogmatiquement à ce propos omettent deux choses : 1)- que si l'agriculteur utilise des engrais, ce n'est pas pour le plaisir de faire prendre l'air au tracteur. 2)- que les engrais, bien appliqués, augmentent certes les rendements (c'est le but !) et à ce titre la captation du carbone par la plante entière. Pour rappel : quelles que soient les pratiques agricoles, un petit rendement entraîne une faible captation du carbone, n'en déplaise à certains ! »

L'agriculteur n'utilise pas des engrais pour faire prendre l'air au tracteur !

Laurent Denise résume, en reprenant les propos de Popeye 76 : « C'est justement l'urgence climatique qui nous impose de végétaliser plus pour dépenser moins ! » « Pourquoi pas copier l'écosystème forestier ?, avance-t-il. (...) La production de biomasse a un bilan positif, plus on en produit plus on augmente les capacités de sols à produire, à condition de ne pas sortir toute la matière organique et de l'incorporer ! (...) »

Journaliste installation/transmission des exploitations

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