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Café paysan, parcours Émergence...Accompagner l'installation agricole des Nima

« Les Nima ont une envie d'installation en agriculture mais le projet est rarement abouti », constate Emmanuelle Billard, co-présidente de la Ciap22.<strong> </strong>(©Pixabay)
« Les Nima ont une envie d'installation en agriculture mais le projet est rarement abouti », constate Emmanuelle Billard, co-présidente de la Ciap22. (©Pixabay)

Ils sont une douzaine, entre 30 et 45 ans, assis en cercle à participer ce soir-là à un « café paysan » à Saint-Brieuc : tous souhaitent changer de métier et se lancer dans l'agriculture, fourmillant de projets pour la nouvelle vie qu'ils envisagent.

Non issus du milieu agricole (Nima) pour la plupart, ils rêvent du métier d'agriculteur que souvent ils connaissent peu. Tous n'en sont pas au même stade de réflexion. « Les gens qui frappent à notre porte sont des Nima. Ils ont une idée, une envie d'installation en agriculture mais le projet est rarement abouti.(...) Ils en sont parfois au stade du rêve. Il arrive qu'on se fasse une idée du métier du métier d'agriculteur bien éloignée de la réalité », explique à l'AFP Emmanuelle Billard, co-présidente de la Coopérative d'installation en agriculture paysanne des Côtes-d'Armor (Ciap22), à l'origine de ce café-paysan.

« Notre but, c'est qu'ils gardent cette envie, parviennent à des installations agricoles pérennes et qu'ils arrivent à vivre » décemment de l'agriculture. Parce qu'ils « viennent de l'extérieur », les Nima, qui représentent environ un tiers des installations, « apportent un regard frais et neuf » sur la profession. Ce qui est certain, c'est que la Bretagne a de la place pour les accueillir : selon la chambre régionale d'agriculture (CRA), 52 % des agriculteurs vont partir à la retraite dans les dix ans. Actuellement, elle enregistre une seule installation d'agriculteur pour quatre départs à la retraite.

Notre but, c'est qu'ils gardent cette envie d'agriculture, parviennent à des installations pérennes et qu'ils arrivent à vivre décemment.

« Échanger et confronter avant de s'installer »

Emmanuelle Billard, enseignante avant de prendre elle-même, il y a une dizaine d'années, le virage de l'agriculture, leur expose la vision de la Ciap : « Le cœur de notre métier, c'est l'installation agricole et la transmission des exploitations. Moi, je n'ai pas envie de vivre dans un désert à la campagne : je veux avoir des voisins autour de moi ! », dit-elle, inquiète de voir certaines structures s'agrandir via le rachat de fermes dont le propriétaire part en retraite, ce qui favorise un dépeuplement des villages.

Ce soir, vous allez rentrer frustrés, mais c'est un premier pas vers l'installation.

« Ce soir, vous allez rentrer frustrés, mais c'est un premier pas pour une mise en réseau. Car notre objectif, outre le fait de vous aider à affiner vos projets d'installation agricole, c'est vraiment de vous donner des contacts pour que vous ne soyez pas seuls, que vous puissiez échanger, confronter, avant de vous installer mais après aussi », poursuit-elle.*

Passer du « rêve » à la « réalité »

À ceux qui décident de poursuivre après cette première rencontre, la Ciap propose le parcours "Émergence", une première formation de dix jours, volontairement étalée sur plusieurs mois. « On veut leur laisser du temps, aller explorer, découvrir, ouvrir un peu tous les horizons, mieux connaître la réalité aussi », développe Aurélie Brimbeuf, animatrice à la Ciap22. « Nos formations comportent toujours des témoignages de paysans déjà installés, des visites de fermes ». Pour ceux qui persistent ensuite dans leur projet, "Émergence" est suivie d'une seconde formation, cette fois d'une année, avant le grand plongeon.

Au café-paysan, arrive l'heure des témoignages justement. Samuel, néo-agriculteur, détaille son expérience puis répond au flot des questions. Paysan-boulanger, il est installé « avec un pote » depuis cinq ans : « Le choix de la production s'est faite un peu par déduction, à partir de ce qu'on ne voulait pas. Pas d'élevage, par exemple ». « On n'est propriétaires de rien, on est locataires » de 20 hectares cultivables, explique-t-il, et le pain est vendu en circuit court.

Le travail est chronophage mais ils prennent quand même quatre semaines de vacances par an. « En gros, on fait 50 heures par semaine. Les trois premières années, c'était plutôt 60. Maintenant, on travaille à descendre à 45 ». « On est contents », ne serait-ce que de « donner du bon pain aux gens », dit Samuel devant le public rêveur.

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