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La production laitière, ils y croient !Dans le Jura, Guillaume Basset a rejoint un Gaec en Aop Comté

Dans le Jura, Guillaume Basset a rejoint un Gaec en Aop Comté

A Lavigny, à proximité de Lons-le-Saunier, chef-lieu du Jura, Guillaume Basset s’est installé hors cadre familial en Gaec. Il livre le lait de ses 70 Montbéliardes à une coopérative qui le transforme en Comté et Morbier Aop.

Web-agri : Pourquoi avez-vous choisi d’être agriculteur ?

Guillaume Basset : J’ai tout d’abord passé une dizaine d’années derrière un bureau comme dessinateur industriel. Puis lassé du manque de reconnaissance et d’avoir "un patron sur le dos", l’agriculture, ma première passion transmise par mes parents, m’a rattrapée. Mais la ferme familiale était déjà prise par mes cousins et elle ne pouvait pas accueillir un associé de plus.

J’ai toujours voulu être agriculteur, pas forcément éleveur d’ailleurs. C’est un métier où l’on apprend tous les jours même si le travail peut a priori paraître routinier. Il faut sans cesse se remettre en question et expérimenter de nouvelles pratiques.

WA : Quel est votre parcours d’installation ?

G.B : C’est par la Cuma de mes cousins que j’ai appris qu’un Gaec à trois associés avait l’intention de se séparer. Le Gaec comptait à l’époque 45 laitières et des vignes. Deux frères sont sortis de la société pour se consacrer à la viticulture.

L’associé restant a six ans de plus que moi. C’est une appréhension supplémentaire de s’installer avec quelqu’un que l’on ne connait pas. Mais avec le recul, c’est souvent mieux qu’en famille où il peut y avoir des histoires qui ressortent, même après plusieurs générations.

Il s’est passé deux ans entre notre première rencontre et mon installation. Je venais travailler sur la ferme le soir et les week-ends. Cela nous a permis d’apprendre à nous connaître et de me familiariser avec l’exploitation.

J’ai fait ce que l’on appelle un stage « Proforea » (Programme de formation à la reprise d’une exploitation agricole) qui fait partie du programme régional à l’installation (Pri) en Franche-Comté réservé aux candidats hors-cadre familial. C’est un très bon système qui permet à la fois de faire un stage de parrainage dans sa future ferme, de recevoir une formation théorique, tout en étant financé par la région (7.000 à 15.000 €) en plus de la Dotation jeune agriculteur (Dja). Par ailleurs, on peut toucher le chômage en parallèle durant la période de stage.

Avec la Dja et le Pri, j’ai reçu 25.000 euros au total. J’ai emprunté 180.000 euros pour acquérir 40 % des parts sociales du Gaec, mais aussi la moitié des dettes de la société.

WA : Pourquoi avez-vous choisi cette exploitation ?

G.B : Le système polyculture-élevage en plaine me plaisait bien. Je ne me serai pas vu en haute-montagne à m’occuper uniquement des vaches. La livraison du lait à une coopérative de Comté est aussi un bel atout puisque le lait est rémunéré autour des 450 €/1.000 litres en moyenne. C’est rassurant d’être partie prenante de la coopérative fromagère et d’être acteur de notre filière à forte valeur ajoutée. J’apprécie également de pouvoir participer à la démarche de l’Aop Comté, de discuter des orientations ou du budget à consacrer à la communication auprès des consommateurs.

Nous avons un quota de 430.000 litres avec 70 vaches à la traite. L’ensilage de maïs ou d’herbe est interdit par le cahier des charges de l’Aop Comté et nous ne pouvons pas dépasser une production de 4.600 litres par hectare. L’alimentation du troupeau est donc basée sur l’herbe, pâturée d’avril à novembre, et nous récoltons 300 tonnes de foin dont la moitié est stockée en vrac. C’est un système qui fonctionne bien les années où l’on peut rentrer du bon foin. Mais depuis deux ans, la qualité des fourrages est assez médiocre à cause de la pluie. Les vaches ne produisent pas suffisamment de lait à mon goût et le prix des aliments est élevé.

WA : Du coup, parvenez-vous à tirer un revenu suffisant ?

G.B : Je trouve qu'il n’est pas à la hauteur des contraintes du métier, du moins en ce moment. Financièrement, j’ai des difficultés à m’en sortir : sur les 1.500 euros que je prélève chaque mois, j’en donne 1.000 à la banque pour rembourser l’emprunt. Heureusement que ma femme travaille à l’extérieur pour nourrir nos deux enfants.  

Un des aspects négatifs d’être en Gaec plutôt qu’en individuel, c’est que je paie davantage de cotisations sociales que mon revenu réel : vis-à-vis de la Msa, les emprunts JA ne sont pas déduits dans le montant du revenu, alors que c’est le cas pour une exploitation en individuel. Néanmoins, le Gaec offre d’autres avantages : un associé apporte plus de souplesse dans le travail qu’un salarié. Nous prenons un week-end sur deux et j’essaie de partir une semaine en vacances par an.

WA : Vous êtes également administrateur JA en charge de l’installation. Y a-t-il suffisamment de candidats prêts à s’installer dans le Jura ?

G.B : Pour maintenir un rapport de trois départs en retraite pour deux nouveaux installés, il faudrait 80 candidats par an. Nous avons installé 67 personnes l’an dernier, dont la moitié en production laitière et une vingtaine avec des projets diversifiés tournés vers les circuits courts. La moitié des installations se sont réalisées hors cadre familial. Dans le Jura, il y a plutôt de la demande pour reprendre des exploitations en individuel malgré des capitaux et des charges de travail élevés. Les éleveurs suisses et belges n’hésitent plus à passer la frontière pour acheter des fermes moins chères que chez eux. Nous rencontrons plus de difficultés à trouver des candidats pour renouveler les associés dans les Gaec.

Environ 50 % des éleveurs laitiers ont plus de cinquante ans, le potentiel d’installation dans les dix ans à venir est important. Il y a aussi de la place pour les nouvelles vocations dans le Jura, notamment en production porcine pour la saucisse de Morteau, voire en ovins viande. Par contre, j’ai l’impression que la demande en produits issus de la vente directe aurait plutôt tendance à se tasser.

WA : Auriez-vous un conseil à donner aux jeunes qui souhaiteraient s’installer ?

G.B : Sans doute de multiplier les expériences avant de se « cloîtrer » dans une ferme. Toutes les expériences, agricoles ou non, sont bonnes à prendre pour devenir agriculteur. J’ai travaillé en service de remplacement et cela m’a beaucoup appris. Je trouve qu’il y a encore pas mal de jeunes qui s’installent en cadre familial et qui ne connaissent pas grand-chose d’autre que leur système de production.

Pour ma part, je m’investis dans les JA. C’est important de conserver des activités à l’extérieur une fois que l’on est dans le métier. Cela permet de ne pas passer son temps à se regarder le nombril et de voir ce qui se passe dans d’autres départements.

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Installation en production laitière
Pour accéder aux autres reportages de la série spéciale "La production laitière, ils y croient", cliquez sur la photo. (©Terre-net Média)

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