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[Témoignage] Laurent Lepape, Finistère« Les crises du lait ont déclenché nos virages stratégiques pour notre élevage »

Partant d’une logique d’agrandissement et d’augmentation des volumes avec un système intensif très dépendant des intrants, Laurent Lepape, éleveur à la pointe du Finistère, a réagi aux deux dernières crises laitières – 2009 et 2015 – en opérant des changements radicaux de stratégie d’exploitation. Des changements salvateurs qu’il regrette ne pas avoir fait plus tôt.

[Vidéo] Témoignage de Laurent Lepape, « éleveur heureux »

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Comme à chaque édition du Space, la FRGeda de Bretagne et Trame organisent des ateliers débats « Les éleveurs parlent aux éleveurs » sur des thématiques bien précises. L’un des deux débats organisés lors du Space 2018 évoquait le bien-être des éleveurs. Laurent Lepape y est venu pour témoigner de son parcours d’éleveur, depuis son installation il y a 18 ans et de sa volonté d’agrandir son exploitation. Récemment, il a changé radicalement de stratégie, en opérant une conversion biologique et en réduisant sensiblement la production. Un choix qu’il ne regrette pas, après des années de pression et de difficultés financières.

À Beuzec-Cap-Sizun dans le Finistère, face à la mer, à quelques encablures de la pointe du Raz, Laurent Lepape s’installe en 2000 avec sa mère sur la ferme familiale de 33 ha, avec un troupeau d’une trentaine de vaches pour un quota de 200 000 l. « Dès mon installation, nous avons cherché à développer l’exploitation. En cinq ans, nous sommes passé de 30 à 80 vaches, et de 33 à 100 ha. » L’agrandissement s’opère en reprenant deux exploitations voisines et en embauchant les deux agriculteurs cédants. La production de l’exploitation est multipliée par trois, passant de 200 000 à 650 000 l annuels.

La crise du lait, en 2009, remet en cause son exploitation. « La crise de 2009 a eu un impact financier énorme. Il a fallu se relever de cela. » La crise est d’autant plus difficile à surmonter que l’agriculteur doit gérer ses deux salariés, tous deux plus âgés que lui.

Mais la crise de 2009 permet à l’éleveur de prendre conscience des points faibles de son exploitation. « On s’est aperçu que nous n’avions plus d’autonomie. Notre système maïs-soja avec beaucoup de concentrés, mais quasiment pas de pâturage, nous rendait très dépendant aux intrants. Il nous fallait absolument retrouver de l’efficacité économique pour avoir envie de continuer. »

En cinq ans, l’éleveur change radicalement la conduite de son élevage, passant d’un système maïs à un système herbager. « On est passé de 20 % à 85 % d’herbe. »

Mais après deux « bonnes années » - 2013 et 2014 – l’éleveur subit, comme tous les autres, la crise laitière de 2015. Même s'il était « mieux armé pour l’affronter », il était toujours en « recherche de stabilité et d’un système plus rémunérateur ».

En novembre 2015, l’éleveur « appuie sur le bouton » du bio, en entamant la conversion de son exploitation. « Notre exploitation était encore fragile. » Cette conversion en bio était indispensable pour « retrouver de la sérénité et un prix du lait qui rémunère son producteur. »

Un fournisseur pour qui vous allez générer deux ou trois fois moins de chiffre d’affaires ne va pas vous conseiller de changer de système. 

Aujourd’hui, Laurent Lepape se dit « heureux » d’avoir opéré ces changements. Une remise en question qu’il n’aurait peut-être pas pu réaliser sans son groupe de développement. « Le groupe lait permet de chercher et trouver des solutions qui ne sont ni dans les livres, ni dans les poches des techniciens. » « Un fournisseur pour qui vous allez générer deux ou trois fois moins de chiffre d’affaires ne va pas vous conseiller de changer de système », résume-t-il. « L’expérience des autres permet de s’enrichir et de partager ses propres erreurs. » Une fois par an, les 15 éleveurs de son groupe "lait" mettent leur comptabilité sur la table. « On se met à nu. Ce n’est pas toujours facile de le faire. Mais ça aide à avancer et progresser. » L’échange entre agriculteurs lui a permis de « sortir des sentiers battus, sans regret. » Son seul regret justement : « ne pas l’avoir fait plus tôt ».

« Pour être heureux dans son métier, il faut d’abord gagner sa vie, et aussi pouvoir se dégager du temps. Quand les difficultés sont trop grandes, il faut s’ouvrir et aller chercher des conseils auprès des autres. »

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