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Grippe aviaireL'élevage de volailles plein air mis à mal par les confinements répétés

« Ils sont allés trop loin, ils nous radicalisent » : des éleveurs ne digèrent pas de devoir confiner leurs volailles à cause de la grippe aviaire, jugeant qu'ils « trompent » des consommateurs qui plébiscitent la mention « plein air » sur les étiquettes.

Pour Jean-Paul Gobin, c'est « niet ». L'éleveur de volailles bio des Deux-Sèvres refuse d'enfermer ses canards. Il est pourtant installé dans l'une des près de 6 000 communes françaises où le confinement est obligatoire depuis le 10 septembre, en particulier le long de la façade Atlantique et du couloir rhodanien - des zones humides prisées par les oiseaux migrateurs, susceptibles d'être porteurs de l'influenza aviaire (communément appelée grippe aviaire) et donc d'introduire ce virus dans les élevages.

Le niveau de risque en France est « modéré » depuis la découverte d'un premier cas dans une basse-cour des Ardennes en septembre. Si le risque passait à « élevé », tous les éleveurs français de volailles devraient enfermer leurs animaux - comme aux Pays-Bas depuis le début de la semaine. L'objectif est d'éviter la répétition du scénario de l'hiver dernier : la grippe aviaire a fait des ravages dans le Sud-Ouest, entraînant l'abattage de plus de 3,5 millions de volailles, principalement des canards.

« C'est inconcevable pour moi d'élever des volailles en bâtiment », reprend Jean-Paul Gobin, pour qui cela implique en outre une « tromperie magistrale et scandaleuse du consommateur, qui n'est aucunement informé de cette mesure ». Car la mesure étant imposée par l'État, les étiquettes des poulets confinés n'ont pas à être modifiées... et peuvent donc continuer légalement à afficher « plein air ».

La filière avicole française craint que le virus atteigne un élevage professionnel, ce qui ferait perdre à la France son statut « indemne » vis-à-vis du virus et bloquerait des débouchés à l'exportation.

« Moi, j'en n'ai rien à faire de l'exportation des poulets, c'est pas mon problème », peste Sylvie Colas, porte-parole de la Confédération paysanne du Gers, où elle élève des poulets et poules pondeuses bio depuis 30 ans, vendus en direct. Pas encore concernée par les restrictions, Sylvie Colas l'assure : « Je n'enferme pas et je n'enfermerai pas. » À l'heure actuelle, les autorités permettent de laisser les volailles de plus de dix semaines prendre l'air, dans un espace réduit. « C'est un préau de cour de récréation, c'est ridicule », s'indigne Sylvie Colas, pour qui les autorités et la filière « sont allées trop loin » dans les restrictions - « ils nous radicalisent ».

« Ça me mine »

« On ne peut pas ne pas respecter la loi. Parce qu'on met ses voisins, toute une filière en danger », réprouve Bernard Tauzia, le président du syndicat des volailles fermières (Synalaf). « Notre mode d'élevage n'est pas remis en cause, c'est exagéré », ajoute l'éleveur de volailles fermières des Landes, département le plus touché l'an dernier par l'épizootie.

Le président des Fermiers de Loué - qui représentent autour de 20 % de la production nationale de volailles Label Rouge et bio - se demande si les éleveurs réfractaires « ne jouent pas contre leur camp ». « On pourra sortir encore nos volailles, on peut faire du bon boulot avec ça, chacun doit être bien responsable », insiste Yves de la Fouchardière.

Il met aussi en avant que, même sans accès à l'extérieur, ce mode d'élevage reste plus vertueux que le standard, avec « des durées d'élevage trois fois plus longues, deux fois moins de volailles dans le bâtiment ». Reste que les éleveurs manifestent une forme de découragement.

Dans une vidéo de neuf minutes publiée sur YouTube le 12 septembre, Lucie Mainard évoquait sa « tristesse absolue » de devoir renfermer ses poules qui n'ont pu sortir que trois mois dans l'année. « Ça me mine, ça me fout le moral à zéro d'avoir les poules qui ne sont pas dehors », regrettait-elle, depuis une vaste étendue de terre, entièrement vide. « Enfermer nos volailles, c'est nous asseoir sur nos valeurs, même si nous comprenons parfaitement la situation », précise à l'AFP l'éleveuse de Vendée, qui s'interroge sur le manque d'accompagnement technique, financier, mais aussi psychologique des éleveurs devant des décisions décrétées « pour le bien collectif ».

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