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Crise aviaireLes éleveurs de canards landais, impuissants, inquiets mais combatifs

« Covid ou grippe aviaire, au fond c'est un peu pareil, ces virus on ne les voit pas, et ici, ça décime nos canards » : En Chalosse, dans les Landes, les éleveurs subissent, impuissants mais combatifs, l'abattage massif de leurs palmipèdes.

Ce département, où se concentre le quart de la production française de foie gras, est touché par une nouvelle influenza aviaire, la troisième en cinq ans.

En entrant dans la ferme de Parlariou, chez Corinne et Xavier Potier à Gamarde, il n'y a plus que des bœufs de Chalosse. Les 1 400 canards qu'ils élèvent en autarcie - du premier jour à l'abattage - ont été euthanasiés sur place mercredi.

« Ça a commencé le soir du nouvel an, certains, pourtant claustrés, étaient atteints », explique Corinne, et une semaine après, « les voir tous morts, sains ou infectés, dans une benne, c'est dur ; j'ai rêvé de canards cette nuit... ».

Xavier, lui, a aidé, avec le godet de son tracteur, à transporter les cadavres au côté des services sanitaires : « ça fait mal aux tripes », dit-il, la gorge nouée, déplorant le retard pris dans les abattages qui a permis au H5N8 de se propager.

Déjà affectés en 2017 par le virus, également touchés par le Covid avec l'annulation des marchés de producteurs estivaux, des fêtes locales et la fermeture des restaurants, les Potier, bientôt à la retraite, comparent ce nouvel épisode aviaire à « un K.O » pour leur exploitation artisanale.

Et maintenant ? « Il faut un vide sanitaire global rapide et on va se battre pour repartir au printemps ».

Pour le couple qui dénonce « la surproduction des gros » du secteur, la solution doit passer par la vaccination, pas par la claustration, même si ce sont les oiseaux migrateurs qui contaminent leurs animaux. « Le canard, ça vit en plein air », plaident-ils, défendant un produit traditionnel d'exception gavé au maïs grain entier, et pas à la bouillie comme chez les industriels. Venu en voisin, béret sur la tête, Patrick Alirot, gaveur pour la Maison Paris et trésorier du Modef (exploitants familiaux), ne dit pas autre chose : « ça va être un combat mais il faut qu'il y ait de la place pour tout le monde »

 « On a perdu trop de temps »

A force de crises, et malgré les indemnisations promises, Corinne craint en tout cas de voir certains mettre la clef sous la porte et « nos savoir-faire disparaître. On a presque tous entre 50 et 60 ans ».

Membre des Jeunes agriculteurs, Sébastien Laporte, 35 ans, s'est, lui, installé en 2016 à Montaut. 200 000 euros d'investissement, plus 50 000 euros cet été pour un nouveau bâtiment.

Touché en 2017 avec le souvenir d'« une montagne blanche de cadavres », il a vu partir ces derniers jours en camion 8 000 de ses canards vivants pour être abattus préventivement, une voisine ayant eu des cas positifs.

« On a perdu trop de temps, maintenant il faut un vide sanitaire, les cas pètent de partout », dit l'éleveur de 24 000 canards à l'année, avant gavage, pour le groupe Larnaudie. Selon lui, la suite passe par la claustration, car « la vaccination pose problème à l'export ».

« Le Sud-Ouest c'est le plein air. Mais on n'a pas le choix, de mi-novembre à mi-mars (pendant les périodes de migrations de la faune sauvage, ndlr), il faut fermer les canards. En intérieur, avec de la lumière naturelle, paillés et bien nourris, ils sont pas malheureux ! On parle de survie de la filière là. C'est un confinement temporaire, comme le Covid », plaide-t-il.

Sébastien salue cependant les efforts globalement faits en biosécurité (sas sanitaire, bâtiment, désinfection...) même si « certains, petits ou gros, ne jouent toujours pas le jeu ».

En attendant les indemnisations, il espère surtout pouvoir reprendre des canetons au plus vite, « l'hiver va être long sans travail. Mais c'est une filière qui rémunère, il faut se réinventer. Moi j'y crois, le canard, c'est un mets adoré des Français ».

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