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Grippe aviaire dans le Sud-Ouest« Inflation galopante » des foyers de la maladie, abattages massifs attendus

Les autorités sanitaires vont prochainement étendre les abattages préventifs de canards dans le Sud-Ouest de la France pour tenter de contenir la flambée des cas de grippe aviaire, a affirmé jeudi à l'AFP l'interprofession du foie gras Cifog.

« Nous demandons un vide sanitaire (une période sans animaux dans les élevages, NDLR), on voit que la situation est hors de contrôle, qu'on ne maîtrise plus le virus. Il n'y a pas d'autre solution », a déclaré à l'AFP, Hervé Dupouy, éleveur à Castelnau-Tursan et président de la section palmipèdes FNSEA des Landes. « On dépeuple (abat préventivement les canards, NDLR) dans l'ensemble du département, et après on fait un vide sanitaire et dans deux mois, on peut remettre des animaux et recommencer à produire », a-t-il plaidé, pestant contre la « lenteur de l'administration », selon lui « phénoménale ».

« On a un virus qui est plus fort que nous. Il y a toujours de nouveaux foyers qui apparaissent », a déploré la directrice du Cifog, Marie-Pierre Pé, estimant à une centaine désormais le nombre de foyers recensés en France, majoritairement dans les Landes, mais aussi dans le Gers et les Pyrénées-Atlantiques.

Le dernier bilan communiqué par le ministère de l'agriculture, arrêté au 1er janvier, faisait état de 61 cas confirmés d'influenza aviaire (communément appelée grippe aviaire) dans des élevages et animaleries, dont 48 dans le seul département des Landes. Interrogé, le ministère de l'agriculture ne souhaitait pas faire de commentaire dans l'immédiat.

Mme Pé a évoqué auprès de l'AFP une « inflation galopante » des foyers et des suspicions de contamination. « On attend l'évolution de la stratégie de lutte » contre l'épizootie, détectée pour la première fois dans un élevage français début décembre, « puisque la stratégie de dépeuplement [abattages préventifs localisés] n'est pas suffisante », a-t-elle déclaré.

C'est un « constat d'impuissance devant un virus qui va plus vite que nous », a-t-elle ajouté, évoquant notamment du « retard pris » dans les abattages faute de moyens humains « entre Noël et Nouvel An ».

Selon ses informations, un « dépeuplement » concernant un périmètre plus étendu devrait être ordonné dans les Landes et des « mesures renforcées » prises dans le Gers et les Pyrénées-Atlantiques, un bassin contenant « plus de 5 millions » de palmipèdes élevés pour leur foie gras.

Le chef français des services vétérinaires Loïc Evain avait indiqué mardi à l'AFP que plus de 200 000 canards avaient déjà été abattus en France pour essayer d'endiguer l'épizootie, et que 400 000 palmipèdes supplémentaires étaient en passe de l'être de manière préventive.

Cette crise renvoie les éleveurs du Sud-Ouest aux douloureux hivers 2015-16 et 2016-17. Lors du premier épisode d'influenza, il n'y avait pas eu d'abattage d'animaux sains, mais neuf millions de volailles n'avaient pas été mises en production (« vide sanitaire »), a rappelé Mme Pé. Lors du deuxième, 4,5 millions de canards avaient été abattus et la filière s'était engagée à investir pour renforcer la biosécurité, afin d'essayer d'éviter la répétition du scénario.

Ces investissements se comptent « en centaines de milliers d'euros » sur le bassin de la Chalosse, dans les Landes, où l'influenza aviaire fait à nouveau rage actuellement.

Le Cifog « demande de réactiver le système d'aides mis en place en 2017 », comprenant des aides pour les couvoirs, les éleveurs mais aussi les entreprises de transformation « qui vont être en manque de matière première ». La souche H5N8 de l'influenza aviaire, qui sévit aussi dans le reste de l'Europe, a été repérée en France mi-novembre, et pour la première fois dans un élevage début décembre, déclenchant notamment un embargo de la Chine à l'égard des volailles françaises. La France espère conclure prochainement avec la Chine un accord pour continuer à lui exporter depuis les territoires restés indemnes.

L'impératif est « de gérer vite et bien cette crise, y compris en passant par des mesures radicales, pour montrer [aux pays importateurs] en quoi notre système sanitaire est efficace et permet de circonscrire la maladie », soulignait mercredi Isabelle Chmitelin, la directrice générale de Chambres d'agriculture France.

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