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Foncier agricoleDevant les tribunaux, le Pays basque se bat pour sauver les terres agricoles

 Selon la Safer, la partie française du Pays basque a perdu plus de 2 450 ha de terres agricoles de 2015 à 2018. (©Terre-net Média)
 Selon la Safer, la partie française du Pays basque a perdu plus de 2 450 ha de terres agricoles de 2015 à 2018. (©Terre-net Média)

Depuis 2013 au Pays basque, où la pression foncière et immobilière est croissante, une association lutte à coups de recours devant les tribunaux contre le grignotage des terres agricoles : « Il faut se battre continuellement », dit son vice-président.

« On veut que les gens sachent que tout ne peut pas se faire », affirme à l'AFP Dominique Amestoy, vice-président de Lurzaindia qui entend « préserver la terre nourricière au service d'une agriculture paysanne ». Selon l'association qui s'appuie sur des données de la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer), la partie française du Pays basque a perdu plus de 2 450 ha de terres agricoles de 2015 à 2018.

Selon des chiffres 2019 de la direction départementale des territoires et de la mer, 7 200 ha de terres agricoles ont été perdus entre 2000 et 2015 dans les Pyrénées-Atlantiques, au profit de l'activité industrielle et commerciale et de l'habitat, dont les 3/4 des opérations se font sur des terres agricoles.

À coups de recours devant les tribunaux, l'association se met en travers des velléités d'urbanisation et de construction de communes ou de particuliers. Dans son viseur, les plans locaux d'urbanisme (PLU), ces documents communaux qui déterminent la nature de chaque parcelle : agricole, constructible, à urbaniser, naturelle et forestière, etc.

« Quand une zone agricole devient constructible, la Safer reçoit une alerte et nous en informe », précise le militant paysan. Car la Safer mène une enquête en amont, en collaboration avec les syndicats agricoles locaux. L'ELB, pendant de la Confédération paysanne, informe Lurzaindia qui attaque alors les PLU ou organise des actions plus médiatiques. Les combats se révèlent bien souvent longs et laborieux. Exemple à Saint-Jean-de-Luz : le sort d'une parcelle agricole de dix ha à l'entrée de la ville balnéaire, vendue à un particulier en vue d'y construire une habitation, est en suspens depuis 2013. « Le tribunal de Bayonne nous a donné tort, la cour d'appel de Pau nous a donné raison. Maintenant, on est en cassation, donc on attend », résume le vice-président.

De plus en plus de zones artisanales

Non loin du littoral, comme à Arbonne ou Cambo-les-Bains, les plans locaux d'urbanisme sont actuellement attaqués devant le tribunal administratif par Lurzaindia, parfois associée à d'autres structures de défense de l'environnement ou de riverains mécontents. Là encore, des parcelles classées comme agricoles ou naturelles sont en passe d'être urbanisées, pour satisfaire les besoins en logement d'un territoire où le gain démographique annuel est de 3 000 personnes.

Mais l'intérieur des terres n'est pas non plus épargné en raison, selon Lurzaindia, de la multiplication des zones artisanales. « Ce sont celles qui s'étendent le plus ces dernières années, sur les terres les plus plates et les plus belles. L'éleveur doit alors partir dans les pentes », explique Dominique Amestoy. Sur celles de Lohitzun-Oyhercq justement, village de 200 habitants, Julen Perez et Sabrina Larzabal ont bénéficié de l'aide de l'association.

Là, pas de combat juridique, mais un autre axe de lutte : l'installation de nouveaux agriculteurs par l'épargne populaire, car Lurzaindia finance l'achat de terres ou de bâtiments agricoles. Elle a permis d'installer 33 paysans pour environ 1,5 million d'euros investis. Le duo d'éleveurs trentenaires s'est installé là en 2019 pour monter un élevage de canards de race locale kriaxera. Les terres sont louées, le temps de récolter la somme nécessaire à l'achat avec l'aide de l'épargne populaire de Lurzaindia. « Trouver cette exploitation a été le plus difficile, on avait visité quatre ou cinq fermes, dont certaines en plaine, mais on était à 15 000 euros l'hectare alors qu'ici, on est à 4 000 », souligne Julen Perez. Aujourd'hui, le duo se félicite de vendre l'intégralité de sa production, en circuits courts et de faire « vivre [ses] deux familles », mais « reste vigilant ».

« Il faut qu'on arrête de croire qu'avec l'argent on peut faire n'importe quoi, si on ne fait pas attention, à un moment il faudra faire des choix entre vendre des terres ou faire vivre les paysans », lance Sabrina Larzabal.

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