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[Carte] Marchés fonciers ruraux 2020Terres et prés 2020 : prix en hausse et baisse du nombre de transactions

Le prix moyen des terres et prés libres s'élève à 6 080 €/ha en 2020, en hausse de + 1,3 % par rapport à 2019. (©Patrick C, FranceAgriTwittos)
Le prix moyen des terres et prés libres s'élève à 6 080 €/ha en 2020, en hausse de + 1,3 % par rapport à 2019. (©Patrick C, FranceAgriTwittos)

Si la crise sanitaire a ralenti le marché des terres et prés en 2020 avec, au final, un recul du nombre de transactions, le prix des terres et des prés repart à la hausse pour atteindre en moyenne 6 080 €/ha. Le marché des parts sociales, non régulé, recule lui aussi mais reste important et menace toujours la compétitivité et la durabilité de l’agriculture française, prévient le président de la FNSafer.

En 2020, la crise sanitaire a perturbé les marchés fonciers ruraux, mettant un coup d’arrêt à cinq années de hausse soutenue du nombre de transactions sur les terres et prés. Car après un net recul au mois d’avril, la reprise du deuxième semestre, même dynamique, n’a pas permis d’atteindre le niveau d’échanges de l’année passée, avec un repli de - 8,5 % du nombre de transactions. Le repli des surfaces échangées est moins marqué (- 4,5 %) et porte celles-ci à 406 400 ha. Enfin, la valeur enregistre un recul plus modéré (- 2,3 %) à 5 515 millions d’euros, a indiqué le 27 mai la FNSafer.

Dans un contexte d’incertitude, on observe au niveau des acquéreurs un repli de la proportion d'agriculteurs, qui ont pu suspendre ou reporter leurs projets d’achat. En revanche, la progression du nombre de particuliers, qui achètent des terres pour mettre à bail, est notable, signe que le foncier reste une valeur refuge.   

Un écart jamais égalé entre zones de grandes cultures et zones d'élevage

Après plusieurs années de relative stabilité, les prix des terres et prés libres sont repartis à la hausse, atteignant 6 080 €/ha en moyenne au niveau national, soit + 1,3 % dans un contexte de fermeture du marché et de faiblesse taux d’intérêt.

Déjà observé en 2019, l’écart se creuse encore entre les zones d’élevage et les zones de grandes cultures, ces dernières voyant les prix augmenter de + 5,5 % par rapport à 2019, grâce à la hausse du prix des céréales. À l’inverse, le prix en zones d’élevage bovin se replie encore (- 1 %), miné par des résultats économiques en berne. Au final, le prix en zones de grandes cultures s’avère 66 % plus élevé qu’en zones d’élevage bovin. « Sur cette problématique, il faudra trouver des solutions si on veut accompagner durablement la transition écologique souhaitée, qui repose sur l’équilibre entre les productions animales et végétales », prévient Emmanuel Hyest, président de la FNSafer. 

Du côté des terres et prés loués, la hausse des prix est encore plus nette, à 4 930 euros/ha soit + 3,6 % par rapport à 2019. Cette progression s’explique par la fermeture du marché et la demande dynamique. Les fermiers sont les premiers acquéreurs dans les régions traditionnelles de fermage, notamment dans la partie nord de la France. Parallèlement, la présence des investisseurs se renforce, encouragés par la faiblesse des taux d’intérêt et le peu des perspectives des autres placements.

Urbanisation et artificialisation en recul

Globalement, la consommation du foncier est à la baisse, que ce soit la consommation passée (observée par le Cerema à partir du cadastre) ou celle à venir (marché de l’urbanisation observé par les Safer à partir des projets de vente de biens destinés à être urbanisés). Néanmoins, le niveau reste élevé avec 22 900 ha consommés en 2019, et 27 200 ha vendus en 2020 pour être urbanisés. À cela s’ajoutent 24 900 ha vendus en 2020 sur le marché des espaces de loisirs (extension de jardin, usage récréatif, ou agriculture de loisir), qui se soustraient donc au foncier productif.  

Si les politiques mises en place pour atteindre zéro artificialisation nette commencent à avoir un effet, ce sont, pour le moment, surtout les crises qui ont permis de réduire l’artificialisation. « Restons vigilants », prévient Emmanuel Hyest, qui salue cependant l’avancée de la loi Climat, où est inscrit l’objectif de zéro artificialisation à 2050.

Le marché des parts sociales, une menace pour la compétitivité de l’agriculture

Le marché des parts sociales, non régulé et parallèle au marché foncier agricole, est en recul de 6,8 % en 2020, malgré une valeur en hausse de 1,3 milliard d’euros. De façon probablement non exhaustive, 6 880 projets de ventes concernant 4 980 sociétés ont été notifiés aux Safer. Ces chiffres représentent l’équivalent de 7,1 % du nombre de transactions, 1,4 fois la surface et 20,3 % de la valeur des ventes réalisées sur le marché foncier agricole en 2020, indique la FNSafer.

Adoptée le 26 mai par l’Assemblée nationale, une proposition de loi portée par le député Jean-Bernard Sempastous (LREM) vise justement à encadrer les cessions de terres via des parts de société. Pour Emmanuel Hyest, il s’agit d’une avancée nécessaire, car le phénomène menace la compétitivité du secteur : « si l’agriculture française recule, une part de responsabilité réside dans le prix très important de ces agrandissements, qui diminuent la compétitivité et simplifient les modèles de production », regrette-t-il. Cette loi, si elle est validée par le Sénat, devrait selon lui permettre un meilleur contrôle des transferts de parts, donner plus de transparence, faciliter davantage l’installation de jeunes agriculteurs ou permettre l’agrandissement de structures qui en ont besoin.

Journaliste politique et économie

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