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L'actu d'ArvalisQuel est l'état des sols en France ?

En agriculture, l’état d’un sol se caractérise par sa fertilité. Celle-ci se décline en trois composantes : la fertilité chimique, physique et biologique. (©Arvalis-Institut du végétal)
En agriculture, l’état d’un sol se caractérise par sa fertilité. Celle-ci se décline en trois composantes : la fertilité chimique, physique et biologique. (©Arvalis-Institut du végétal)

Les composantes de la fertilité des sols sont de mieux en mieux appréciées. Des travaux tentent même de dresser la carte de l’état des sols en France. Le point avec Thibaud Deschamps, spécialiste sur la connaissance et la gestion durable des sols chez Arvalis.

Pourquoi est-ce important d’avoir un sol en « bon état » ?

« Les sols rendent de nombreux services à l’Homme. Celui auquel nous pensons le plus souvent est la production de biomasse et d’aliments. Mais d’autres sont de mieux en mieux connus, comme le stockage de carbone, la purification de l’eau, la régulation des crues… C’est aussi un des principaux refuges pour la biodiversité : le sol renfermerait plus de 25 % de la biodiversité terrestre.

Comment se caractérise l’état d’un sol ?

En agriculture, l’état d’un sol se caractérise par sa fertilité. Celle-ci se décline en trois composantes : la fertilité chimique, physique et biologique. La première concerne la quantité et la disponibilité des nutriments utiles à la croissance des plantes. La fertilité physique fait référence à l’état de la structure du sol, notamment sa porosité : un sol tassé est défavorable car il va réduire la quantité d’eau disponible pour la culture et aussi l’accès aux éléments minéraux. Et la fertilité biologique correspond aux services rendus par l’abondance, l’activité et la diversité des organismes du sol qui sont indispensables à son fonctionnement.

Il faut toutefois rappeler que les notions de qualité, fertilité ou encore « santé » des sols sont complexes et que leur définition ou les indicateurs permettant de les caractériser ne font pas consensus.

Existe-t-il un observatoire de l’état des sols à l’échelle de la France ?

Il existe plusieurs observatoires officiels de l’état des sols en France comme, par exemple, le RMQS (Réseau de mesure de la qualité des sols) et la BDAT (Base de données des analyses de terre), tous deux coordonnés par le Gis Sol.

Le RMQS étudie notamment la fertilité chimique et de plus en plus la fertilité biologique des sols. Tous les 10 ans, des mesures sont faites sur 2 240 sites, sur un maillage de 16 km². La première vague de mesures a eu lieu au début des années 2010. Elle donne une photographie de l’état des sols.

La BDAT évalue la fertilité chimique de l’horizon de surface à partir de données, rendues anonymes, issues des analyses de terre fournies par les laboratoires. Un outil disponible librement sur internet, GeoSol, permet de comparer différentes périodes (de 4 ans), depuis 1990. 

En revanche, il n’y a pas d’observatoire de la fertilité physique du sol pour l’instant.

Quel est l’état des sols en France pour la production agricole ?

Par rapport à d’autres pays, la situation globale semble plutôt correcte en France. Mais elle se doit d’être suivie. Concernant la fertilité chimique, son niveau est très variable entre régions, entre systèmes de culture et selon l’indicateur retenu.

Dans le cas des teneurs du sol en P2O5, l’étude de Saby et al. (2017), s’appuyant sur la BDAT, montre une diminution significative sur la majorité du territoire, et plus particulièrement en régions Centre, Bretagne, Normandie, Picardie, Champagne-Ardenne, Lorraine, Bourgogne et Franche-Comté. En moyenne, les teneurs en K2O baissent aussi, mais pas dans toutes les régions et de façon moins nette. Les diminutions mises en évidence ne doivent pas être le signe d’un risque à grande échelle, mais doivent inciter à une vigilance accrue.

Pour la fertilité biologique, il n’y a pas de référence historique. Mais une carte sur la quantité d’ADN dans les sols de France, établie avec les mesures du RMQS, montre qu’il y a de la vie dans tous les sols (figure ci-dessous). La quantité d’ADN mesurée répond notamment à un effet pédoclimatique : elle est par exemple plus faible dans les sables des Landes que dans les craies de Champagne. Il existe par ailleurs des données locales. À terme, les différents travaux en cours sur le référencement des indicateurs biologiques amélioreront ces connaissances.

Carte de la quantité d’ADN microbien dans le sol (µg/g de sol)
Carte de la quantité d’ADN microbien dans le sol (µg/g de sol).  (©Programme ANR Economic-RMQS (2010))

Pour la composante physique, il y a peu de données pour indiquer une évolution. Là encore, le type de sol et le système de culture influent beaucoup. En tendance, le poids et la puissance des matériels ont fortement augmenté, ce qui accroît le risque de tassement.

La démocratisation de tests de diagnostic rapide pourrait améliorer les connaissances.

Comment les agriculteurs peuvent-ils valoriser ces informations ?

La préoccupation des agriculteurs sur la fertilité de leurs sols n’est pas récente. De nombreux travaux ont eu lieu dans les années 80 mais la mise en place des observatoires s’est faite un peu plus tardivement.

Un diagnostic à la parcelle pour « assurer une fertilité durable des sols, rationaliser ses coûts et limiter le recours aux intrants. »

Ces observatoires sont indispensables : ils permettent de donner des tendances, d’alerter, d’observer. Mais ils ne remplacent pas le diagnostic à l’échelle parcellaire ou intra-parcellaire, qui reste incontournable pour les agriculteurs. La valeur moyenne régionale d’un indicateur n’est pas une information suffisante pour gérer la fertilité à l’échelle de sa parcelle.

Après un diagnostic à la parcelle, il est possible d’assurer une fertilité durable des sols, de rationaliser ses coûts et de limiter le recours aux intrants. »

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