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Compensation carboneEn quoi le secteur des grandes cultures intéressera les financeurs

Label bas carbone : les attentes des financeurs. (©Pixabay)
Label bas carbone : les attentes des financeurs. (©Pixabay)

Alors que le label bas carbone se fait attendre pour le secteur des grandes cultures, ce dernier présentera certains atouts pour répondre aux attentes des financeurs. Pour des objectifs de compensation à long terme, ces derniers investissent déjà dans des projets labellisés bas carbone du secteur forestier.

Si, dans le cadre des objectifs de compensation carbone des entreprises, le label bas carbone est toujours en cours de construction pour le secteur des grandes cultures, son développement dans le secteur forestier livre ses premiers enseignements sur les attentes des financeurs de projet de compensation.

« Le label certifie les projets, il n'est pas là pour juger de la sincérité du financeur », a rappelé Olivier Gleizes, ingénieur forestier développement & innovation au Centre national de la propriété forestière, lors d’un webinaire organisé par Pluriagri. C'est donc au concepteur du projet de s'assurer que le financeur est sincère dans sa démarche. La compensation carbone reste « sujette à débat » et il est « difficile de juger de la neutralité carbone d'une entreprise ».

Sur la base de l’expérience du secteur forestier, Olivier Gleizes estime qu’il y a, côté financeurs, quatre motivations majeures à investir dans le label bas carbone :

  • « Entrée "tonnage de CO2 " : afin de compenser un événement, un colloque, des déplacements, un produit, les émissions des catégories 1 et 2 du bilan GES… ;
  • Entrée géographique afin de financer des projets locaux types événement sportif « territorialisé ». Cette entrée est très prisée des entreprises avec un ancrage territorial ;
  • Entrée "budget annuel" de direction/service RSE/DD : certaines entreprises nous contactent avec un budget annuel, un objectif de qualité et de cobénéfices, mais pas forcément d’objectif CO2 ;
  • Entrée "marketing" en répondant à un marché ou un appel d’offres, le client propose une offre « compensée » qu’il mettra en œuvre s’il est attributaire du marché. Certaines entreprises font du LBC un marqueur concurrentiel différenciant. »

Dans tous les cas, ce n'est pas la performance carbone qui est principalement recherchée. En revanche, les co-bénéfices ont plutôt la cote.

En grandes cultures, l’attrait d’une temporalité courte

Nicolas Ferrière cofondateur de carbonapp, un opérateur mandataire de compensation carbone explique que côté financeurs, il y a plusieurs choses qui « drivent la demande »

« En grandes cutures comme en élevage, on est sur une temporalité assez courte (5 ans). Les financeurs qui souhaitent une neutralité à 2030 seront particulièrement intéressés à l’inverse de ceux qui recherchent une neutralité à 2050 qui se tourneront plus vers le forestier dont la temporalité est plus longue (30 ans). »

« Les financeurs sont très attentifs aux cobénéfices car ils raisonnent avec la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ». Mais Nicolas Ferrière alerte également sur le fait que les cobénéfices peuvent paraître « assez superficiels ». Il ne faut donc pas communiquer uniquement sur cet aspect.

Les agriculteurs ont leur « rôle à jouer »

« Le prix est important » et dépend d’un équilibre de l’offre et la demande. En France la fourchette se situe entre 20 et 80 € la tonne eq CO2. C’est un point qui se définit « de gré à gré entre l’acheteur et le porteur de projet ». Concernant l’agricole, il explique qu’on se trouve dans une « logique de collectif puisque le financeur va acheter un lot groupé venant de plusieurs exploitations ». La dynamique sera donc plus longue.

Le prix dépend du coût de revient qui lui va dépendre des leviers mis en place par les exploitants. À noter qu’il devrait y avoir une tendance à la hausse puisque « les leviers les plus accessibles seront réalisés en premier et viendront ensuite ceux plus techniques et donc plus onéreux ». Le prix actuellement en vigueur en élevage (30-35€/t eq CO2) n’a pas été fixé en concertation avec la filière. C’est un prix « qui semblait acceptable » par les financeurs, ce prix va donc évoluer. Pour Nicolas Ferrière, c’est là que les agriculteurs « ont leur rôle à jouer avec les diagnostiqueurs terrain pour rendre compte des coûts opérationnels des leviers et justifier d’un prix de la tonne représentatif de la réalité ». Si pour les autres secteurs chaque projet à son prix, en agriculture, c’est chaque levier qui a un prix.

Le choix des financeurs peut aussi être orienté par l'insetting. C’est-à-dire, choisir de réduire son empreinte carbone en agissant au sein de sa propre filière. Un financeur comme Danone a donc plus d’intérêts à investir dans le domaine de l’élevage que dans le secteur forestier.

Dans le domaine forestier, « le label fonctionne plutôt bien »

Dans le domaine forestier, le label bas carbone est en place depuis maintenant deux ans. Olivier Gleizes, livre son retour d’expériences. Pour lui, le label bas carbone est « une solution parmi tant d’autres pour permettre d’engager des acteurs publics et privés à participer à des objectifs climatiques sur le territoire français ».

Trois méthodes sont mises en place dans ce secteur :

  • le boisement de terres agricoles ou en friche ;
  • la reconstitution de peuplements forestiers dégradés détruits pas un incendie, une tempête… ;
  • la conversion de taillis bien venants en futaies sur souches.

Olivier Gleizes constate que « le label fonctionne plutôt bien ». Lors d’une consultation sur la révision des méthodes forestières, des concepteurs de projets carbone ont été interrogés. Selon cette consultation, 95 % des financeurs sont plutôt ouverts au financement de projets sur 30 ans et 82 % sont prêts à se lancer dans un préfinancement. 100 % sont satisfaits de l'intégrité environnementale des projets. En revanche, 53 % rencontrent des difficultés dans la recherche de financements liées notamment au manque de temps et de compétences.

Il présente les atouts et les faiblesses du label bas carbone :

Points fortsPoints faibles
  • L’encadrement par l’État du LBC
  • L’absence de marché secondaire
  • La démarche innovante et locale
  • L’exigence du cadre de la certification et de la vérification
  • L’instruction des projets par la DGEC
  • Le manque d’encadrement ou de clarification sur la communication
  • La visibilité du LBC à améliorer
  • Les flous juridiques et fiscaux

Olivier Gleizes, conseille tout d’abord de trouver la bonne méthode puisque c’est sur cette dernière que tout repose, « c'est ce qui fait la crédibilité et l'intégrité du label ». Attention à ne pas construire une méthode « trop usine à gaz, qui entraîne des contraintes trop fortes ». Pensez également aux cobénéfices. Olivier Gleize alerte aussi sur le prix de la tonne de CO2. En France, il sera plus élevé par rapport à l'international : 10-80 €/t eq CO2 sachant que la majorité des projets tournent autour de 20-40 €/t eq CO2.

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