Menu

Enseignement agricole5 priorités au Sénat pour qu'il soit reconnu et valorisé à sa juste valeur

 « Tous les élèves de l'enseignement agricole que nous avons rencontrés sont enthousiastes à propos de ce système éducatif », met en avant Jean-Marc Boyer, président de la mission d'information. (©Pixabey)
« Tous les élèves de l'enseignement agricole que nous avons rencontrés sont enthousiastes à propos de ce système éducatif », met en avant Jean-Marc Boyer, président de la mission d'information. (©Pixabey)

Les conclusions du rapport de la mission d'information sur l'enseignement agricole du Sénat ont été présentées le 5 octobre. Objectif de ce travail lancé début février : lui donner les moyens, financiers et en termes de visibilité, de rester une voie d'excellence. « C'est d'une reconnaissance et d'une valorisation dont il a besoin, plus que d'un renouvellement vu les très bons résultats qu'il obtient », insiste Nathalie Delattre, vice-présidente et rapporteure.

« Au Sénat, nous sommes tous convaincus, quel que soit notre mouvement politique, des atouts et de l'importance de l'enseignement agricole pour l'avenir de l'agriculture française, donc de la nécessité de le consolider », a déclaré Jean-Marc Boyer, président de la mission d'information sur l'enseignement agricole du Sénat, en ouverture de la présentation des conclusions auxquelles elle a abouti après près de huit mois d'audition des divers acteurs concernés, soit 80 personnes environ au total, et de déplacements dans différents types d'établissements agricoles (maisons familiales rurales, lycées agricoles privés et publics, écoles d'ingénieur...).

Un travail participatif, nourri du terrain.

« Un budget à l'os »

« Un travail hautement participatif, nourri du terrain, dont le rapport final a été adopté à l'unanimité et salué par l'ensemble de la filière agricole », insiste Nathalie Delattre, sénatrice de la Gironde, vice-présidente du Sénat et rapporteure pour laquelle l'enjeu est de taille : faire un certain nombre de propositions pour conforter l'enseignement agricole, « au stade de survie » selon elle à cause d'un « budget à l'os ». « L'élément déclencheur de la réflexion : celui alloué dans le projet de loi de finances (PLF) 2021, pour lequel Nathalie Delattre a voté "contre" et a été suivie par la large majorité des groupes politiques. « Le ministère de l'agriculture se retrouve en dernière position à Bercy. Mais nous ne pouvions pas en rester là, il fallait taper un coup de poing sur la table afin de trouver des solutions et donner des arguments au ministre pour qu'il demande davantage de moyens », ajoute-t-elle.

Et pourtant de très bons résultats : un paradoxe

Car l'enseignement agricole est « une voie d'excellence qui ne doit pas s'affaiblir » : il obtient les meilleurs résultats aux examens, au brevet des collèges et au baccalauréat notamment, et le taux d'insertion professionnelle le plus élevé. Axé sur la pratique, il a d'ailleurs été précurseur en matière d'alternance et les exploitations agricoles présentes dans la plupart des établissements, plaçant les apprenants en situation réelle, n'ont pas d'équivalent dans les autres secteurs d'activité. Sa pédagogie, centrée sur l'élève, permet à beaucoup de reprendre confiance en eux et de (re)trouver le chemin de la réussite scolaire et de l'épanouissement personnel.

« Tous ceux que nous avons rencontrés sont enthousiastes à propos de ce système éducatif. Il n'y a qu'à écouter les témoignages de plusieurs d'entre eux pas plus tard que ce matin, au Sommet de l'élevage à Cournon d'Auvergne ! », souligne le sénateur du Puy-de-Dôme Jean-Marc Boyer, qui a effectué toute sa scolarité dans l'enseignement agricole. Face à ces nombreux avantages, les effectifs en baisse de 10 % sur les 10 dernières années, malgré la reprise qui semble s'amorcer, apparaissent comme un paradoxe. « Trop peu de futur(e)s agriculteurs et agricultrices en sortent : 35 % des étudiants seulement choisissent la voie agricole, au sens large (production, transformation, commercialisation), quand 42 % sont formés aux services à la personne et 19 % à l'aménagement paysager », pointe Nathalie Delattre.

35 % d'étudiants dans l'agriculture au sens large : trop peu de futur(e)s agriculteurs et agricultrices formés !

Pour remplacer 200 000 agriculteurs, il faut plus d'élèves !

Or il va falloir bien plus que les 13 000 installations par an actuelles pour renouveler les 200 000 chefs d'exploitation qui partiront à la retraite d'ici 2026. « Après le coup de poing sur la table au moment du PLF, c'est un coup d'accélérateur qu'il faut maintenant donner à l'enseignement agricole pour accompagner l'arrivée de ces jeunes et moins jeunes, le nombre de reconversions professionnelles vers l'agriculture étant en augmentation, suite à la pandémie du Covid-19 mais pas uniquement. Les gens sont en quête de sens dans leur vie personnelle et professionnelle, c'est un critère que privilégient même les élèves devant la rémunération », poursuit la sénatrice.

Pour autant, l'enseignement agricole a été très impacté par la crise sanitaire, davantage que l'éducation nationale. À 60 % privé, la vente des produits des fermes pédagogiques, le portage de repas et la location des internats le week-end pour des mariages ou séminaires constituent des ressources complémentaires bienvenues, dont les établissements ont été privés.

Améliorer le revenu et le bien-être des exploitants.

C'est en améliorant les revenus agricoles qu'on attirera plus de personnes vers ce métier, mettent en avant plusieurs sénateurs. Les conclusions du rapport arrivent donc à point nommé au moment où le Sénat et l'Assemblée nationale s'accordent sur la future loi Égalim 2. Ils préconisent aussi une réflexion sur le bien-être des exploitants agricoles, dans un contexte où les difficultés économiques et réglementaires s'accumulent, et où ils doivent faire face à l'agribashing.

Alors l'ensemble des membres de la mission d'information s'est réjouit lorsque le ministre a annoncé que le premier projet de loi de finances pour 2022 prévoyait une hausse du budget de l'enseignement agricole de 43,5 M€, à destination autant du privé (à l'origine de sa création) que du public, dont 50 % pour la revalorisation des enseignants, dont 16 ETP seraient supprimés au lieu des 110 envisagés. « Nous sommes contents d'avoir été entendus. Ces signaux sont encourageants, reste à les pérenniser sur 2023, 2024, etc. », conclut Nathalie Delattre qui entend bien poursuivre le travail engagé par les missions d'information sur l'enseignement agricole, en présentant notamment le rapport en régions et dans les départements.

Sommaire

Enseignement agricole

Réagir à cet article

Sur le même sujet