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L'actu d'ArvalisAzote sur blé : quelle conduite tenir face à l'envolée actuelle des prix ?

 Pour piloter le premier apport d'azote, Arvalis conseille d’utiliser une bande en double densité de semis. (©Arvalis-Institut du végétal)
 Pour piloter le premier apport d'azote, Arvalis conseille d’utiliser une bande en double densité de semis. (©Arvalis-Institut du végétal)

Ce début de campagne est bien mouvementé. Alors que les rendements 2021 ont pu apporter de la déception, voilà que les prix de l’azote flambent. Peut se poser la question de la conduite de la fertilisation, en termes de doses et de fractionnement… Les équipes régionales d'Arvalis Hauts-de-France se sont penchées sur le sujet.

Pour des raisons techniques, mais surtout économiques, il peut être tentant de revoir à la baisse les doses d’azote sur les blés en cours de semis.

En Hauts-de-France, la réponse habituelle du rendement en fonction de la dose d’azote est en moyenne de 40 q/ha. Pour cette raison, on a souvent considéré comme identiques l’optimum technique (la dose du bilan réajustée avec un outil d’aide à la décision (OAD)) et l’optimum économique. Mais avec les prix de l’azote qui s’envolent, on se doute bien qu’à un moment, les deux optima doivent se dissocier.

À partir de l’analyse des essais sur les courbes de réponse à l’azote réalisés en région, ont pu être constituées différentes matrices illustrant la déformation de l’optimum technique d’azote à apporter dans une parcelle, en fonction de deux critères économiques : le prix de l’azote et celui du blé.

Ces prix sont liés, essentiellement pour des raisons de fret et de production. De fait, on se situe souvent dans la zone blanche du tableau 1, où les optima se confondent. Mais si l’on considère que le prix de l’azote grimpe beaucoup plus vite que celui du blé, et si on ne peut pas avoir accès à la quantité d’engrais nécessaire à cause d’un manque d’approvisionnement, alors il est nécessaire d’envisager d’optimiser le plus possible l’efficacité de son engrais.

Ecart de dose optimale en fonction du prix du blé et de l’azote
Écart de dose optimal en fonction du prix du blé et de l’azote (©Arvalis-Institut du végétal)
Le contexte actuel correspond à une dose technico-économique optimale inférieure d’environ 15 kg N/ha en moyenne par rapport à la référence 0.

Tenir compte du prix d’achat de l’azote

Si l’azote (ammonitrate 27 ou solution azotée 39) a été acheté jusqu’à 400 €/t et si les prix du blé prochaine campagne sont proposés à 230 €/t et plus : l’optimum technico-économique, basé sur plus de 20 ans d’analyse de courbes de réponse à l’azote en Hauts-de-France, ne change pas… le fractionnement non plus… et un OAD peut toujours permettre d’optimiser finement la dose à épandre.

Le risque climatique de mal valoriser cet azote en fin de cycle est estimé à une année sur cinq (voir une année sur dix en risque grave)… Cette année, certaines courbes de réponse à l’azote ont assez vite plafonné. Par conséquent, on peut entendre çà et là un certain doute sur la valorisation de l’azote. Mais 2022 ne sera pas 2021, qui n’était pas représentative : laissons tomber les raccourcis trop faciles.

Si l’azote est acheté en ce moment à plus de 500 €/t : mieux vaut réduire la fumure par rapport à l’optimum d’au moins 20 unités. S’il y a vraiment pénurie d’azote et que tout n’est pas couvert, la dose d’apport devra obligatoirement être réduite.

Baisser l’azote, oui... mais comment ?

Tout d’abord, il faut prendre soin de mesurer le reliquat en sortie d’hiver (RSH) le plus tôt possible et sur la profondeur totale du sol (donc en cas de sol profond, sur 0-30, 30-60 et 60-90 cm). Cela permet d’estimer au plus juste la dose totale prévisionnelle.

Surtout, ne pas baisser la dose en fin de cycle ! Plutôt au début. C’est là où des économies peuvent être faites en fonction de l’année. En hiver, le faible rythme de croissance du blé et la lixiviation représentent des risques de mauvaise valorisation. Mais oui, il faut un minimum d’épis/m² quand même : la tentation est grande de gonfler les densités de semis ? Eh non ! Cela ne ferait qu’accroître les besoins en azote précoce. Plus il y a de plantes par m², moins bon est le tallage (nombre de talles/plante).


À essayer : supprimer le premier apport au tallage. Ou le décaler le plus possible, avec une dose de 30 à 40 unités maximum pour amorcer la « pompe ». En tout cas, c’est là qu’il faut réduire, et anticiper le stade épi 1 cm de 7 à 10 jours, puis revenir vers le stade 2 nœuds. Pour mieux orienter la décision lors du tallage notamment, il est évidemment possible de réaliser un RSH, mais aussi d’utiliser une bande en double densité de semis (B.D.D. ou Limaux), une méthode simple pour piloter le premier apport d’azote. Le nombre de plantes plus important entraîne la consommation du stock d’azote minéral du sol plus rapide. Ainsi, si une décoloration jaune est observée à partir de fin janvier dans la B.D.D., cela traduira une carence précoce et permettra d’anticiper l’apport sans aucun préjudice pour le reste du champ. Cette méthode fonctionne très bien et indique quand les besoins du blé vont réellement démarrer. A réaliser dès maintenant !

Donc, on décale, on fractionne un maximum pour bénéficier le plus possible des meilleurs créneaux météo et maximiser le CAU (coefficient d’utilisation de l’azote). Toute unité d’azote épandue doit être absorbée ! Attention, le créneau épi 1 cm - 2N est maintenant très risqué, car souvent très sec, même pour notre région, avec une année sur deux pratiquement.

Aussi, ne pas supprimer arbitrairement le dernier apport à dernière feuille : c’est celui qui rapporte le plus en rendement avec les variétés actuelles qui ont souvent d’importants poids de mille grains (PMG) et une excellente fertilité épis. En plus du rendement, l’apport tardif rapporte également plus en protéines. Même l’absence de convictions que la protéine paye, il s’avère que la majorité des variétés cultivées sur la sole ont des teneurs en protéines intrinsèques assez basses (Chevignon, Campesino, Kws Extase…) : les prix de blé proposés aujourd’hui ne seront pas honorés si la qualité n’est pas là. Pour ces deux raisons, il est risqué de faire abstraction de la fin de cycle. 

Pour les producteurs qui y ont accès, il est toujours possible d’avoir recours à des engrais organiques, tels des lisiers ou des digestats, pour le début de cycle notamment : les performances aux stades précoces sont moindres, du fait de la plus faible quantité d’azote minéral par rapport aux engrais de synthèse.

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