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Evolution des exploitations agricolesDiversification, croissance, coopération, agroécologie : quatre voies d’avenir ?

Si l'agrandissement pour optimiser les moyens de production constitue toujours un levier privilégié pour conforter l'exploitation, d'autres voies de développement se sont bien installées dans le paysage agricole, comme la diversification en vente directe ou production d'énergie, ou l'amélioration - bientôt rémunérée ? - des pratiques. (©Terre-net Média)
Si l'agrandissement pour optimiser les moyens de production constitue toujours un levier privilégié pour conforter l'exploitation, d'autres voies de développement se sont bien installées dans le paysage agricole, comme la diversification en vente directe ou production d'énergie, ou l'amélioration - bientôt rémunérée ? - des pratiques. (©Terre-net Média)

Dans son deuxième « Observatoire agriculture » dévoilé le 20 juillet dernier, le groupe bancaire BPCE relève quatre grandes tendances de développement des exploitations agricoles ces deux dernières années. Outre la quête de croissance par l’agrandissement, bon nombre d’agriculteurs cherchent tantôt à se diversifier, tantôt à mutualiser les moyens, ou encore à poursuivre une démarche agroécologique. Des voies d’avenir qui transforment, lentement mais sûrement, le paysage agricole français.

 

En analysant une enquête menée avec BVA auprès de 1 400 chefs d’exploitations agricoles en février et mars 2021, le groupe bancaire Banque populaire – Caisse d’Épargne a dressé, dans son « Observatoire agriculture » présenté le 20 juillet dernier, quatre grandes tendances de transformation des fermes françaises.

(Cliquez sur les boutons pour ouvrir les chiffres de l'enquête. ©BPCE)

Une concentration des fermes qui ouvre la porte aux investisseurs

La première n’est pas nouvelle : « La tendance lourde de concentration des exploitations se poursuit », explique Perrine Lantoine, responsable Études au sein du groupe BPCE. Selon l’enquête, 33 % des agriculteurs projettent d’investir dans l’extension ou la modernisation des bâtiments dans les deux ans qui viennent. Et 24 % prévoient d’investir dans l’achat ou la reprise en fermage de terres.

Entre 2010 et 2016, la SAU moyenne des exploitations françaises avait grimpé de de 7 ha, passant de 56 à 63 ha. Les résultats du recensement 2020, qui seront dévoilés en décembre prochain par Julien Denormandie, confirmeront sans nul doute cet agrandissement général. Une concentration qui s’accompagne d’une hausse des formes sociétaires, avec de plus en plus de capitaux agricoles détenus par des personnes qui n’ont jamais mis – et ne mettront jamais – un pied dans la cour de ferme. 12 % des exploitations sociétaires ont déjà au moins un investisseur qui n’est ni agriculteur, ni membre de la famille. Et 18 % des agriculteurs en société sont prêts à accepter un investisseur minoritaire au capital de leur structure.

La chasse aux économies booste la mutualisation et la coopération

La seconde tendance n’est pas plus récente que la première : l’adhésion dans des structures coopératives est toujours aussi important. Il progresse même :  en 2021, 88 % des agriculteurs sont membres d’une coopérative d’approvisionnement ou de collecte. C’est quatre points de plus en deux ans. Et 54 % sont adhérents d’une Cuma (+ 2 points par rapport à 2019). Et dans les deux ans à venir, 15 % des producteurs envisageraient de faire un investissement en commun avec d’autres agriculteurs.

Ceci dit, si les agriculteurs s’appuient depuis longtemps sur des réseaux bien structurés pour vendre, acheter et réduire les charges de mécanisation, ils affichent une certaine défiance à l’égard des mêmes structures pour les conseiller sur l’évolution de leur exploitation. Ils sont de plus en plus nombreux à recourir à un conseiller indépendant plutôt que solliciter leur comptable, leur conseiller de chambre d’agriculture ou leur banquier. Et un tiers d’entre eux préfèrent compter uniquement sur eux-mêmes.

L’agroécologie oui, mais rémunératrice !

Pourtant, l’engagement agroécologique – qui constitue la troisième tendance soulevée par BPCE – requiert un accompagnement adéquat, selon ces mêmes agriculteurs. Près de la moitié d’entre eux expriment un besoin d’aide technique et de plus amples connaissances pour améliorer leurs pratiques.

L’essor des pratiques agroécologiques se traduit, selon BPCE, par un fort développement du bio : 13 % des agriculteurs en produisent. Et 8 % supplémentaires envisagent de se convertir d’ici cinq ans. Il en serait de même pour les projets de certifications environnementales de type HVE ou Agriconfiance.

Néanmoins, améliorer ses pratiques ayant un coût parfois non négligeable, l’engouement agroécologique se poursuivra à condition que les acteurs puissent en tirer une rémunération supplémentaire. « On relève un net intérêt des agriculteurs pour les paiements pour services écosystémiques (PSE)», souligne les rapporteurs de l’étude. Certains acteurs privés ou publics sont prêts à rémunérer les agriculteurs pour les services environnementaux qu’ils rendent. Et ces derniers sont une bonne moitié à connaître au moins les grandes lignes de ces PSE.

La production d’énergie et la vente directe en tête de la diversification

Enfin, la diversification des activités de l’agriculteur constitue la quatrième tendance lourde de l’évolution du paysage agricole. Alors que 45 % des producteurs et éleveurs ont déjà développé au moins une activité annexe à la production, 16 % supplémentaires en ont le projet dans les cinq ans à venir. Parmi les diversifications possibles, la production d’énergie – méthanisation, panneaux solaires, éoliennes – est actuellement très en vogue, en particulier dans les exploitations les plus grandes : un agriculteur sur cinq l’envisage à moyen terme. Ces opportunités restent néanmoins « à confirmer » car elles dépendent beaucoup du niveau de soutien politique et financier au développement des énergies renouvelables.

Le potentiel semble beaucoup moins élevé en matière de diversification en vente directe, davantage envisageable en productions maraîchères, arboricoles, viticoles et animales. Près d’un quart des exploitants en font. Il s’agit désormais d’améliorer les services proposés aux clients, notamment le paiement en ligne via un site dédié ou une page sur une « marketplace ».

Rédacteur en chef de Terre-net

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