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Être plus proche des enjeux agricolesPendant 1 an, le ministère de l’agriculture décentralisé dans cinq exploitations

Julien Denormandie, ici en visite dans l'Eure au Gaec des Sablons en novembre dernier, s'affiche très enthousiaste dans ce projet de décentralisation ministérielle qui démarrera le 1er mai 2021. (©Ministère de l'agriculture)
Julien Denormandie, ici en visite dans l'Eure au Gaec des Sablons en novembre dernier, s'affiche très enthousiaste dans ce projet de décentralisation ministérielle qui démarrera le 1er mai 2021. (©Ministère de l'agriculture)

[Mis à jour le 1er avril à 22h16] À bientôt un an de la fin du quinquennat, le Gouvernement a décidé de délocaliser en régions trois ministères du 1er mai 2021 jusqu’à mi-mars 2022. Le ministre de l’agriculture et ses conseillers installeront leurs bureaux, de manière permanente, successivement dans cinq fermes de cinq régions différentes pour « être au plus proche des réalités de terrain, des problématiques et des enjeux agricoles ».

 

[Article mis à jour le 1er avril à 22h16] Bien que l'idée semble avoir séduit certains agriculteurs qui y ont vu une bonne occasion de montrer leur quotidien et surtout sensibiliser davantage le ministre sur les enjeux agricoles, il s'agissait bien de notre traditionnel poisson d'avril. Merci aux agritwittos qui se sont prêté au jeu, ici dans cet article, mais aussi sur twitter.

C’est une décision inédite : le Gouvernement a décidé de «  décentraliser, pendant un an, les ministères de l’Outre-mer, des affaires étrangères et de l’agriculture pour « être au plus proche des réalités du terrain et des enjeux des secteurs visés ». Les ministres concernés – Sébastien Lecornu, Jean-Yves Le Drian et Julien Denormandie – ainsi qu’une partie de leurs conseillers techniques, quitteront leurs bureaux parisiens à partir du 1er mai prochain.

Julien Denormandie fait ainsi partie des ministres retenus pour participer à cette expérimentation souhaitée et décidée par Emmanuel Macron. Pour le chef de l’Etat, il s’agit, à un an de l’élection présidentielle, de renouveler la communication de l’exécutif et se rapprocher des enjeux de terrain. Le président s’est d’ailleurs grandement inspiré de l’initiative de Valéry Giscard d’Estaing qui, en 1975, s’invitait une fois par mois à la table de concitoyens pour le dîner.

Le ministre de l’agriculture – très enthousiaste, selon son entourage, à l’idée de passer plus de temps sur le terrain – laissera son bureau de l’hôtel de Villeroy – le siège du ministère – pour s’installer dans cinq exploitations de cinq régions françaises. Il s’y installera pour deux mois complets dans chacune d’elles.

« Il s’agit de multiplier et faciliter les rencontres sur le terrain, dans le plus strict respect des gestes barrières, ça va de soi », a-t-il expliqué. Et surtout de «  faire avancer plus vite les grands dossiers agricoles actuellement sur la table, comme la réforme de la Pac, les suites à donner pour améliorer les mesures des États généraux », et encore les enjeux de la gestion du foncier, de la ressource en eau ou des alternatives à certains produits phytosanitaires, à commencer par le glyphosate.

Le travail de sélection des exploitations qui accueilleront le ministre et une partie de ses conseillers est déjà bien entamé. Trois destinations agricoles sur les cinq prévues au programme sont déjà calées. Ce sont trois agritwittos – membres du réseau FranceAgriTwittos sur Twitter – qui ont été retenus.

Début mai, Julien Denormandie prendra ses quartiers sur l’exploitation de Thomas Graindorge, producteur de lait et gérant de la ferme de la Noë à Tanques, dans l’Orne. « Accueillir un ministre pendant deux mois, c’est un peu d’appréhension mais j’ai hâte qu’il arrive ! J’ai beaucoup de choses à lui dire sur différents sujets. J’ai envie de lui faire partager mon quotidien, entre la surveillance des vaches et la fabrication de crème », explique l’éleveur.

« Agriculteurs, j'irai dormir m'installer chez vous »

En juillet et en août, c’est le céréalier Vincent Guyot, installé à Etaves-et-Bocquiaux, dans le Nord de l'Aisne, qui prêtera une partie aménagée d’un bâtiment à l’équipe ministérielle. « J’espère qu’il sait souder et qu’il s’y connaît un peu en mécanique. Car j’ai souvent beaucoup d’idées pour améliorer et adapter les matériels, mais je ne sais pas les concrétiser », raconte le producteur. « Et puis si ça peut l’aider à trouver une alternative au glyphosate, ça m’arrangerait » ironise-t-il, alors qu’il profite actuellement de la météo estivale pour semer ses betteraves. Comme Thomas Graindorge, Vincent Guyot espère bien un petit coup de main le week-end. « On sera en pleine moisson, il y aura toujours un tracteur et une benne à lui confier. »

Julien Denormandie s’installera ensuite, en septembre et octobre, chez Laurent Gasc éleveur de brebis dans le Tarn. Les deux dernières étapes de cette décentralisation ne sont pas encore choisies. Il s’agira, selon le ministère, d’exploitations dans les régions Grand Est et Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Le ministre ne sera pas pour autant déconnecté de ses bureaux et ses interlocuteurs parisiens. « Notre fonctionnement par visioconférence que nous avons développé depuis le début de la pandémie de coronavirus nous permet de réaliser cette décentralisation », assure-t-on au ministère. Et le ministre devrait tout de même se rendre une fois par semaine à l’Assemblée nationale et au Sénat pour les questions au Gouvernement et les débats sur les prochains textes législatifs qui seront à l’ordre du jour. Ceci dit, l’ambition du ministre sur cette expérimentation est forte puisqu’il s’est engagé à participer aux travaux de l’exploitation durant les week-end.

Les programmes décentralisés des deux autres ministres sont eux aussi bien avancés. Le ministre des Outre-Mer Sébastien Lecornu et son équipe devraient enchaîner des séjours de deux mois complets à la Réunion, en Martinique, en Guyane, à Tahiti et enfin en Nouvelle-Calédonie. Jean-Yves Le Drian, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, s’expatriera avec ses conseillers notamment dans les locaux d’ambassades à Bruxelles, Pékin, Washington et Dakar.

Rédacteur en chef de Terre-net

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