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Election présidentielleAvec la victoire d’Emmanuel Macron, la continuité de son programme agricole

Emmanuel Macron au dernier Sia. (©Compte Twitter d'Emmanuel Macron)
Emmanuel Macron au dernier Sia. (©Compte Twitter d'Emmanuel Macron)

Réélu président de la République face à Marine Le Pen le 24 avril, Emmanuel Macron ne devrait pas modifier le cap qu’il a fixé pour l’agriculture ces dernières années, d’autant plus que la crise sanitaire et la guerre en Ukraine ont remis en lumière l’aspect stratégique de l’agriculture et de l’alimentation. Le chef de l’Etat sera cependant attendu sur l’application des lois Egalim, le renouvellement des générations d’agriculteurs, la protection du foncier, et sur ses positions européennes, notamment vis-à-vis de la stratégie Farm to Fork et de la mise en place de clauses miroirs.

La réélection d’Emmanuel Macron ne devrait pas rimer avec révolution pour le secteur agricole dans les cinq ans à venir. Néanmoins, le président est attendu par la profession sur un certain nombre de chantiers amorcés lors du précédent quinquennat et en partie évoqués lors de sa campagne.

L’installation, une priorité

Dans son programme, et dans une vidéo adressée destinée au Conseil de l’agriculture française qui a tenu un « grand oral » des candidats, le 30 mars, Emmanuel Macron a notamment rappelé son intention d’aller plus loin dans le renouvellement des générations agricoles. Cette priorité de son programme agricole sera traduite par « une loi d’orientation et d’avenir pour assurer le renouvellement des générations, la formation et l’installation des jeunes agriculteurs » qui doit être votée rapidement. Le texte doit évoquer différentes problématiques comme l’accès au foncier (travail sur les fonds de portage, protection des terres agricoles vis-à-vis des achats étrangers…), le renforcement de l’enseignement agricole, la lutte contre les déserts vétérinaires…

La grande loi foncière promise au salon de l’agriculture en 2019, sans s’être concrétisée, n’a pas été évoquée au cours de la campagne. On peut s’attendre à ce que le sujet soit intégré à cette loi d’orientation.

Miser sur l’innovation

Le chef de l’État souhaite une « troisième révolution agricole », qui doit passer par l’innovation, qu’elle soit numérique, robotique, variétale… Pour soutenir cette vision, les financements ont d’ores et déjà été mis en place dans le cadre du plan d’investissement France 2030.

Si cette troisième révolution doit permettre aux agriculteurs d’être plus résilients face au changement climatique, ces agriculteurs seront de leur côté attentifs à la traduction du Varenne de l’Eau qui se décline en une réforme de l’assurance récolte, des plans d’adaptation par filière et une stratégie revisitée de la gestion de l’eau.

Emmanuel Macron, favorable à la mise en place rapide d’un cadre réglementaire européen sur les NBT, compte bien porter cette vision au niveau européen, reliant cet enjeu à celui de la souveraineté alimentaire qu’il défend.

Dans cette optique, le renforcement de la souveraineté protéique, en France et au sein de l’Union européenne, reste une priorité du président qui compte intensifier le plan protéines (mis en place dans le cadre de France Relance). Au niveau européen, la profession agricole et notamment le syndicat majoritaire attendent aussi d’Emmanuel Macron une certaine vigilance quant la traduction de la stratégie Farm to Fork : à la lueur des conséquences de la guerre en Ukraine sur les flux mondiaux de céréales, le président s’était engagé à défendre une révision de cette stratégie si elle entravait les capacités de production agricoles européennes.

Planifier la transition écologique

Le manque de proposition d’envergure d’Emmanuel Macron concernant l’environnement et le changement climatique a été reproché au président sortant par les écologistes, notamment dans le cadre d’un débat du second tour qui s’est davantage cristallisé sur les questions de pouvoir d’achat, les retraites, l’immigration ou la politique étrangère. Dans l’entre-deux tours, Emmanuel Macron a cependant souhaité montrer la réalité de son engagement vis-à-vis des enjeux climatiques, déclarant vouloir aller « beaucoup plus loin » que lors de son précédent quinquennat.

Dans son programme, Emmanuel Macron prévoit de « planifier la transition écologique » dans chaque grand secteur économique, ce qui devrait logiquement concerner l’agriculture. Il souhaite ainsi nommer un Premier ministre chargé de la planification écologique.

Emmanuel Macron souhaite, dans ce contexte, atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, en mobilisant les leviers de la réduction de la consommation, le déploiement d’énergies renouvelables en parallèle de la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires. Le chef de l’État prévoit également d’investir pour « devenir le leader de l’hydrogène vert ».

Son programme rappelle par ailleurs sa volonté de mettre en œuvre une taxe carbone aux frontières de l’Europe, « pour éviter la concurrence déloyale ».

Du côté de la filière bois, des investissements sont prévus tout comme la plantation de 140 millions d’arbres avant fin 2030.

Enfin, Emmanuel Macron avait également tenu, quelques jours avant le premier tour, à rassurer le monde de la chasse, donnant un certain nombre de garanties comme des « financements exceptionnels » face à la « hausse du prix des matières premières agricoles », et soutenant les chasses traditionnelles. Plus largement, le chef de l’Etat pourrait instaurer un « délit d'entrave rural » pour sanctionner les militants empêchant une activité légale pratiquée par les chasseurs ou les agriculteurs.

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