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Présidentielle et grand oral agricoleLes programmes agricoles des candidats pour la souveraineté alimentaire

À 10 jours de l’élection présidentielle, 6 candidats ont proposé leurs mesures devant les agriculteurs à Besançon à l’occasion du Grand Oral agricole. (©Terre-net Média)
À 10 jours de l’élection présidentielle, 6 candidats ont proposé leurs mesures devant les agriculteurs à Besançon à l’occasion du Grand Oral agricole. (©Terre-net Média)

Rémunération, compétitivité, installation, normes, décarbonation de l’agriculture, relations avec les corps intermédiaires… Les candidats à l’élection présidentielle étaient attendus sur un grand nombre de sujets à l’occasion d’un grand oral agricole organisé par le conseil de l’agriculture française à Besançon, le 30 mars. Cinq d’entre eux ont répondu présents, et le président sortant, qui a finalement annulé sa venue pour des raisons d’agenda, a de son côté répondu aux questions dans une intervention vidéo réalisée la veille.

Avec la guerre en Ukraine, « l’agriculture est le sujet principal des échanges et des débats aujourd’hui », a rappelé Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, en ouverture du grand oral agricole. Le 30 mars, cinq candidats à l’élection présidentielle sont venus à la rencontre des agriculteurs à Besançon pour présenter les grandes lignes de leur programme agricole : Fabien Roussel (Parti communiste), Marine Le Pen (Rassemblement national), Valérie Pécresse (Les Républicains), Jean Lassalle (Résistons) et Eric Zemmour (Reconquête), tandis qu’Emmanuel Macron, initialement prévu au programme, a répondu aux questions du conseil de l’agriculture française dans une vidéo enregistrée la veille. Mise en avant par le contexte, la question de la souveraineté alimentaire était au cœur des interventions des candidats, qui ont détaillé leurs mesures clés pour y parvenir.

Installation, transmission, retraites

Concernant l’installation des jeunes agriculteurs, c’est Fabien Roussel qui s’est montré le plus ambitieux, visant « au moins 500 000 agriculteurs en 2030 », ce qui implique d’installer entre 20 000 et 25 000 agriculteurs par an (contre environ 14 000 aujourd’hui). Il entend pour cela doubler les moyens dédiés à la formation et l’installation, favoriser les 60 premiers hectares dans la Pac, et faciliter les prêts via la nationalisation d’une banque qui permettrait des prêts bonifiés : « vous empruntez 100 et vous remboursez 80, on vous donne de l’argent pour investir car vous créez de la valeur ! », avance le candidat communiste.

Premier intervenant de ce Grand Oral, le candidat communiste Fabien Roussel a retenu l'attention de la salle avec ses talents oratoires et un programme agricole structuré.
Premier intervenant de ce Grand Oral, le candidat communiste Fabien Roussel a retenu l'attention de la salle avec ses talents oratoires et un programme agricole structuré. (©Terre-net Média)

Emmanuel Macron vise de son côté 20 000 agriculteurs installés par an, ce qui passerait par « une loi d’orientation et d’avenir votée dès le début du quinquennat ». Une loi qui faciliterait l’accès au foncier, par exemple via des fonds de portage, et protégerait davantage les terres vis-à-vis des achats étrangers (les terres agricoles seraient ainsi considérées comme des actifs stratégiques). « Je crois aussi en l’innovation, plus il y en aura, plus le métier sera attractif », a indiqué le chef de l’Etat qui rappelle que des investissements sont prévus dans le cadre du plan France 2030.

Dans une vidéo tournée la veille, dans des conditions proches de celles du direct, le président candidat a exposé les grandes lignes de son programme agricole et devrait poursuivre, s'il est élu, les orientations de ce quinquennat.
Dans une vidéo tournée la veille, dans des conditions proches de celles du direct, le président candidat a exposé les grandes lignes de son programme agricole et devrait poursuivre, s'il est élu, les orientations de ce quinquennat. (©Terre-net Média)

Eric Zemmour entend quant à lui relancer l’apprentissage, augmenter la dotation jeune agriculteur, et simplifier les procédures d’installation et d’achat de foncier (via des parrainages et des garanties bancaires). Il compte également « exonérer de droits de donation et succession toute transmission familiale d’une exploitation agricole ».

D’autres candidats mettraient aussi l’accent sur la transmission. Marine Le Pen propose ainsi d’exonérer d’impôts les transmissions dans le cadre familial, « à condition de conserver l’exploitation pendant au moins 10 ans ». Valérie Pécresse souhaite également alléger la fiscalité des transmissions, et instaurer « un complément de retraite pour les cédants qui accompagneraient la transmission », par exemple pour faciliter l’installation d’un hors cadre. La candidate des Républicains s’engage également à ce que toutes les retraites soient au minimum au niveau du Smic. « Pour les veuves d’agriculteurs qui n’auraient pas cotisé toute leur vie, les pensions de réversion passeraient de 54 % à 75 % », ajoute-t-elle avec, de plus, « l’indexation automatique des retraites dès que l’inflation dépasse 2 % ».

Valérie Pécresse (Les Républicains), a structuré son programme agricole en 4 axes : vivre dignement du métier, libérer les contraintes, investissement dans les filières et la recherche, et renouvellement dynamique des générations.
Valérie Pécresse (Les Républicains), a structuré son programme agricole en 4 axes : vivre dignement du métier, libérer les contraintes, investissement dans les filières et la recherche, et renouvellement dynamique des générations. (©Terre-net Média)

Rémunération : faire appliquer Egalim

Cependant, pour que le métier soit attractif, tous les candidats soulignent l’importance d’une rémunération suffisante. C’était l’objectif des lois Egalim 1 et 2 mises en place sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, et pour lesquelles l’actuel chef de l’Etat continuera à « être intraitable dans l’application ». Une application stricte qu’appelle aussi de ses vœux Valérie Pécresse, qui rappelle aussi l’importance d’une agriculture « qui produit pour tous les Français, pour toutes les bourses », et promeut le chèque alimentaire.

Eric Zemmour souhaite aller plus loin et mettre « fin au regroupement des centrales d’achat pour un marché plus ouvert ». « La grande distribution ne doit plus décider seule de l’écoulement de votre production », précise le candidat.

Eric Zemmour n'a pas réellement approfondi les mesures agricoles de son programme, devant un auditoire poli mais visiblement sceptique quant à certaines de ses propositions.
Eric Zemmour n'a pas réellement approfondi les mesures agricoles de son programme, devant un auditoire poli mais visiblement sceptique quant à certaines de ses propositions. (©Terre-net Média)

Normes et compétitivité

La rémunération dépend également du renforcement de la compétitivité de l’agriculture française, évoquée à plusieurs reprises par les candidats et les représentants du conseil de l’agriculture française. Pour y parvenir, Valérie Pécresse s’engage « à ne plus jamais surtransposer » des normes européennes en France, et d’effectuer, dans les 100 premiers jours du quinquennat, une « revue systématique des réglementations françaises » en vue d’une « loi de simplification ».

Emmanuel Macron défend, au niveau européen, la mise en œuvre des clauses miroirs, mais « si Bruxelles tarde trop, j’interdirai l’importation et la commercialisation de viande issue d’élevage utilisant des hormones de croissance », promet-il. Plus globalement, le président entend, s’il est réélu, aller plus loin sur le sujet de la compétitivité, en maintenant les crédits d’impôts existants, pérennisant le TO/DE, en luttant contre les transpositions, mais aussi en favorisant les crédits carbones français. Eric Zemmour propose quant à lui « un moratoire sur la signature des accords de libre-échange pour valoriser la production française par tous les moyens », tandis que Fabien Roussel entend exclure l’agriculture des accords de libre-échange, et souhaite « pouvoir taxer directement les productions importées qui ne respectent pas nos normes ». Marine Le Pen compte quant à elle mettre en place un ministère dédié à la lutte contre les fraudes, qui pourrait traquer les importations frauduleuses. 

Marine Le Pen, pour qui ce n'était pas le premier Grand Oral, est restée très tendue tout au long de son intervention.
Marine Le Pen, pour qui ce n'était pas le premier Grand Oral, est restée très tendue tout au long de son intervention. (©Terre-net Média)

Science, innovation et investissement

Quel positionnement face à l’innovation ? A cette question, les réponses des candidats sont là encore similaires. « L’innovation est au cœur de notre projet, je souhaite qu’on investisse dans la recherche et l’innovation », affirme Fabien Roussel. Emmanuel Macron défend, lui, une « approche raisonnée, fondée sur la science », que ce soit pour l’irrigation, ou les NBT pour lesquelles il entend œuvrer à Bruxelles pour la mise en place rapide d’un cadre réglementaire européen.

Pour Valérie Pécresse, c’est un « choc d’investissement » qui est nécessaire, dans les filières, mais aussi dans la recherche et dans l’innovation génétique. « Aujourd’hui, le zéro phyto n’est pas réaliste », insiste la candidate des Républicains qui, comme le chef de l’Etat, ne veut « pas d’interdiction sans solution ».

Lutte contre les agressions en milieu agricole

La salle a également posé plusieurs fois la question de la sécurité des exploitants agricoles, victimes d’agressions de la part d’activistes qui détruisent parfois les outils de production. Emmanuel Macron maintiendra la cellule Déméter, tout en faisant « le pari de l’intelligence et de la réconciliation des agendas », estimant que la profession agricole a désormais fait la preuve de sa capacité à produire de façon durable, si l’on continue à investir en ce sens. Pour Valérie Pécresse, ces attaques méritent « l’impunité zéro », « on ne doit rien laisser passer à ces activistes alors que les agriculteurs répondent à toutes les normes qui leur ont été imposées ».

Allant au-delà de la condamnation unanime des attaques des activistes et de la délinquance, Eric Zemmour a proposé de « rendre aux agriculteurs le droit de se défendre », via un « droit de défense excusable », inspiré du modèle suisse, qui permet une légitime défense même si elle n’est pas strictement proportionnée avec l’attaque. Une proposition très loin d’avoir emporté l’adhésion de la salle où des sifflets se sont fait entendre.

Quelle prise en compte des corps intermédiaires ?

Enfin, pour les représentants d’organisations agricoles, il était également important de demander aux candidats quel serait leur rapport aux corps intermédiaires en cas d’élection. « Ce n’est pas à moi que vous ferez dire que je suis contre les syndicats », s’est amusé Fabien Roussel, pour qui « nos plus grandes conquêtes sociales dans ce pays ont été faites avec le monde du travail ».

La question était plus directe pour le président sortant qui a, au début de son quinquennat, amorcé un grand nombre de réformes sans consultation approfondie des corps intermédiaires, même s’il s’en défend. Admettant que certaines mesures devaient être passées « à la cavalcade », il estime que « les résultats sont là ». « Je crois aux corps intermédiaires, à la concertation, mais il faut aussi parfois assumer de prendre des décisions, en actant des désaccords », ajoute-t-il, assurant avoir « besoin de toute façon des représentants du monde agricole ».

Jean Lassalle, dernier candidat du Grand Oral, était très attendu par un public habitué de ses discours emplis d'anecdotes et d'envolées lyriques, à défaut de mesures concrètes pour le secteur agricole.
Jean Lassalle, dernier candidat du Grand Oral, et le plus applaudi, était très attendu par un public habitué de ses discours emplis d'anecdotes et d'envolées lyriques, à défaut de mesures concrètes pour le secteur agricole.  (©Terre-net Média)

D’autres sujets ont été abordés par les candidats, de la révision voire l’annulation de Farm to Fork, pour Marine Le Pen et Éric Zemmour, à l’aide aux employeurs de main d’œuvre qui donneraient des salaires plus élevés (Marine Le Pen), la formation et l’éducation des enfants sur les problématiques agricoles et alimentaires, ou encore « reconstruire un État » et une organisation territoriale pour Jean Lassalle dont le discours très attendu et très apprécié par les congressistes, manquait cependant de mesures très concrètes.

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