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[Témoignage] CiveBien choisir sa date de récolte pour ne pas pénaliser la culture principale

Gildas Fouchet approvisionne son unité de méthanisation avec des effluents d’élevage, des Cive et des déchets alimentaires. « Avec tout ça, j’arrive à fertiliser 80 % de mes surfaces avec du digestat. En aidant les collectivités à valoriser leurs déchets, je me passe d’engrais minéraux », apprécie l’éleveur de veaux de boucherie. (©Terre-net Média)
Gildas Fouchet approvisionne son unité de méthanisation avec des effluents d’élevage, des Cive et des déchets alimentaires. « Avec tout ça, j’arrive à fertiliser 80 % de mes surfaces avec du digestat. En aidant les collectivités à valoriser leurs déchets, je me passe d’engrais minéraux », apprécie l’éleveur de veaux de boucherie. (©Terre-net Média)

Compléments de ressources indispensables pour la méthanisation, les cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) doivent être conduites avec doigté pour arriver à dégager un bon rendement sans pénaliser la culture suivante. Lors du Space, Gildas Fouchet, éleveur et méthaniseur en Ille-et-Vilaine, a partagé ses pratiques.

« Pour alimenter un méthaniseur, les cultures intermédiaires sont une des ressources complémentaires aux effluents, qui ne concurrencent pas l’alimentation humaine ou animale », introduit Armelle Damiano, directrice de l’association Aile.

Pour produire ses 250 Kwc, l’unité de méthanisation de Gildas Fouchet, agriculteur à Domagné (35), a besoin de 5 000 m3 d’effluents d’élevage, de 1 500 tonnes de Cive et de 2 000 tonnes de déchets extérieurs. « J’ai tâtonné pour trouver les Cive les plus adaptées à mes parcelles », retrace l’éleveur. Il a trouvé le compromis le plus productif sans pénaliser la culture principale avec de l’orge, semée vers le 25 octobre sous couvert d’un radis. Le radis, implanté derrière la moissonneuse, apporte de l’humus et préserve la fraîcheur du sol.

« Ensilé à la mi-mai, ce couvert produit autour des 8 t de MS/ha, chiffre Gildas Fouchet. Comme je suis éleveur de veaux de boucherie, je n’ai pas besoin directement de fourrages mais pour autant, je veux que tous mes hectares produisent une culture de vente, et à un niveau correct ». Il lui faut donc trouver le bon compromis entre rendement des Cive et préservation du capital eau pour la culture suivante. Si les Cive d’été ont l’avantage de libérer rapidement les parcelles, Gildas Fouchet les a abandonnées. « Le rendement est trop aléatoire selon la pluviométrie, déplore-t-il. Entre les coûts de semence et de récolte, il fallait au moins 4 à 5 t de MS/ha pour que ça soit rentable. Ce qui n’était pas le cas tous les ans ». L’élever a aussi essayé de l’avoine brésilienne « mais la récolte est trop tardive ».

Bien choisir sa date de récolte

La date de récolte est le curseur pour privilégier le rendement de la Cive ou les conditions d’implantation de la culture principale. « Ce qu’on gagne en rendement de la Cive en la récoltant le plus tard possible, on risque de le perdre sur le maïs implanté après. Mais les conditions climatiques font aussi beaucoup. Cette année, le maïs a peiné. Entre le radis et l’orge, trop d’eau a été captée dans la réserve utile », estime Gildas Fouchet.

Le potentiel de rendement dépend de la somme des températures. « Pour une récolte mi-mai, on peut atteindre les 10 tonnes de matière sèche sur la moitié Ouest, chiffre Nicolas Dagorn, d’Arvalis. Sur la moitié Est, le potentiel sera plutôt de 6 à 10 tonnes ». Mais vouloir retarder la récolte pour augmenter la biomasse est un coup de poker. « Surtout dans les sols à faible réserve utile, ça peut augmenter le stress hydrique pour la culture principale, prévient Nicolas Dagorn. Selon ses sols et la pluviométrie, il faut trouver le bon compromis de rendement de la Cive sans pénaliser la culture suivante. »

Au-delà de la ressource qu’elles représentent pour la méthanisation, les intercultures apportent d’autres services : couverture du sol pour diminuer l’érosion et le lessivage des nitrates, limitation du ruissellement…. L’Inrae mène des travaux pour déterminer les conduites qui permettent de maximiser ses services sans pénaliser la culture suivante. « Les Cive sont intéressantes pour l’environnement car elles limitent la lixiviation des nitrates. Par contre, elles pénalisent la recharge des nappes », reconnaît Camille Launay, de l’Inrae. Mais, les Cive participent également au stockage de carbone dans le sol. Comme pour le choix de la date de récolte, il y a un équilibre à trouver, propre à chaque exploitation, dans le choix des espèces, les surfaces implantées selon ses objectifs.

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