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Formation des prix et marges en 2021Malgré la hausse, les prix n’ont pas permis de couvrir les coûts de production

L'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires a rendu son rapport 2022 au Parlement. (©Pixabay/OFPM)
L'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires a rendu son rapport 2022 au Parlement. (©Pixabay/OFPM)

En 2021, avant la guerre en Ukraine, la hausse générale des coûts de production était déjà bien amorcée. Dans ce contexte, si quasiment toutes les productions ont connu une hausse des prix, dans certaines filières, les producteurs ne peuvent toujours pas se dégager de rémunération correcte, indique le dernier rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges.

 

Si la guerre en Ukraine perturbe les flux alimentaires, « les tensions sur les marchés agricoles sont largement antérieures » à l’invasion russe, a rappelé Philippe Chalmin, président de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires (OFPM) dont il a présenté le dernier rapport le 29 juin. Ainsi, la sécheresse au Canada, l’épisode la Niña en Amérique du Sud, ou encore les perturbations des flux de travailleurs en lien avec la crise sanitaire ont perturbé les marchés en 2021, sans compter la montée en puissance des importations chinoises de céréales : de 17 Mt importées en 2019, la Chine est passée à 62 Mt en 2021, participant en grande partie à la flambée des prix. En parallèle, les coûts de production ont commencé à flamber, en lien avec la crise du gaz, mais le surcoût ne s’est pas répercuté jusqu’au consommateur, puisque les prix alimentaires à la consommation n’ont augmenté que de 0,6 %, explique Philippe Chalmin.

Des prix des produits à la production en hausse

En 2021, les prix des matières premières agricoles ont donc augmenté, sauf pour le porc (en raison de la baisse de la demande chinoise). En blé tendre, la Chine a multiplié par trois ses achats entre 2019 et 2021, atteignant 9 Mt, ce qui a fortement contribué à la hausse des prix, ces derniers dépassant la barre des 300 €/t. Avec la guerre en Ukraine, les cours ont, depuis, dépassé par moment les 400 €/t.

Sur le blé dur, les tensions sont liées à la sécheresse au Canada, provoquant entre juillet et décembre 2021 une flambée des cours, les prix atteignant 460 dollars la tonne. Une flambée qui s’est poursuivie cette année, avec des prix aujourd’hui autour de 575 €/t.

La même tendance à la hausse s’est observée sur les gros bovins, la vache allaitante atteignant presque le 4,5 €/kg de carcasse en décembre (5,28 € aujourd’hui), et un prix moyen de la vache laitière s'élevant à 3,45 €/kg en décembre 2021 (4,90 €/kg aujourd’hui). En lait conventionnel, l’augmentation est manifeste également, puisque les prix payés aux producteurs ont fini l’année proches des 400 € les 1 000 litres, pour une moyenne de 388,2 € sur l’année, et l’augmentation s’est là encore poursuivie en 2022, avec un prix à 428 €/1000 litres en avril dernier. La nette diminution de la collecte française, et la demande soutenue ont également tiré vers le haut les prix des produits industriels : + 17,7 % pour le beurre vrac facturé qui a atteint 4 024 €/t en moyenne, + 19,2 % pour la poudre de lait écrémé, atteignant 2 647 €/t, et +35,9 % pour la poudre de lactosérum, à 972 €/t.

L’augmentation des coûts de production pèse sur la rémunération

Malgré ces augmentations importantes, les niveaux de rémunération permise pour la main d’œuvre non salariée agricole sont plus proches de 1 Smic que de 2 Smic, explique Philippe Chalmin, et les prix en hausse ne doivent pas éclipser l'envolée des coûts de production. Ainsi, en 2021, le coût de production au kg de poids vif des élevages spécialisés en gros bovins de boucherie augmente : + 2,4 % pour le système naisseurs, + 3,1 % pour le système naisseurs-engraisseurs spécialisés, entrainant une dégradation de la rémunération entre 2020 et 2021. Le total des coûts de production atteint 474 euros pour 100 kg vifs pour les naisseurs, quand l’ensemble des revenus (prix de vente + aides) représente 408 €. « Jamais les éleveurs de bovins allaitants ne sont parvenus à couvrir leurs coûts de production depuis 20 ans si l’on intègre une rémunération de deux Smic par unité de main d’œuvre », commente Philippe Chalmin. En 2021, la rémunération atteint 0,9 Smic pour le système naisseur, (contre 1,1 en 2020), et 1,4 Smic pour le système naisseur-engraisseur (contre 1,5 en 2020).

Résultat courant avant impôt et subvention d’exploitation par unité de travail annuel non salariée par exploitations spécialisées en 2020 et 202
Résultat courant avant impôt et subvention d’exploitation par unité de travail annuel non salariée par exploitations spécialisées en 2020 et 202 (©OFPM)
 

La rémunération moyenne des producteurs de lait de vache diminue légèrement, impactée par la hausse des charges : 1 Smic par unité de main d’œuvre en montagne contre 1,2 en 2020, mais elle reste stable en plaine à 2 Smic par unité de main d’œuvre.   

La situation est meilleure en blé tendre, où le coût de production estimé à 202 €/t est en légère baisse par rapport à 2020 (205 €/t). Le produit total blé et aides couvre le coût de production et les charges forfaitaires, y compris une rémunération de 1,1 Smic du producteur, indique le rapport.

Quid de la revendication du « juste prix » ?

Dans l’avant-propos du rapport, Philippe Chalmin rappelle la revendication du « juste prix » portée par les organisations agricoles. « En économie de marché, cette notion n’a guère de sens », rappelle-t-il, « il est le reflet d’un équilibre, ou d’un déséquilibre entre offre et demande ». « Trop longtemps habitués à des marchés administrés, les acteurs des filières alimentaires ne sont manifestement pas parvenus à intégrer cette nouvelle donne », ajoute l’économiste, qui remarque que « c’est en France que les relations sont le plus tendues » entre les maillons des filières. La FNSEA et JA ont d’ailleurs réagi à la publication du rapport en demandant plus de transparence de la part des différents maillons. Pour les syndicats, si la loi Egalim a permis d’accélérer la répercussion de la hausse des coûts de production dans les contrats, « il ne faut pas croire pour autant que la situation est réglée au niveau de l'amont agricole », indique la FNSEA, alors les indicateurs de coûts de production ne sont pas couverts par les prix de marché.

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