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Confédération paysanne« L’agriculture industrielle ne sait pas nourrir le monde », rappelle N. Girod

La Confédération paysanne a manifesté le 5 mai devant le siège de Cargill à la Défense. (©Confédération Paysanne)
La Confédération paysanne a manifesté le 5 mai devant le siège de Cargill à la Défense. (©Confédération Paysanne)

Le 5 mai, la Confédération paysanne a manifesté devant le siège français de Cargill à la Défense, près de Paris, pour dénoncer la spéculation sur les céréales. Nicolas Girod, porte-parole du syndicat, revient sur les raisons de cette mobilisation.

Terre-net : Pourquoi cette action de la Confédération paysanne devant Cargill aujourd’hui ?

Nicolas Girod : On a déroulé des banderoles et fait des prises de paroles devant le siège français de Cargill, plus grande société d’agroalimentaire au monde, pour dénoncer la spéculation sur les matières premières agricoles. Cette spéculation a toujours existé, mais elle a été amplifiée avec la guerre en Ukraine.

Or, nous pensons que, si on veut être dans une volonté de solidarité internationale et de nourrir le monde, notamment l’arc méditerranéen comme tout le monde nous l’explique depuis le salon de l’agriculture, le meilleur moyen est de stopper la spéculation, d’avoir des prix solidaires à l’exportation, d’arrêter les agro-carburants, et non pas produire plus aujourd’hui car cela se fait au détriment de l’agriculture paysanne. Cela va servir des boîtes comme Cargill, et pas les populations égyptiennes, libanaises, surtout avec un blé à 400 euros la tonne.

Même si on est devant Cargill, les responsables sont politiques, à travers des politiques néolibérales, qui refusent de réguler le commerce mondial, de gérer les stocks privés et publics.

Les orientations politiques prises pour faire face aux conséquences de cette guerre menacent-elles le modèle d’agriculture paysanne que vous défendez ?

Nicolas Girod : Oui, ça le menace, et cela envoie le signal que l’agriculture industrielle, productiviste, serait la seule capable de nourrir la planète demain. On donne une fois encore les clés aujourd’hui à ce modèle-là pour répondre à la crise, alors c’est déjà ce modèle qui domine depuis 70 ans et que les populations en précarité alimentaire au niveau mondial ne diminuent pas, comme le montre régulièrement les rapports de l’Onu. L’agriculture industrielle ne sait pas nourrir le monde, pourtant c’est encore à elle qu’on file les clés du camion.

C’est une remise en cause de notre capacité à nous, agriculteurs qui travaillons sur des systèmes autonomes − un modèle dominant à l’échelle de la planète − et qui est montré du doigt par les politiques. Face à cela, c’est l’agriculture industrielle qui reste plébiscitée par les politiques publiques et qui va s’implanter encore plus puisqu’on lève les contraintes environnementales à la production, et on permet de produire sur les jachères.

Quelle écoute recevez-vous de la part des pouvoirs publics ?

Nicolas Girod : Pour l’instant, la réponse c’est le mépris. Ils essayent de nous faire passer pour de dangereux irresponsables qui ne comprendraient rien à solidarité internationale, ne seraient pas solidaires avec les peuples qui vont être mis en difficulté par la guerre en Ukraine. Or c’est tout l’inverse : ce qui les met en difficulté, ce sont les tenants de l’agriculture industrielle, car quand on envoie du blé, de la poudre de lait, on n’est pas là pour nourrir les peuples mais pour faire des parts de marché, et on met en difficulté les agricultures locales.

C’est très violent comme réponse, d’autant plus que la solidarité internationale, on la prend en compte depuis bien plus longtemps qu’eux, en prônant des mécanismes de répartition, de la régulation, la souveraineté alimentaire et la coopération internationale. Des mots qui sont aujourd’hui évacués du débat public sur l’agriculture et l’alimentation.

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