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Reportage en alpageAnne, vachère en Chartreuse

Anne, vachère en Chartreuse

Au cœur de la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse, Anne veille tout l’été sur un troupeau de 200 vaches et génisses.

Vaches tarentaises, abondance, vosgienneTarentaises (ou tarines) et charolaises représentent l'essentiel du troupeau. Quelque abondances, vosgiennes ou Villard-de-Lans (race en conservation avec moins de 400 individus en 2006) pâturent également à l'Alpette.(©Terre-net Média)

L’Alpette. C’est ainsi que se nomme cette pâture perchée à plus de 1.500 mètres d’altitude, sur la commune de Champareillant, entre Chambéry et Grenoble. De juin à fin septembre, les éleveurs de la vallée font pâturer leurs génisses et vaches allaitantes avec leurs veaux sur cette grande pâture surplombée par le Mont Granier. Neuf éleveurs bovin, ainsi qu’un éleveur ovin, s’associent au sein d’un groupement d’alpage pour financer l’emploi de la bergère à mi-temps, l’entretien du chalet, et l’héliportage du matériel et des vivres.

Un métier qui se féminise

C’est la deuxième saison d’alpage pour Anne. Son diplôme d’ingénieur en poche, cette jeune femme de 24 ans, originaire de Quimper, a choisi de vivre quatre mois par an seule en montagne. « Je ne me sens pas isolée pour autant. Le chemin de grande randonnée (GR9) du tour de la Chartreuse passe juste devant mon chalet et il y a beaucoup de passage en juillet et en août. Cela en devient même parfois un peu irritant. Je ne compte plus le nombre de touristes qui confondent mon chalet avec une buvette d’alpage ou qui veulent acheter des fromages alors que je n’en fais pas… Je m’efforce de leur expliquer gentiment. »

D’après une étude de le Fédération des alpages de l’Isère, le métier de berger se féminise. Aujourd’hui les alpages comptent plus d’un tiers de bergères et vachères, souvent issues du milieu urbain et avec un haut niveau de formation. Les femmes exercent le métier trois fois moins longtemps (deux ans et demi passés en moyenne au total sur les estives en Isère) que les hommes. Grâce au financement des emplois d’aide-berger, de plus en plus de couples, avec ou sans enfants, viennent travailler dans les alpages. « C’est notamment parce que les bergères engagent plus souvent des projets originaux et se lancent dans des initiatives économiques locales en marge des critères institutionnels », lit-on dans cette étude sociologique sur les nouveaux enjeux du métier de berger.

Comptage quotidien

Chaque matin, Anne vérifie les numéros de boucles des 200 bovins et 70 brebis et agneaux présents. « Si une vache manque à l’appel, il faut la retrouver et arpenter les 300 ha de l’alpage constitué d’une grande prairie entourée de bois et de clairières à flanc de montagne. Généralement on peut entendre tinter les cloches d’assez loin, poursuit Anne. Il faut également veiller à ce que certaines bêtes ne passent pas dans l’alpage voisin. Par ailleurs, la Chartreuse est un massif karstique avec de nombreux trous et grottes. Les animaux ont vite fait de s’y coincer une patte. L’an dernier une vache s’est tuée ainsi. Nous avons dû l’héliporter vers la vallée. »

Par chance, le massif de la Chartreuse est l’un des rares endroits dans les Alpes où il n’y a pratiquement pas de prédation sur les troupeaux… du moins jusqu’à cette année. « Contrairement à la plupart des bergers, je n’ai pas à parquer les bêtes le soir ni besoin de chiens patous pour dissuader les loups de s’attaquer aux moutons ou aux veaux. »

L’inspection quotidienne du troupeau permet également de soigner les petits bobos, les blessures liées aux coups de cornes, les conjonctivites provoquées par les mouches, les boiteries et autres panaris, fréquents en début de saison lorsque l’herbe a rapidement poussé après quelques jours de pluie. Avant la transhumance, la fédération des alpages fait des recommandations sanitaires : les élevages doivent être indemnes d’Ibr et de Fco et les maladies non réglementées comme la besnoitiose, la Bvd ou l’enterotoxemie sont également surveillées.

Une bonne année pour l'herbe

« Ce n’est pas toujours évident de faire grimper les animaux sur 400 mètres de dénivelés dans un chemin étroit, mais le plus dur c’est de les faire redescendre ! J’imagine qu’elles se sentent à leur aise à l’Alpette et qu’elles ne sont pas pressées de rejoindre l’étable, plaisante-t-elle. Je n’ai pas besoin de les emmener pâturer à un endroit précis. Elles gèrent elles-mêmes la pousse de l’herbe et je dois dire que cela fonctionne plutôt bien. Par rapport à l’an dernier, la pousse semble idéale cette année et la prairie est riche en légumineuses et fleurs de montagne. Les veaux en profitent bien. Peut-être que si l’arrière-saison est belle, l’estive se prolongera un peu », espère la bergère.

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