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Enrubannage d’herbeLes facteurs clés de succès

Par rapport à l'enrubannage mono-balle, l'enrubannage en "continu" ou en "boudin" (avec des machines comme celles proposées par Beaudoin ou Elho) permet des économies de film plastique. Fait par une Eta, l'enrubannage continu reviendrait autour de 6 € par botte. (© Terre-net Média)
Par rapport à l'enrubannage mono-balle, l'enrubannage en "continu" ou en "boudin" (avec des machines comme celles proposées par Beaudoin ou Elho) permet des économies de film plastique. Fait par une Eta, l'enrubannage continu reviendrait autour de 6 € par botte. (© Terre-net Média)

Entre la météo et le stade de fauche, la récolte de l’herbe est une course contre la montre. Une remarque particulièrement vraie pour la première coupe, qui fournit une grande partie du rendement. Plus stable que l’ensilage, l’enrubannage limite les pertes lors de la conservation et offre un fourrage des plus efficaces en valeur alimentaire comme en temps de travail, mais son coût est parmi les plus élevés.

enrubannage
Par rapport à l'enrubannage mono-balle, l'enrubannage en "continu" ou en "boudin" (avec des machines comme celles proposées par Beaudoin ou Elho) permet des économies de film plastique. Fait par une Eta, l'enrubannage continu reviendrait autour de 6 € par botte. (© Terre-net Média)

Plus l’herbe avance en maturité, plus la qualité intrinsèque du fourrage diminue rapidement. Cherchant le meilleur compromis entre date de récolte et qualités nutritionnelles, l’herbe doit être coupée à 6-8 cm du sol, au plus tard début floraison, afin de ne pas pénaliser les performances zootechniques et le rendement des prochaines coupes.

Pour l’ensilage comme pour l’enrubannage, la première coupe devra être effectuée début épiaison. A partir de ce stade, une attention particulière doit être apportée au fourrage en fonction de son devenir. La voie sèche exige une plus longue phase de séchage au champ pour obtenir les 75 % de matière sèche (MS). En revanche, l’enrubannage requiert idéalement 50 % de MS tandis que l’ensilage peut être réalisé entre 15 et 30 % de MS. Pour les voies humides, c’est ici que se joue la qualité de conservation du fourrage.

Enrubanner, c’est maîtriser ses pertes

Dès qu’un fourrage est fauché, divers processus vont entraîner des pertes de matière sèche, à différents niveaux de la chaîne de récolte (au champ, puis au stockage), ce pour différentes raisons : 

  • Des pertes par processus respiratoires, qui atteignent 1 à 1,5 % de la MS fauchée par jour. Au final, cela représente 3 à 10 % de la MS fauchée. Dans le cas de l'ensilage et surtout de l'enrubannage, les processus respiratoires sont moindres.
  • Des pertes mécaniques. Au cours de la récolte d’un fourrage, des pertes générées par les outils employés et leur utilisation vont se cumuler. D’autant plus pour les légumineuses et lorsque la MS augmente. Soit un pourcentage d’environ 20 % pour le foin sec contre 5 à 7 % pour les voies humides.
  • Des pertes par lessivage. Il s’agit des pertes qu’entraîne la pluie sur un fourrage en cours de séchage associées à celles, indirectes, liées à l’augmentation de sa durée de séchage au champ. Ce sont essentiellement les propriétés énergétiques qui sont impactées.
  • Des pertes en cours de conservation. Ici, la voie sèche est plus avantageuse car elle s’avère stable tandis que l’ensilage peut subir des pertes de l’ordre de 15 à 25 % sans considérer les parties inconsommables. Plus hermétique, la technique de l’enrubannage affiche, quant à elle, de meilleurs résultats avec seulement 3 à 5 % de pertes.

Au regard de pertes plus faibles et d’une qualité de conservation supérieure, l’enrubannage tire son épingle du jeu. Son ratio Gmq (en g/j) ou volume de lait produit sur quantité de fourrage frais récoltée excède par conséquent celui du foin et de l’ensilage en silo. Néanmoins, le coût de récolte de l’herbe enrubannée est aussi parmi les plus élevés. D’après les Chambres d’agriculture de Normandie, les coûts indicatifs de récolte de l’herbe enrubannée varient selon la méthode (enrubannage continu ou non) entre 52 et 61 €/t de MS et 183 à 213 €/ha.

Cinq facteurs clés interviennent dans la réussite de l’enrubannage :

 

Pas de quoi en faire un film !

Il est très rare que les films d’enrubannage soient responsables des défauts de qualité de l’ensilage (moisissures et pourritures notamment). Les films de couleur sombre s’échauffent plus vite au soleil que ceux de couleur blanche et vert clair, ce qui augmente temporairement leur perméabilité aux gaz. Cependant cela ne semble pas avoir d’incidence sur la qualité de fermentation. Comme le confirme une enquête (Fat n°615), les films plastiques de couleur sombre s’intègrent nettement mieux dans le paysage que les films blancs. C’est pourquoi, il est recommandé d’utiliser de préférence des films étirables de couleur sombre pour le stockage des balles d’ensilage à l’extérieur.

Les films plastiques noirs, sont de moins en moins utilisés, mais restent ceux qui affichent les meilleurs résultats qualitatifs (très bonne résistance, stabilité aux rayons ultraviolets et adhésivité). Par ailleurs, ils ne contiennent aucun colorant pigmentaire nocif pour l’environnement.

Les films étirables sont peu résistants aux rayons UV et devront être destinés pour l’ensilage d'été avec un stockage protégé des balles.

Pour une longue durée de stockage (plus de cinq mois) : l’enrubannage de six couches est préconisé. Pour le stockage sur des sites exposés (engins, bovins non écornés,…) mieux vaut des films de couleur foncée et protéger les abords (rubalise, fil).

- La teneur en MS : il faut viser aux alentours de 50 %. Autour de 70 %, les risques de développement de moisissures sont élevés. Cependant, mieux vaut récolter un fourrage humide, mais qui n’a pas reçu la pluie, que d’attendre que le fourrage sèche au risque que des précipitations surviennent.

- Côté pressage, les balles doivent être les plus régulières possibles pour faciliter l’enrubannage et le stockage. Par conséquent, il faut adapter au préalable la largeur de l’andain à celle de la presse. Les balles doivent être denses pour éviter toute déformation préjudiciable à la qualité de conservation. Il est aussi recommandé de diminuer le nombre de balles, ce qui limite la consommation de plastique et le nombre de manutentions par hectare. A noter : les quantités de MS pressées par balle augmentent en fonction de la teneur en MS du fourrage jusqu’à un pallier de 50 % de MS. Au-delà, les quantités de MS ne changent plus.

Le type de chambre de pressage (fixe ou variable) n’a aucune incidence sur la conservation future des balles, mais plutôt sur la puissance nécessaire, la densité obtenue, l’entretien... L’utilisation de couteaux sur les presses hacheuses renforce la densité des balles de 10 à 20 % tout en facilitant le délitage du fourrage lors de la distribution. Cependant, le processus fermentaire n’est pas amélioré. Ce dispositif génère également un surcoût et accroît la puissance nécessaire lors du pressage.

- Utiliser des films de grande largeur ; ceux de 75 cm en particulier de préférence aux films de 50 cm. Toutes choses égales par ailleurs, l’augmentation de la largeur du film s’accompagne d’une amélioration de l’herméticité, d’un gain de temps lors de l’enrubannage, d’une protection accrue des faces planes qui sont les plus fragiles. Par ailleurs, la consommation de film ne change pas : elle est de 800 g par balle de 1,2 m x 1,2 m pour quatre couches de film.

- Enrubanner en recouvrant de 50 %. Cela permet de poser les quatre couches de film en deux fois deux couches (la balle fera un tour complet sur elle-même) ou les six couches en trois fois deux couches si la durée de conservation dépasse les quatre mois. Pré-étirer le film d’au moins 60 %. Ne pas enrubanner sous la pluie pour éviter de perdre tout l’effet collant du film. Une bobine de film de 750 mm de large et de 1.500 m de long permet d’enrubanner 31 balles de 1,2 m x 1,2 m plus ou moins 1 balle.

- Le lieu de stockage doit être propre et facile à surveiller. Le stockage à l’abri n’est pas nécessaire sauf intempéries extrêmes (neige). Méthode de stockage : entreposer les balles sur leur face plane, sur un seul niveau si les balles sont très humides. Le film permet d’annoter les balles pour améliorer leur traçabilité et spécifier tout problème.

Temps de travail : avantage à l'enrubannage

temps de travail enrubannage ensilage foin autocharcheuse
Temps de travaux de la récolte à la distribution selon les techniques de récolte de l'herbe. (© Agroscope/Terre-net Média)

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Graphique du rapport Fat n°627 de la station suisse Agroscope (2005) : cette étude croise trois techniques de récolte (ensileuse, remorque autochargeuse, presse), quatre systèmes de stockage (silo tour, silo couloir, silo boudin, enrubannage) et plusieurs procédés de reprise et de distribution (manuel, désileuse, godet, automotrice). La comparaison est établie sur un volume de 190 m3 d’ensilage d’herbe correspondant à une surface de 14 ha. La récolte d’herbe est établie à 105 t d’ensilage pour un rendement de 3t/ha à 40 % de MS après préfanage.

Avec 3,5 h/ha, la presse-enrubanneuse semble intéressante. D’autant plus si elle est combinée à une mélangeuse pour la distribution. Dommage que cette comparaison n’intègre pas le système d’enrubannage en continu. Au regard d’autres études réalisées, celui-ci peut se positionner entre le combiné presse-enrubanneuse et les deux éléments presse et enrubanneuse en décomposé. Cependant, sa reprise semble un peu moins efficace que dans le cas d’un stockage en balles individuelles.

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