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HerbeFace au réchauffement climatique, comment adapter ses prairies ?

L’adaptation passe par le choix d’espèces supportant davantage la chaleur et le stress hydrique, comme la fétuque élevée, le dactyle, le brome ou le trèfle blanc. (©Terre-net Média)
L’adaptation passe par le choix d’espèces supportant davantage la chaleur et le stress hydrique, comme la fétuque élevée, le dactyle, le brome ou le trèfle blanc. (©Terre-net Média)

Les prairies auront une place de choix dans les systèmes, parce qu’il est possible d’adapter leur conduite au changement climatique, tout en répondant à la fois aux attentes des éleveurs et de la société. L’adaptation passe par une conduite plus technique, un choix des espèces et un accompagnement technique à la hauteur.

Jusque-là, dans le grand Ouest, on récoltait son ray-grass en mai. Mais voilà que depuis quelques années, des éleveurs le récoltent fin mars. C’est ce qu’observe Stéphane David, formateur et expert fourragères à Semae, l’interprofession des semences (ex-Gnis).

Il faudra s’adapter aussi pour la conduite des prairies, car le réchauffement climatique a un impact partout en France. En Pays-de-la-Loire par exemple, c’est une progression des températures moyennes de 0,35°C par décennie, 2,8 jours estivaux de plus et 3,4 jours de gel de moins. C’est aussi moins de pluies au printemps et à l’été mais davantage à l’automne, et plus d’évapotranspiration, selon l’Observatoire régional sur l’agriculture et le changement climatique (Oracle).

« Selon les modélisations, le démarrage de la végétation se fera plutôt fin janvier que fin février avec un pic avancé d’une vingtaine de jours, fin mars, avec un redémarrage à l’automne », avertit Stéphane David.

Les hivers moins froids, cela ouvre la possibilité de faire pâturer. Les printemps plus précoces, c’est un déprimage anticipé et des premières fauches plus précoces. Des étés plus secs, c’est stopper le pâturage pour ne pas massacrer les prairies et prévoir de l’affouragement sur des « parcelles parking ». Des automnes plus humides, ce sont des semis d’été décalés et la possibilité de valoriser cette nouvelle période de production d’herbe.

Choisir des mélanges adaptés

Le ray-grass ne pousse plus dès que la température excède 25 degrés. S’adapter, c’est opter pour des espèces supportant davantage la chaleur et le stress hydrique, comme la fétuque élevée, le dactyle, le brome ou le trèfle blanc. « Choisir des mélanges avec une grande diversité de légumineuses et de graminées peut permettre d’avoir une production quelle que soit la période », propose Stéphane David.

L’éventail de possibilités de l’éleveur dépend de différents facteurs, à commencer par le contexte sol. S’il n’est pas possible de mettre les pieds dans une parcelle au mois de mars par exemple, il vaut mieux éviter le RGI et privilégier le RGH, plus tardif.

Faire évoluer ses pratiques

Aller voir où en est la pousse de l’herbe, observer les stades des fourragères, sortir les animaux plus précocement si besoin, … Il faudra s’adapter en permanence. Car cette évolution du climat impose de décaler les périodes pâturage et de faucher plus tôt. Selon le choix des variétés, le départ en végétation sera plus précoce.

« Entre la sortie de l’hiver et le début du déficit hydrique, c’est un peu la course contre la montre, il faut avoir fait quasiment le rendement de l’année, donc plus on démarrera tôt, plus on aura de chances d’y arriver » prévient l’expert fourragères de Semae. « Il faut aussi être vigilant à l’exploiter au bon stade et ne pas se laisser piéger en allant essayer d’aller chercher quelques kilos supplémentaires de matière sèche au risque de laisser passer le bon stade de récolte ».

Sécuriser sa production et ses stocks

Sécuriser l’autonomie protéique peut se faire avec un sursemis dans les prairies permanentes. A la fin de l’été, lorsque la prairie est parsemée de trous, il peut être intéressant de les combler par un sursemis de légumineuses pour éviter que des adventices ne viennent occuper cette place. Cette stratégie dite de contournement peut aussi consister à sécuriser les implantations des prairies avec un semis sous-couvert

On peut aussi sécuriser les stocks fourragers avec des récoltes opportunistes de dérobées fourragères.

Le matériel et le conseil devront suivre

Les technico-commerciaux devront aussi être formés pour accompagner les éleveurs sur les critères de choix  des espèces et des variétés prairiales. « On peut avoir la meilleure génétique possible pour ses fourragères, si par exemple on ne fait pas le moindre entretien de chaulage, ou le bon apport de phosphore ou de potasse, on peut pénaliser l’expression du patrimoine génétique des espèces et au final être déçu par le résultat », met en garde le technicien.

En réalité, « il y a aujourd’hui une combinaison de stratégies par exploitation en fonction du type de sol, des animaux, du matériel présent, ou de l’organisation de la disponibilité du matériel en Cuma », insiste Stéphane David. 

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