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Changement climatiqueStockage de carbone, rapport qualité prix : les défis de la pomme de terre

Comment la pomme de terre fraîche pourra-t-elle relever le défi du changement climatique ? (©Pixabay)
Comment la pomme de terre fraîche pourra-t-elle relever le défi du changement climatique ? (©Pixabay)

Première victime du réchauffement climatique, mais également émettrice de gaz à effet de serre, l’agriculture doit non seulement s’adapter à ces nouvelles conditions météo, mais également agir pour atténuer son impact sur le climat. Une gageure, pour la filière pommes de terre fraîches, qui doit relever plusieurs défis comme stocker du carbone, ou faire accepter au consommateur une pomme de terre moins belle, ou plus chère, pour tenir compte de ces enjeux.

 

Si le secteur agricole et alimentaire est le deuxième secteur le plus exposé aux procès pour inaction climatique, qui se multiplient ces dernières années, l’agriculture est également la première victime du changement climatique. Car l’augmentation des températures moyennes entraine également une multiplication des aléas climatiques (évènements extrêmes, vagues de chaleur…), une forte imprévisibilité, et une radicalisation de la critique sociale qui s’en prend de plus en plus au secteur agricole et alimentaire, a rappelé Bertrand Valiorgue, professeur de stratégie et gouvernance des entreprises, en introduction de la conférence organisée le 18 mai par le CNIPT, l'interprofession des pommes de terre.  

Pour le chercheur, une partie de la solution réside dans l’agriculture régénératrice, qui assure à la fois l’objectif d’adaptation de l’agriculture et celui de l’atténuation des impacts négatifs de la production agricole, en « régénérant l’eau, l’air, le sol et la biodiversité ». « On ne fait pas ça pour être écolo, mais pour maintenir des conditions de production qui vont permettre aux agriculteurs de continuer à travailler », explique-t-il.  

Mettre en place une « filière pommes de terre à impacts »

Cependant, le défi est encore plus grand pour une filière comme celle de la pomme de terre fraîche. Pour une culture qui pousse dans le sol, l'amélioration du stockage de carbone est plus difficile. Les premières pistes à explorer en ce sens sont donc plutôt à aller chercher à l’échelle des parcelles et des exploitations, à travers les haies par exemple. Et la pomme de terre dispose d’un atout, celui d’être directement comestible par le consommateur, ce qui limite les émissions de GES liées à la transformation du produit.

Pour anticiper et s’adapter davantage au changement climatique, de nombreux outils se développent, notamment pour caractériser les sols et mesurer la vie biologique qui y règne, explique Cyril Hannon, ingénieur agronome chez Arvalis. L’idée est bien d’objectiver, de rendre plus tangible cette agriculture régénératrice, afin d’ensuite la valoriser. Pour lui, reste à la filière à « se mettre en ordre de bataille » pour relever pleinement ce défi agronomique. Et il ne faut pas oublier, rappelle Geoffroy d’Evry, président de l’UNPT, que certes, « des solutions existent, mais elles impactent directement le rendement et le revenu du producteur ». « Est-ce que le climat ne va pas devenir prioritaire sur le pouvoir d’achat ? », demande le représentant des producteurs.  

Un consommateur encore attaché au rapport qualité/prix

La filière pommes de terre fraiches s’est bâtie sur l’excellence de son rapport qualité prix. Or aujourd’hui, l’adaptation au changement climatique risque non seulement de faire augmenter les prix de la pomme de terre, mais également d’aller de plus en plus vers des produits esthétiquement différents. « L’équation du nouveau régime climatique sera de réunir qualité, prix et impacts positifs », explique Bertrand Valiorgue, ce qui passera par un travail à mener autour du stockage, de l’aspect visuel de la pomme de terre, etc.

Néanmoins, Dominique Père, directeur général de Parmentine, ne perçoit aujourd’hui « aucune modification, les exigences d’aspect sur notre produit restent extrêmement élevées ». « Non, le consommateur n’a pas encore fait ce pas d’accepter de consommer des produits différents de ce qu’il avait l’habitude de voir parce qu’ils sont moins émetteurs de CO2 », estime-t-il.  

« Dès qu’on a une diminution de la qualité esthétique, on va avoir des réclamations sur le produit, donc nous avons encore énormément de pédagogie à déployer », confirme Justine Gomez, chargée de mission agroécologie chez Carrefour. Il reste donc, pour la filière, « beaucoup de communication à faire à ce niveau-là », abonde Luc Chatelain, président du CNIPT.

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