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Viande bovineL’accord UE-Mexique va autoriser l’importation de 20 000 t de viande mexicaine

L’accord UE-Mexique, finalisé le 28 avril, prévoit l’ouverture du marché européen à 20 000 tonnes de viandes bovines mexicaines à droits de douane très réduits. Un scandale, pour l’interprofession française qui rappelle que ces viandes étaient jusqu’à aujourd’hui interdites sur le sol européen en raison de leur non-conformité aux normes sanitaires de l’UE.

« Alors que l’essentiel de nos efforts ont dernièrement été concentrés sur la crise liée au coronavirus, nous avons aussi travaillé à l’avancement du calendrier sur le commerce et les échanges (...). Ouverture, partenariats et coopérations seront encore plus essentiels alors que nous reconstruisons nos économies après la pandémie. Je suis donc très satisfait du fait qu’avec nos partenaires mexicains, nous partagions des points de vue similaires et que notre travail commun porte ses fruits », a salué Phil Hogan, le Commissaire européen au commerce et ancien commissaire à l’agriculture, dans un communiqué diffusé le 28 avril après la finalisation de l’accord entre l’UE et le Mexique.

Or, cet accord valide l’importation sur le sol européen de 20 000 tonnes par an de viandes bovines mexicaines à droits de douane très réduits (7,5 %), « et ce, alors que les viandes bovines mexicaines, qui ne présentent pas de garanties suffisantes sur le plan sanitaire, étaient jusqu'à aujourd'hui exclues des échanges commerciaux entre l'UE et le Mexique », dénonce Interbev dans un communiqué du 29 avril.

Une décision incompréhensible en pleine crise du Covid-19

Alors que la notion de souveraineté alimentaire n’a jamais été aussi présente dans les esprits, à la lueur de la crise économique et sanitaire liée au coronavirus, la conclusion de cet accord interpelle. « Depuis le début de la crise mondiale liée au Covid 19, les institutions européennes répètent que tout doit être mis en œuvre, dans le "monde d'après", pour préserver notre souveraineté alimentaire », rappelle Interbev.

La situation actuelle est par ailleurs extrêmement difficile pour les éleveurs bovins français, que le coronavirus n’aide pas, loin de là, à retrouver des prix rémunérateurs, comme le dénonce notamment ce jeune éleveur de viande bovine dans une vidéo publiée sur Youtube.

Sans compter que l’importation de produits agricoles aux normes moins strictes que celles de l’UE semble également en contradiction avec deux stratégies européennes phares, le Green Deal et la stratégie « de la ferme à la fourchette ».

Interbev demande l’intervention du président de la République

L’interprofession demande donc à Emmanuel Macron, qui défend lui aussi un retour à davantage de souveraineté alimentaire, d’intervenir pour « exiger, à Bruxelles, la suspension de toute importation de viandes bovines provenant de pays tiers pendant la période d'état d'urgence sanitaire », « rappeler son opposition ferme et sans ambiguïté à toute validation de l'accord UE-Mercosur », et « s'opposer à ce nouvel accord UE-Mexique et bloquer toute négociation en cours portant sur l'ouverture du marché européen à de nouveaux volumes de viandes bovines issues de pays tiers ».

La Coordination rurale a également vivement réagi après cette annonce : « l’accord prévoit l’importation de plusieurs milliers de tonnes de produits issus de l’élevage (bœuf, volaille, porc et même le miel), qui détruiront l’équilibre économique des éleveurs français. Quant aux contreparties à l’export, notamment celles attendues sur les produits laitiers, les accords passés prouvent que les retombées financières atterrissent dans les poches des négociants sans jamais bénéficier aux agriculteurs, comme ce fut le cas pour le Ceta qui n'a apporté aucune plus-value aux éleveurs laitiers européens, mais a négativement impacté le prix du lait aux éleveurs canadiens », a rappelé le syndicat dans un communiqué, le 29 avril.

L’accord doit désormais être voté par le Conseil et le Parlement européen.

Journaliste politique et économie

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