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Filières animalesLe monde a faim de viande mais l’Union européenne n’en profite pas

En production bovine, quelques espoirs existent vers la Turquie et la Chine pour exporter davantage d’animaux dans les prochains mois. (©Terre-net Média)
En production bovine, quelques espoirs existent vers la Turquie et la Chine pour exporter davantage d’animaux dans les prochains mois. (©Terre-net Média)

Les éleveurs américains et australiens profitent de l’expansion des marchés asiatiques pour accroître leurs exportations. En se détournant du marché européen, ils offrent une possibilité à nos éleveurs de reconquérir le marché intérieur de l'UE. Mais dans les faits, il n’en est rien. Selon la Commission, l’Union européenne restera déficitaire en viandes rouges à l’horizon de 2024.

« Alors que l’ensemble du monde a connu une bonne conjoncture 2014 dans les viandes, l’Union européenne n’en profite pas », écrit Jean-Paul Simier, un des auteurs du « Cyclope 2015, les marchés mondiaux », un ouvrage de plus de 780 pages présenté le 20 mai dernier. Pourtant, les débouchés existent et le repli des prix mondiaux ces dernières semaines ne remettent aucunement en question les fondamentaux d’un marché de la viande très porteur pendant encore de nombreuses années. Les échanges de viandes bovines et de volaille croissent même plus vite que la production mondiale de viandes. Prenons à titre d’exemple, le commerce mondial de viande bovine. Celui-ci représente 29 % des échanges mondiaux de viande alors que seuls 22 % de la production mondiale de viande (312 millions de tonnes) est du bœuf.

La conjoncture économique européenne n’est pas favorable pour envisager un nouvel essor de la consommation de viande sur son marché intérieur et l’embargo russe empêche toute exportation de viandes vers la Russie depuis août dernier. Pour la seule filière porcine, les pertes de marchés sont évaluées à plus de 2 milliards d’euros, sans compter les effets par ricochet, de l’engorgement du marché intérieur, par les milliers de tonnes de viandes sans débouchés et la baisse des prix qui en découle ; les ventes vers la Chine, la Corée du sud ou l’Indonésie n’ayant pas compensé intégralement les pertes commerciales des Européens.

En production bovine, quelques espoirs existent vers la Turquie et la Chine pour exporter davantage d’animaux dans les prochains mois mais le constat est là. L’Union européenne « pèse de moins en moins dans le commerce international » et elle peine pour regagner de l’autonomie en reconquérant son marché intérieur. Et il semble qu’il ne faille pas espérer une quelconque amélioration au cours des prochaines années pour les productions de viandes rouges.

L'Union européenne sur le banc de touche

Selon Jean-Paul Simier, « la Commission européenne prévoit une stabilisation de l’excédent commercial européen de viandes à l’horizon de 2024. Les viandes ovine et bovine resteront déficitaires et celles de volailles (dorénavant sans restitutions), et surtout de porcs toujours excédentaires en profitant de l’expansion mondiale ». Autrement dit, il ne faut pas compter sur la France pour rendre l’Union plus autonome en viandes rouges, malgré une réforme de la Pac favorable pour les éleveurs, alors que notre pays possède les réserves foncières pour relancer l’élevage. Et pourtant, le monde manque de bœufs. Enfin, notre pays est un des moins touchés par des maladies pouvant affecter le commerce mondial des viandes. Ce qui est un atout pour valoriser sa production de viande en Asie et en Chine en particulier. Les consommateurs chinois doutent en permanence de la qualité des produits « made in China ».

La France ne sera pas le moteur de la reconquête

Par ailleurs, la reconquête de leur marché intérieur est un objectif à la portée des producteurs européens puisque l’Union est moins agressée par les exportateurs de viandes. Ils se détournent même des Vingt-huit pour approvisionner les pays asiatiques. Le Japon restera encore pour de nombreuses années le principal importateur de viandes, toutes catégories confondues. Et l’Asie dans son ensemble sera « par sa croissance démographique et économique, et donc son appétit de viande, un pôle essentiel du marché, et ce malgré le ralentissement de la croissance chinoise », écrit Jean-Paul Simier.

Le Brésil, l’Inde, les Etats-Unis et l’Australie dominent les marchés et se disputent, selon les productions, les premières places à l’export. Mais ces géants de l’élevage ne sont pas invulnérables.

Les Etats-Unis souffrent de la réévaluation du dollar et la première puissance mondiale est de plus en plus pénalisée par des épisodes de sécheresse redondants qui affectent la production bovine. L’Australie et même la Nouvelle Zélande sont aussi touchées par ces excès climatiques. Ces deux pays ont par ailleurs été détrônés par l’Inde. La plus grands démocratie du monde est même devenue en quelques années le deuxième exportateur de viande, mais de qualité très moyenne.

Quant au Brésil, si la dévaluation rend ses exportations plus compétitives, le pays en crise n’a pas encore les moyens de valoriser son potentiel de production. Et lorsqu’elle les aura, sa priorité sera son marché intérieur. Par ailleurs, la production bovine est souvent en compétition avec celles ce soja et de maïs.

Ceci dit, le Brésil profite pleinement de l’embargo russe envers l’Union européenne pour exporter davantage de viande et le redressement des prix de la viande va relancer la capitalisation en animaux pour exporter encore plus de bovins.

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