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Commerce équitableUne lueur d'espoir pour certains agriculteurs français

« Aujourd'hui on a un espoir, c'est comme une fenêtre qui s'ouvre », souligne Florent Estebenet, jeune agriculteur gersois engagé avec sa coopérative dans une démarche de labellisation de son blé par l'association de commerce équitable Max Havelaar.

Jusque-là centré sur les produits du « Sud » (café, cacao, thé, fruits tropicaux etc.), le label Fairtrade-Max Havelaar vient d'annoncer qu'il se lançait dans le « made in France » pour soutenir les paysans hexagonaux dont une part notable a du mal à vivre de son travail.

« Lorsque j'étais en BTS, j'avais étudié le commerce équitable. Les difficultés des paysans du Sud me touchaient mais me paraissaient très lointaines. Je n'imaginais pas que quinze ans plus tard je me retrouverais un peu dans la même situation de vulnérabilité qu'eux. C'est incroyable », confie Florent Estebenet à l'AFP. Administrateur du groupe coopératif Vivadour, l'agriculteur de 34 ans produit du blé, du tournesol et du maïs et élève des poulets Label rouge sur son exploitation de 150 hectares. Mais dans le Gers (sud-ouest), les rendements à l'hectare du blé sont bien inférieurs à la moyenne française, relève-t-il.

Pour adapter son label à la diversité de l'agriculture française, Max Havelaar a retenu une méthode inédite de fixation du prix garanti en fonction du territoire et d'un objectif chiffré de revenu pour l'agriculteur. Cela permettra aux agriculteurs de «  vivre dignement de ce qu'ils produisent », estime Florent Estebenet. L'association de commerce équitable a choisi de labelliser le lait et le blé, en intégrant un ingrédient du Sud. Des yaourts sucrés ou à la vanille et des biscuits chocolatés devraient ainsi être commercialisés à la fin de l'année.

Pour son premier lait équitable, Max Havelaar a travaillé avec l'ACLCCP (Association centrale des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou). « Nous avons besoin de cette valorisation supplémentaire pour notre lait écrémé car nous ne sommes pas du tout concurrentiels » par rapport aux prix mondiaux, explique à l'AFP Patrick Roulleau, président de l'ACLCCP.

« Appétence forte »

Éleveur laitier de 53 ans, installé près de Niort (Deux-Sèvres), il s'inquiète de voir les jeunes se détourner de la production laitière jugée contraignante et mal rémunérée. « On espère que le commerce équitable va nous permettre d'être mieux entendus par des consommateurs peut-être plus sensibles » aux productions locales depuis la crise du Covid-19, dit-il. Le lait équitable Max Havelaar ne sera pas le premier : « il y a une dynamique extraordinaire sur ce produit, on s'est dit que Max Havelaar ne pouvait pas faire l'impasse là-dessus », reconnaît Blaise Desbordes, directeur général de l'association.

Depuis ses débuts en France en 2014, le commerce équitable, dont le but est de garantir des prix rémunérateurs pour les producteurs et un engagement pluriannuel entre eux et les acheteurs, s'est élargi à plusieurs catégories de produits (lait, viande, œufs, fruits et légumes, produits de boulangerie et d'épicerie), et compte aujourd'hui plusieurs labels. Les productions françaises représentent désormais un tiers de ses ventes.

En 2020, les filières françaises de produits équitables s'en sont très bien tirées, avec une croissance de plus de 21 % de leurs ventes à 645 millions d'euros, selon les chiffres de l'Observatoire du commerce équitable publiés jeudi. Elles avaient déjà affiché une progression similaire en 2018 et 2019. « Cela témoigne d'une appétence forte des consommateurs pour l'idée qu'au travers de leur consommation, les productions françaises de lait, de viande, de blé, sont rémunérées à leur juste prix », analyse Julie Stoll, déléguée générale du collectif Commerce équitable France, qui publie ce baromètre annuel.

Fait notable de 2020, le taux de pénétration des produits de commerce équitable français dans les grandes et moyennes surfaces (GMS) a fortement progressé, passant de 14 % en 2018 à 29 % en 2020. « La grande distribution a compris qu'il y avait des choses à faire avec la rémunération des producteurs français et le commerce équitable », estime Julie Stoll.

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