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Davos passe à tableNourrir une planète qui se réchauffe après la pandémie

L'un des défis à relever est de « remodeler » l'utilisation des terres agricoles sur la planète. (©Pete Linforth de Pixabay)
L'un des défis à relever est de « remodeler » l'utilisation des terres agricoles sur la planète. (©Pete Linforth de Pixabay)

Rupture de farine ici, explosion des prix du blé là. Obésité d'un côté et famine de l'autre : avant l'Onu en septembre, le Forum de Davos est passé à table pour tenter de réparer les « systèmes alimentaires » mondiaux, mis à mal par la pandémie et le changement climatique.

L e Forum économique mondial (WEF) connu sous l'appellation «  Forum de Davos », qui se tient virtuellement cette année, a accueilli ministres de l'agriculture, patrons et diplomates chargés de lutter contre la faim dans le monde.

Équilibrer l'offre et la demande, l'équation est archi-connue, mais s'est complexifiée avec l'épidémie de Covid-19.

Alors que deux milliards de personnes ne mangent pas suffisamment ou mal, la planète devra nourrir deux milliards de bouches de plus en 2050 (9,7 milliards de terriens prévus à cette date) tout en arrêtant de détruire ses ressources et espaces naturels.

Or, la production alimentaire est jugée responsable d'un quart des émissions de gaz à effet de serre, d'une bonne partie de la déforestation et de la perte de biodiversité. Avec au final, 30 % de l'alimentation produite perdue ou gaspillée.

Une situation devenue intenable, alors que les chaînes logistiques d'approvisionnement ont été mises à rude épreuve par la pandémie : ports, abattoirs, usines ou frontières fermés, déplacements de salariés agricoles ralentis.

Risque de « famines en masse »

Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a prôné lors d'une table-ronde l'innovation, l' agriculture de précision utilisant satellites et banques de données. Selon lui, un sommet de l'Onu prévu en septembre sur le sujet va constituer « un tournant ».

« Les Pays-Bas vont tenir le secrétariat » et enregistrer toutes les innovations locales qui faciliteront les partenariats avec le secteur privé, a-t-il dit.

« Les techniques utilisées dans les montagnes de Syrie ou d'Afghanistan ne marcheront pas nécessairement au Niger, au Mali ou au Burkina Faso », a averti le patron du Programme alimentaire mondial (PAM) David Beasley, l'agence de l'Onu chargée de l'aide humanitaire d'urgence, récemment récompensée du prix Nobel de la Paix.

Favorable à une augmentation des investissements privés, il a néanmoins mis au défi les géants de l'agroalimentaire d'apporter leur aide et leurs technologies tout en « intégrant » les petits paysans, sans les déplacer de leurs terres ni les rejeter dans les flux migratoires.

« Plus de 600 millions d'exploitations agricoles dans le monde sont dirigées par des familles ou des peuples indigènes », a rappelé Amina Mohammed, secrétaire générale adjointe de l'Onu. « Dans le même temps, à peine 1 % des fermes exploitent plus de 70 % des terres agricoles disponibles », a-t-elle ajouté.

L'un des défis à relever est de « remodeler » l'utilisation des terres agricoles sur la planète, a-t-elle dit. Une « bataille civilisationnelle » pour Olivier de Schutter, ex-rapporteur des Nations unies pour le droit à l'alimentation, qui plaide pour une « relocalisation ».

« Nous avons deux grands systèmes, l' agriculture geek et l' agriculture paysanne, est-ce que les deux vont se rencontrer ou s'annuler? », s'est-il interrogé lors des « rencontres de l'alimentation durable » organisées parallèlement à Paris par la fondation Daniel et Nina Carasso.

Si rien n'est fait, « nous allons avoir des famines en masse, des pays déstabilisés, et des migrations de masse » , a mis en garde M. Beasley.

Donner un prix au carbone

Loin de l'agriculture paysanne, Jeffrey Lu Minfang, PDG du premier groupe laitier chinois, China Mengniu Dairy, a donné un exemple de l' agriculture mondialisée, de masse, modélisée en temps réel par ordinateur.

« Nous produisons neuf millions de tonnes de produits agricoles chaque année (...) nous connaissons la situation sanitaire de chaque vache, nous savons combien chacune mange, boit, et combien elle produit » . L'analyse des données a permis de réduire de 25 % le volume d'aliment pour le bétail, a-t-il affirmé.

Wiebe Draijer, PDG de la Rabobank, a souligné la nécessité « urgente » de « donner un prix » au carbone pour pouvoir rémunérer les services rendus par l'agriculture au climat ou des États comme le Costa Rica qui s'engagent dans la conservation de la biodiversité.

« Le monde a besoin d'un système qui fasse le pont », a-t-il estimé en demandant la création « urgente » d'une « banque du carbone ».

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