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Bruno Labilloy (Cristal Union)« Notre force reste notre modèle coopératif, au service de nos adhérents »

Bruno Labilloy, directeur agricole de Cristal Union. (©Cristal Union)
Bruno Labilloy, directeur agricole de Cristal Union. (©Cristal Union)

À un mois de la fin de la campagne sucrière, Bruno Labilloy, directeur agricole de Cristal Union, dresse un premier bilan des résultats et revient sur la rémunération des planteurs, confiant sur les perspectives qui s’offrent à la filière. Après trois années de crise, entre fin des quotas, restructurations, jaunisse, les agriculteurs ont plus que jamais besoin de perspectives tangibles.

 

Au début de la campagne, en octobre dernier, Cristal Union se montrait plutôt confiant. Quel premier bilan tirez-vous trois mois plus tard ?

Bruno Labilloy : La campagne  betteravière va se terminer fin janvier, et l’on a pris soin cette année, compte tenu du retard végétatif, de décaler les démarrages de campagnes pour permettre à la végétation d’exploiter au maximum la fin de période, et bien nous en a pris car la croissance a été non négligeable en fin de campagne. Globalement, le résultat sera bon, à 13,8 tonnes de sucre par hectare mais nous avons 9 000 coopérateurs et on observe donc de très gros écarts entre régions. Les secteurs les plus affectés se situent très au nord, en lien avec le manque d’ensoleillement, et dans les zones au sud de Paris, touchées par le gel avec une perte d’environ 10 t liée au resemis, et à la jaunisse. À l’inverse, d’autres secteurs ont vraiment performé avec, dans certaines parcelles, des rendements très élevés, du même niveau que 2017. Pour le groupe, l’année est d’autant meilleure qu’elle fait suite à une très mauvaise année 2020 marquée par la sécheresse et la jaunisse, ayant entraîné une chute de rendement de 30 %.

Après plusieurs années décevantes, qu’en est-il de la rémunération des planteurs cette campagne ?

Je voudrais d’abord rappeler que Cristal Union est une coopérative, et que la fixation de la rémunération est décidée par le Conseil d’administration composé exclusivement par des agriculteurs. Les coopératives agricoles sont des sociétés dont les agriculteurs sont les propriétaires, les décisions stratégiques sont prises par les agriculteurs et donc le souci du Conseil d’administration est bien de privilégier le meilleur compromis entre une rémunération d’un bon niveau pour les agriculteurs, et la préservation des capacités de développement de l’entreprise pour les années qui viennent, car notre coopérative est là pour durer. On se préoccupe de la rémunération à court mais aussi à long terme, j’insiste car ce point est trop souvent gommé.

Pour 2022, nous fixons déjà le cap à 30 € et plus.

On est passé par deux années très difficiles avec des marchés effondrés après la fin des quotas betteraviers, et la coopérative a su jouer son rôle en piochant dans ses réserves pour qu’il y ait une rémunération minimale, qui est restée trop faible pour les agriculteurs, j’en conviens. Là, on renoue avec une rémunération qui sera convenable, avec une capacité d’amélioration : la décision a été prise par le Conseil d’administration d’avoir une rémunération globale moyenne, toutes primes incluses, de 29 €. Et pour 2022, nous fixons déjà le cap à 30 € et plus.  

Les perspectives pour la prochaine campagne semblent donc positives ?

Il y a beaucoup d’éléments porteurs, les marchés agricoles sont en hausse, le sucre n’y fait pas exception. S’agissant de la betterave et de Cristal Union, notre force est aussi liée aux investissements réalisés ces vingt dernières années. On n’a eu de cesse de poursuivre la construction du groupe, de restructurer là où c’était nécessaire, de renforcer les outils de production. Un des exemples les plus flagrants est celui de notre programme d’investissement sur l’alcool, l’éthanol, avec deux très grosses bioraffineries qui nous donnent la capacité de produire de l’alcool recherché aujourd’hui. On a vu, dans le cadre de la crise sanitaire, que c’était une véritable force. Parallèlement, dans le contexte actuel, avec le développement des énergies renouvelables, l’éthanol va trouver toute sa place.

Ces investissements nous donnent une visibilité sur la rémunération de la betterave. Très clairement, l’objectif du Conseil d’administration est d’apporter une meilleure rémunération, nous ne travaillons que pour ça. Un des rôles du conseil est de déterminer quelle quote-part consacrer à la rémunération, et quelle quote-part aux investissements liés à la rémunération future. Les terres ne se délocalisent pas, et le développement de notre entreprise se fera dans les territoires.

Cette dynamique vous conduit donc à rechercher de nouveaux hectares…  

On poursuit le développement de l’entreprise, on est implantés dans des régions assez diversifiées où il y a un potentiel de développement de la betterave, pour permettre à la fois à de nouveaux adhérents de rejoindre notre coopérative, et aux adhérents actuels d’augmenter leurs surfaces, avec un effet positif aussi sur le fonctionnement des outils industriels. Nous accueillons des coopérateurs dans tous les bassins, mais nous avons un gros programme de développement en Seine-Maritime et dans la Somme, un autre en Alsace, dans le bassin Champenois, ou au sud de Paris, où l’on a démarré du bio qui permet d’élargir le spectre d’activités.

Plus globalement, quels sont les grands axes stratégiques du groupe ?

La volonté du groupe reste la même, à savoir assurer son développement en tenant compte des orientations nouvelles qui s’imposent à nous en matière de décarbonation, nous avons lancé un programme d’investissement important dans les usines. Sous un autre angle, nous souhaitons maintenir un lien toujours très fort avec nos clients pour prendre en compte les attentes du marché. Notre force reste notre modèle coopératif, au service de nos adhérents. Malgré la taille du groupe, nous sommes une organisation qui préserve la proximité !

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