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Perspectives 2022 du machinisme agricoleDélais rallongés, prix en hausse: les difficultés de l’agroéquipement vont durer

Les délais moyens de livraison de tracteurs neufs, actuellement de 30 semaines, ne devraient pas diminuer de sitôt dans les prochains mois. (©Massey Ferguson)
Les délais moyens de livraison de tracteurs neufs, actuellement de 30 semaines, ne devraient pas diminuer de sitôt dans les prochains mois. (©Massey Ferguson)

Ruptures d’approvisionnements, délais de livraison qui s’allongent encore, hausses des coûts : le secteur des agroéquipements ne serait qu’au début des difficultés, selon Axema. Après une première vague de hausses de prix l'an passé, les constructeurs vont sans doute opérer de nouvelles hausses compte-tenu de coûts de production qui explosent. Les délais de livraison de matériels neufs, longs mais stables au premier trimestre 2022, ne devraient pas diminuer dans les mois à venir. De quoi nourrir les inquiétudes des fabricants sur les contraintes de production.

 

Après une « bonne année 2021 », l’année 2022 sera, pour le secteur des agroéquipements, « très contrastée ». « Sur le premier trimestre 2022, on assiste à une hausse des ventes en valeur, mais aussi à une hausse des contraintes », a résumé Jean-Christophe Régnier, directeur de la commission économique d’Axema, lors d’une conférence de presse lundi 13 juin 2022. Le syndicat des agroéquipements présentait à la presse son rapport économique 2022.

Un marché en hausse de 13 % (en valeur) au 1er trimestre 2022

Le secteur a globalement bien démarré son année 2022. « Le marché est en progression de 13 % au 1er trimestre », explique David Targy, responsable du pôle économique d’Axema. Selon une enquête de conjoncture menée par le syndicat auprès de ses adhérents, les commandes de tracteurs et de pulvérisateurs sont en forte hausse – entre 10 et 20 % - et les ventes de moissonneuses et d’ensileuses automotrices en « très forte hausse ».

À l’inverse, les volumes sont en baisse pour les chargeurs télescopiques, les chargeurs frontaux, matériels de fenaison et presses à balles notamment. La demande reste ainsi bien orientée en grandes cultures et viticulture mais diminue sensiblement pour les matériels destinés aux exploitations d’élevage.

Une nouvelle hausse de prix à venir de 10 à 15 %

Tous secteurs confondus, c’est surtout la hausse des prix – de 10 à 15 % - que les constructeurs ont dû opérer pour compenser la hausse des charges, qui explique le bon chiffre d’activité des trois premiers mois 2022.

« Le conflit ukrainien a succédé à la crise du Covid, et génère de grosses difficultés », rappelle Frédéric Martin, président d’Axema et patron d’M-Extend (chargeurs MX et Manip). Au premier rang desquelles figure l’explosion des prix des matières premières.

« L’acier est 3 fois plus cher qu’il y a 18 mois, détaille David Targy. Il avait déjà doublé entre septembre 2020 et septembre 2021. Il a encore augmenté de 50 % entre janvier et mai 2022. » « Pour certains constructeurs, ces hausses sont impossibles à encaisser sans répercussion sur les prix de vente, complète Jean-François Régnier. La majorité des entreprises n’a pas activé la clause d’imprévision (clause contractuelle permettant à un fournisseur de justifier une révision du tarif de vente après commande en cas de hausse exceptionnelle des coûts, ndlr). Mais tous les acteurs n’ont pas la force de marché suffisante pour pouvoir répercuter ces hausses à leurs clients. Ils sont contraints de rogner leurs marges. »

Selon Axema, les constructeurs vont devoir encaisser une autre vague de hausses dans les prochains mois : celle des salaires, de l’ordre de 3 % à 3,5 %. « Ça va peser sur les coûts de production en 2023 », prévient Jean-François Régnier.

En clair, il faut s’attendre à une nouvelle hausse des tarifs des engins et équipements dans les mois qui viennent, « de l’ordre de 10 à 15 % supplémentaires ». Et les constructeurs s’inquiètent de l’acceptabilité de ces hausses par les clients – agriculteurs, entrepreneurs de travaux agricoles et Cuma. « Il y a des matériels qui ont franchi des prix psychologiques. Nous pressentons que ces hausses vont avoir un impact très fort sur le marché en 2023. »

Délai moyen de livraison de 30 semaines pour un tracteur neuf

Les craintes pour 2023 sont aussi fondées sur les difficultés croissantes d’approvisionnement en composants et matières premières pour fabriquer les équipements. Avant la crise du Covid, le délai de livraison habituel, tous matériels neufs confondus, était de 8 semaines. Il est désormais de 19 semaines depuis début 2022. « Pour un tracteur, on est sur un délai médian de 30 semaines actuellement. » Mais pour certains matériels, il faut attendre plus d’un an ! Le confinement de deux mois de la ville de Shanghaï, le premier port mondial et plaque tournante des composants électroniques chinois vers l’Europe, aura des effets sur les délais d’approvisionnement pendant de nombreux mois encore.

Avec le Sédima, le syndicat des distributeurs de matériels agricoles, les constructeurs ont adressé une lettre ouverte au Gouvernement pour l'alerter sur ces difficultés. « La non-livraison des matériels commandés à la date initialement prévue peut mettre en péril la bonne exécution du travail de la saison et hypothéquer les récoltes à venir », écrivent notamment les deux syndicats.

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