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Démarche Eco-méthaneR. Desblés reçoit 1 142 € pour les 2,6 t de CH4 que ses vaches n’ont pas émis

Rémi Desblés, éleveur laitier à Liffré en Bretagne, s’est engagé dans la démarche Eco-Méthane pour voir reconnaître ses pratiques alimentaires. L’analyse des acides gras du lait prédit la quantité de gaz à effet de serre émis par ses vaches laitières. (©Terre-net Média)
Rémi Desblés, éleveur laitier à Liffré en Bretagne, s’est engagé dans la démarche Eco-Méthane pour voir reconnaître ses pratiques alimentaires. L’analyse des acides gras du lait prédit la quantité de gaz à effet de serre émis par ses vaches laitières. (©Terre-net Média)

Avec une alimentation riche en herbe, légumineuses et graines de lin, les vaches rejettent moins de méthane. La démarche Eco-Méthane initiée par Bleu-Blanc Coeur permet aux éleveurs de chiffrer leurs réductions de gaz à effet de serre. Par des partenariats avec des entreprises et des collectivités locales, ils en reçoivent une reconnaissance financière. Rémi Desblés, éleveur à Liffré (35) a réduit de 30 % les émissions de méthane de son troupeau.

« J’ai 36 hectares, 30 vaches laitières pour une production de 340 000 litres. Donc pour en vivre, il a toujours fallu que ma production soit intensive mais ça ne veut pas dire, pour autant, produire sans respecter l’environnement. On peut tout à fait travailler de façon intensive mais économiquement viable et en respectant l’environnement », affirme Rémi Desblés.

Installé depuis 1982, aux portes de la forêt de Liffré en Ille-et-Vilaine (35), à une vingtaine de kilomètres de Rennes, Rémi Desblés veille à optimiser l’alimentation de son troupeau avec ses fourrages et des concentrés produits en France. « J’ai toujours vu mes parents donner du lin aux vaches. J’ai continué sur cette voie. Ça fait plus de 20 ans que je ne donne plus de soja mais du lin et du colza, et que mes prairies sont bien pourvues en trèfle. Je le fais aussi parce que c’est mieux pour mon troupeau et pour l’environnement », souligne l’éleveur. Grâce au lin, il trouve ses vaches en meilleure santé. « Il y a très peu d’acétonie, une seule fièvre de lait cette année, de bons résultats de reproduction. Les animaux sont en meilleur état. Sans finition particulière, mes vaches de réforme sont à près de 350 kg de carcasse », apprécie-t-il.

1 142 € pour 2,6 tonnes de méthane en moins

Cerise sur le gâteau, la présence de lin dans la ration, par une meilleure transformation des acides gras, allège les rejets de méthane – l’un des néfastes gaz à effet de serre (GES) - du troupeau de Rémi Desblés. D’après l’évaluation de sa ration et de son lait, cet élevage a réduit de 30,7 % les émissions de GES par rapport à une ration standard maïs/soja.

Grâce à la démarche Eco-Méthane, les efforts de Rémi Desblés pour réduire les émissions de méthane sont non seulement reconnus mais aussi rétribués. L’éleveur a ainsi reçu 1 142 euros pour les 2,57 tonnes de méthane non émises en 2015, l’équivalent de 55 tonnes d’eqCO2. « Bien sûr, ces 1 142 euros sont appréciables mais ce n’est pas cette somme qui va redresser la situation économique d’une exploitation, reconnait l’éleveur. Par contre, ça fait du bien au moral de savoir que ses efforts sont reconnus par la société ».

Eco-Méthane vend sur le marché du carbone

Eco-Méthane est une démarche portée par l’association Bleu Blanc Cœur, qui fédère les agriculteurs jusqu’aux consommateurs, en passant par les distributeurs autour d’une agriculture à vocation nutrition et santé. Les travaux de l’association ont montré que des produits meilleurs pour la santé en termes de profil d’acides gras l’étaient aussi pour l’environnement. Il existe une corrélation entre la qualité des acides gras du lait et la baisse des émissions de méthane. Une simple analyse de lait permet donc de chiffrer les émissions de méthane économisées par l’alimentation du troupeau. Cette méthode a été reconnue par l’ONU comme action environnementale.

Le méthane produit par la rumination des bovins représente 5 % à 10 % des gaz à effet de serre émis en France.

Depuis deux ans, Eco-Méthane est entrée sur le marché du carbone qui monétarise les réductions d’émission de gaz à effet de serre auprès d’acteurs qui cherchent des droits à polluer. Des entreprises et des collectivités locales dotent une enveloppe que se partagent les éleveurs en fonction de leurs efforts de « non émission ». Par exemple, Liffré, la commune de Rémi Desblés, a décidé d’allouer un budget de 3 000 euros pour encourager les cinq éleveurs de son territoire adhérents à Ecométhane.

15 € la tonne de CO2 au lieu de 5

La rémunération atteint 15 euros la tonne de CO2 alors que sur le marché européen le prix peine à dépasser les 5 euros. Sachant qu’une tonne de méthane est « convertie » en 21 tonnes de d’eqCO2 en fonction du pouvoir de réchauffement global du gaz. « C’est un geste financier pour reconnaître les bonnes pratiques environnementales, précise Jean-Pierre Pasquet, vice-président de l’association Bleu Blanc Coeur. Eco-Méthane est une première marche d’économie vertueuse ».

L’aide est calculée en fonction des efforts réalisés pour réduire les rejets. Avec sa ration riche en lin et en trèfle, Rémi Desblés allège les rejets en méthane de 30 % par rapport à une ration soja/maïs. Depuis 2012 qu’il chiffre ses émissions de GES, l’éleveur a évité de rejeter l’équivalent de 352 564 km de voiture.

Aujourd’hui, 570 éleveurs sont engagés dans cette démarche. « De nouveaux éleveurs nous rejoignent régulièrement. Pour permettre à tous une juste compensation, nous développons de nouveaux partenariats avec des entreprises qui croient en l’agriculture », explique Jean-Pierre Pasquet de Bleu Blanc Coeur.

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