Login

La mécanisation sécurise l’entretien des haies bocagères

Malgré sa bonne expérience en bucheronnage, Frédéric Léridon a préféré déléguer l’entretien des haies sur un chantier de grande envergure.

À l’instar de Frédéric Léridon, éleveur en Maine-et-Loire, de plus en plus d’agriculteurs optent pour une prestation avec pelleteuse et tête d’abattage afin d’entretenir leurs haies. Les atouts : un débit de chantier élevé, un résultat de qualité et beaucoup moins de risques qu’avec un bûcheronnage manuel.

Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.

Frédéric Léridon est éleveur laitier sur la commune de Segré-en-Anjou Bleu, dans le nord-ouest du Maine-et-Loire. Dans ce secteur très bocager, il exploite 129 hectares de SAU comprenant beaucoup de prairies et un important linéaire de haies entourant ses parcelles.

« J’en ai planté quelques-unes, mais beaucoup de haies étaient déjà là avant moi, rapporte-t-il. Elles ont un effet bénéfique pour protéger les animaux du vent et pour réduire le risque d’érosion dans les pentes. Je les entretiens régulièrement avec l’épareuse de la Cuma. Quand les arbres sont bien développés, j’utilise ma tronçonneuse et mon matériel, pour faire du bois de chauffage. Je fais une rotation par secteurs, qui m’amène à revenir au même endroit au bout d’une vingtaine d’années. Une partie de ce bois est valorisée pour ma maison. Il m’arrive aussi de revendre des bûches selon la quantité disponible et le temps que j’ai à y consacrer. En 2022, j’ai eu l’occasion de racheter un îlot de 22 hectares que je louais auparavant. Sur ces prairies, l’ancien propriétaire ne réalisait pratiquement jamais de coupe et le bois avait beaucoup poussé à certains endroits. Je me suis alors retrouvé avec un linéaire bocager supplémentaire d’environ 4 km de longueur, composé de nombreux arbres et taillis de toutes dimensions. »

Remettre le terrain en état

Faute d’entretien sur cet îlot, les haies ont connu un développement anarchique et un rattrapage urgent devenait nécessaire. À l’époque, l’éleveur comprend vite que, malgré son expérience en bûcheronnage, il ne pourra pas s’attaquer seul à un tel chantier. D’autant que l’accès aux arbres est parfois compliqué car ils se trouvent en bordure de rivière. Il décide alors de contacter la Scic Maine-et-Loire Bois Énergie (voir l’encadré) qui lui propose une exploitation étalée sur trois ans. L’objectif ? Remettre le terrain en état en coupant les arbres arrivés à maturité tout en favorisant le développement des plus jeunes.

« Nous avons réalisé l’entretien pendant trois hivers consécutifs, évitant ainsi de réaliser une coupe rase qui aurait été préjudiciable à la biodiversité, commente Maxime Quignon, technicien à la Scic. Cela a également permis d’échelonner les repousses et de conserver une haie avec plusieurs étages. Pour nous, la durabilité des chantiers est un aspect important et les gens avec qui nous travaillons le comprennent bien. C’est la société Moreau qui est intervenue sur le chantier. Elle fait partie des différents prestataires partenaires de la Scic au niveau du département. Cette entreprise possède plusieurs pelleteuses équipées d’une tête de coupe. Le chauffeur intervient ainsi en sécurité, avec un rendement bien supérieur à celui d’une équipe de bûcherons travaillant à la tronçonneuse, pour un résultat de qualité. »

Sécateurs ou tronçonneuses

En effet, depuis sa cabine, le chauffeur de la pelleteuse manie avec dextérité la pince placée au bout du bras hydraulique. L’ensemble est articulé et pivote dans toutes les directions. Deux systèmes de coupe coexistent sur le marché : les sécateurs et les tronçonneuses.

Grâce à la tête d’abattage montée au bout de la pelleteuse, les grosses branches de cette haie de chênes sont coupées une à une en toute sécurité, puis déposées en tas dans la parcelle. (© Denis Lehé)

Comme son nom l’indique, la tête d’abattage équipée d’un sécateur tranche le bois par l’effet de la pression hydraulique exercée entre deux mâchoires placées à la base de la pince. C’est un système simple et efficace, nécessitant peu d’entretien. En revanche, le sécateur est limité à des coupes de l’ordre de 30 à 40 cm de diamètre et, avec cet outil, il arrive parfois que le bois éclate sous l’effet de la pression.

Sur les pinces équipées d’un guide de tronçonneuse, la coupe peut atteindre de 60 à 70 cm de diamètre, avec un résultat généralement très propre, le risque d’éclatement étant plus rare. En effet, la pince hydraulique maintient le tronc en hauteur ce qui évite d’écraser le guide pendant la coupe. Mais, comme sur toute tronçonneuse, la chaîne nécessite un affûtage quasiment quotidien. Un chauffeur, même expérimenté, sera forcément confronté à des petits soucis comme une chaîne qui casse ou un guide qui se voile.

Quel que soit le type d’équipement employé, le coût d’une prestation varie de 150 à 170 €/h selon le matériel. C’est un prix relativement élevé, mais, compte tenu du débit de chantier important, il reste comparable à celui du bûcheronnage manuel à la tronçonneuse. Autre avantage : à chaque coupe, le chauffeur de la pelleteuse dépose les branches dans la parcelle en tas bien rangés, ce qui facilite ensuite la reprise sans que l’agriculteur n’ait à intervenir avec son chargeur.

Adapté à la coupe en têtard

Si le bois est destiné à être transformé en plaquettes, il va empiler les branches en paquets serrés. Ainsi le broyeur qui arrivera pour le chantier aura peu de déplacements à effectuer, hormis pour passer d’un tas à l’autre. Si, à l’inverse, l’agriculteur souhaite couper lui-même les branches en bûches avec sa tronçonneuse, le chauffeur va plutôt les répartir au sol par petits paquets en laissant des espaces d’accès à pied pour une intervention en sécurité.

L’objectif de la taille en têtard est de couper les plus belles branches et d’en laisser une seule qui va favoriser la montée de la sève ainsi que le redémarrage des bourgeons. (© Denis Lehé)

Pouvant s’orienter dans quasiment toutes les directions, les têtes d’abattage mécanisées sont également bien adaptées pour saisir une à une les branches en hauteur quand il s’agit d’une coupe en têtard. Cette pratique, très répandue dans les zones bocagères, consiste à conserver un tronc d’environ 3 ou 4 mètres de hauteur et à venir prélever uniquement les branches tous les quinze à vingt ans. Au printemps suivant la coupe, les bourgeons situés en tête du tronc donneront naissance à de nouvelles branches qui vont repousser sur tout le pourtour. Sur certaines espèces comme le chêne notamment, il faut laisser une branche tire-sève pour maintenir l’alimentation de l’arbre grâce à la photosynthèse. L’idéal est de choisir une branche située sur un côté facilement accessible pour que l’exploitant puisse venir la couper sans risque avec sa tronçonneuse, deux ou trois ans plus tard. Dans des haies de frênes, il n’est généralement pas nécessaire de laisser de tire-sève, car il s’agit d’une espèce très vigoureuse dont la repousse est presque toujours garantie. Après une intervention mécanisée sur des haies en têtard, l’agriculteur doit généralement repasser pour peaufiner le travail et recouper la base des branches au plus près du tronc. En effet, des éclats peuvent subsister et leur élimination accélère la cicatrisation du tronc. Cette intervention manuelle est aussi l’occasion de supprimer le lierre ou les petites branches que la machine n’a pas coupés. Bien qu’il faille travailler en hauteur, ce rattrapage est facile à sécuriser puisque les grosses branches ne sont plus là et qu’il ne reste que des petits morceaux de bois à couper.

La pince hydraulique permet de saisir des troncs ou des branches de gros diamètre. Le guide de la tronçonneuse mesurant 70 cm de longueur se situe à sa base. Il se déploie autour de son axe de rotation. (© Denis Lehé)

« Sur mon chantier, tout a été valorisé en plaquettes pour des chaufferies clientes de la Scic, car j’avais déjà assez de bois pour moi sur le reste de l’exploitation, témoigne Frédéric Léridon. La prestation mécanisée a un coût, mais la pelleteuse avance très vite. Ramenée à la quantité de bois abattu, la facture reste raisonnable. Ainsi, en plus de couvrir les frais d’intervention, la valorisation du bois par la Scic m’a permis d’apporter un revenu complémentaire à mon exploitation. De plus, en réalisant des plaquettes, l’ensemble des branches est utilisé : alors qu’en faisant des bûches, ce n’est pas le cas. Les deux premiers hivers, l’entreprise est venue avec une pince équipée d’un sécateur, alors que la troisième année, le chauffeur a employé un modèle avec tronçonneuse. Le résultat était très correct dans les deux cas. Sur les têtards, j’ai eu un peu de reprise à faire pour bien retailler les troncs, mais cela ne m’a pas pris beaucoup de temps car les coupes étaient plutôt propres. Sous-traiter cet abattage était donc la meilleure solution, que ce soit en matière de main-d’œuvre disponible, de qualité de chantier, de coûts financiers ou de sécurité au travail. »

A découvrir également

Voir la version complète
Gérer mon consentement