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Crise de l'énergieLes amidonniers redoutent des pénuries

L'industrie amidonnière fournit des ingrédients indispensables pour l'alimentation et l'industrie pharmaceutique. (©Terre-net Média)
L'industrie amidonnière fournit des ingrédients indispensables pour l'alimentation et l'industrie pharmaceutique. (©Terre-net Média)

Fortement consommatrices de gaz et de matières premières agricoles, les industries amidonnières voient leurs coûts de production flamber et s’inquiètent du faible soutien accordé, pour l’instant, à la filière. Alors que les trois quarts du chiffre d’affaires des amidonniers est réalisé à l’export, la perte de compétitivité liée à ces surcoûts risque également de freiner les investissements que réalise la filière pour accélérer sa transition énergétique.

L’industrie amidonnière française a confirmé son dynamisme en 2021 avec un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros, en augmentation de 9,2 % par rapport à 2020. Néanmoins, la flambée des coûts inquiète le secteur : le prix des matières premières, qui représente 40 à 60 % du coût de production total, a doublé en deux ans, et l’explosion des cours du gaz a un impact très significatif pour cette industrie très énergivore. Elle représente en effet 19 % de la consommation de gaz des industries agroalimentaires françaises. « On parle de factures de gaz de plusieurs dizaines de millions d’euros, quand on rajoute un facteur deux ou trois, le volume est absolument colossal », a souligné le 29 septembre Mariane Flamary, déléguée générale de l’Usipa (Union des syndicats des industries des produits amylacés et de leurs dérivés).

Une production essentielle qui doit être soutenue

En dépit de cette forte utilisation de gaz, l’industrie amidonnière n’a pas pu bénéficier des aides prévues pour les entreprises grandes consommatrices en énergie, en raison de critères trop restrictifs, comme la nécessité d’avoir un Ebitda négatif. Si ces points sont en cours de renégociation à Bruxelles, le secteur demande une prolongation de cette aide (dont l’arrêt est pour le moment prévu au 31 décembre 2022), un doublement de l’enveloppe, et une éligibilité plus cohérente, basée sur un pourcentage de pertes.

L’amidonnerie demande par ailleurs à être considérée comme un secteur « essentiel » afin de ne pas subir de plans de rationnement. Cette industrie est en effet un fournisseur indispensable à l’alimentation et à la santé, rappelle Mariane Flamary. 54 % des débouchés du secteur concernent l’alimentaire, et sur les 46 % restants, les industries pharmaceutiques et chimiques représentent 32 % de la consommation. « Si on rationne l’amidonnerie, on crée une pénurie dans les rayons alimentaires et les pharmacies », rappelle la déléguée générale de l’Usipa. Interpellés sur le sujet, les pouvoirs publics n’ont pas encore donné de réponse ferme sur ce point.

Le prix et la disponibilité des matières premières inquiètent

En outre, le coût de la matière première agricole a doublé en deux ans et subit de fortes variations depuis le début de la guerre en Ukraine. Or, le secteur a utilisé 6,5 millions de tonnes de matières premières agricoles en 2021 (3,4 Mt de blé, 1,9 Mt de maïs, et 1,2 Mt de pommes de terre féculières et de pois protéagineux), 500 000 tonnes de plus qu'en 2020.

Au-delà de ses coûts élevés, c’est aussi la disponibilité de la matière première qui inquiète, notamment après la sécheresse de l’été. Du côté du blé, c’est la teneur en protéines, inférieure de 4 % à la moyenne quinquennale, qui pourrait avoir des conséquences sur la production de gluten. Le maïs risque en revanche de manquer, compte tenu de la récolte catastrophique, et les volumes de pommes de terre féculière s’annoncent également en baisse de 20 %, ce qui se traduira automatiquement par une baisse de production pour l’amidonnerie, explique Marie-Laure Empinet, directrice des relations extérieures de Roquette.

Si l’industrie amidonnière investit dans la décarbonation, et s’est fixé un objectif de réduction de 35 % des émissions de gaz à effet de serre entre 2015 et 2030, le maintien de sa compétitivité reste essentiel pour réaliser ces investissements, d’autant que « nos compétiteurs au niveau mondial ne connaissent pas cette augmentation de coûts de production », insiste Mariane Flamary.

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