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Agriculture de conservationMarché de niche ou dominant, quel avenir pour la filière ?

Aujourd’hui marché de niche, l’agriculture de conservation permet une meilleure rémunération. Si son succès grandit auprès des agriculteurs et des certains opérateurs qui poussent en ce sens, sera-t-il possible de maintenir un différentiel de prix ? Quelles sont les perspectives qui s’offrent à cette filière ?

Comment reconfigurer une filière dans la perspective de l’agriculture régénératrice ? Le 18 janvier, ce webinaire organisé par Agreenium, VetAgroSup et EM Lyon dans le cadre d’un cycle sur les acteurs de la transition en agriculture, a questionné la façon dont l’agriculture de conservation peut transformer une filière alimentaire.

Pour revoir le webinaire dans son intégralité, cliquez ci-dessous :

Mais avant de transformer une filière, il faut partir du terrain, et donc de l’agriculteur. Chez Vivescia, où l’agriculture de conservation a été mise en place assez tôt, la première problématique a été celle de la transmission, explique Christoph Büren, président du groupe. Les verrous sociaux restent en effet plus importants que les verrous techniques, explique de son côté Sébastien Roumegous, du Centre de développement de l’agroécologie.

« Chez nous, le labour est quasiment viscéral, le verrou social représente 60 %, voire 70 % » des freins au développement de nouvelles techniques. « Globalement, les itinéraires techniques en céréales, on les a », ajoute-t-il, précisant que c’est en revanche plus complexe pour d’autres types de cultures, comme la vigne. Pour faire changer de pratiques, il faut avant tout « opérer un bon diagnostic de l’exploitation », ce qui passe par l’écoute de l’agriculteur, puis « on trace avec lui un plan de progrès qui doit lui permettre d’aller vers un mieux économique et un mieux technique », explique-t-il.

« Sortir nos graines de la partie commodités »

« Entre le démarrage et l’arrivée à maturité dans le système de production, il se passe entre quatre et cinq ans », ajoute Sébastien Roumegous. Dans 80 %, le travail sur les charges et la rationalisation du temps de travail permet déjà des améliorations intéressantes pour l’agriculteur, sans même parler de prix premium, ajoute-t-il.

Chez Vivescia, la rémunération aujourd’hui est au rendez-vous. En interne, le groupe a notamment développé son projet Cœur d’épi, avec des agriculteurs en conservation des sols qui fournissent les moulins du groupe (les Grands Moulins de Paris), pour produire une farine livrée à des artisans boulangers qui peuvent commercialiser des baguettes certifiées "100 % agriculture de conservation des sols". « Si on veut dépasser le stade de niche, une question est à poser : le consommateur sera-t-il prêt à payer plus cher un croissant ou une bière qui a une émission de gaz à effet de serre réduite ? Certains, oui, mais d’autres ne le feront pas », estime Christoph Büren. En parallèle, certains opérateurs d’envergure poussent cependant leurs fournisseurs à aller vers l’agriculture de conservation. Les marchés pourront-ils continuer à récompenser cet effort ?  

« L’agriculture de conservation va devenir une condition d’accès au marché, donc dans quelle mesure on va conserver un différentiel de prix… ? », interroge lui aussi Sébastien Roumegous. « En parallèle, il y aura les certificats carbone qui permettront de rémunérer la partie réduction des GES », précise Christoph Büren, pour qui « l’important, c’est de sortir nos graines de la partie commodités et les emmener vers le monde des commodités avec un service », service qui peut être la réduction des gaz à effet de serre. Pour lui, la rémunération ne viendra pas uniquement de l’agriculture de conservation, mais bien d’un panel de services. C’est pourquoi, « dans les années qui viennent, nous allons développer le bas carbone », explique-t-il.

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