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Main-d'œuvre dans les exploitationsDavantage d'emplois créés en bio qu'en conventionnel

 Le surplus d'emploi observé en AB atteint 26 % en grandes cultures et 16 % en bovins lait.(©Fotolia)
Le surplus d'emploi observé en AB atteint 26 % en grandes cultures et 16 % en bovins lait.(©Fotolia)

D'après l'ouvrage Actif'Agri du Centre d'étude et de prospective du ministère de l'agriculture, les exploitations biologiques emploient plus de travailleurs que les fermes conventionnelles : 2,26 UTA (unité de travail annuel) contre 1,95 en lait et 1,41 UTA contre 1,12 en grandes cultures. Détails.

L'agriculture biologique s'avère « plus intensive » que le modèle conventionnel en termes de travail pour les producteurs agricoles. Telle est la conclusion de l'étude Actif'Agri réalisée par le Centre d'étude et de prospective du ministère de l'agriculture(1).

(1) Structurée en 12 chapitres, elle propose une analyse globale et pluridisciplinaire (économique, sociologique, agronomique, politique, juridique, etc.) de l'emploi en agriculture, et s'intéresse notamment aux conditions de travail, à la formation, aux mobilités professionnelles, à l'innovation, l'environnement... 

Ont été étudiées entre autres les filières grandes cultures et bovin lait. Ainsi, pour la première, sur un échantillon de 23 523 fermes, 1,8 % sont en agriculture biologique. En production laitière, ce pourcentage s'élève à 4,1 % sur un nombre total de 4 631 élevages. À noter : les structures sont considérées bio si plus 95 % de leur surface ou cheptel sont certifiés. 

+ 0,30 UTA en grandes cultures comme en lait

Cette analyse montre, tout d'abord, que les exploitations bio emploient plus de travailleurs qu'en conventionnel, soit :

  • en production laitière : 2,26 UTA (unité de travail annuel) contre 1,95 UTA,
  • en grandes cultures : 1,41 UTA, comparé à 1,12 UTA.

Toutefois, le type de main-d'œuvre est similaire, en faveur des non-salariés par rapport aux salariés temporaires mais aussi permanents, ces derniers étant proportionnellement plus nombreux dans les fermes biologiques, surtout laitières (voir graphique ci-dessous). 

composition de la main d oeuvre en agriculture bio et conventionnelle
(©Enquête sur la structure des exploitations agricoles,
Service de la statistique et de la prospective du ministère de l'agriculture)

Main-d'œuvre non-salariée en grandes cultures,
davantage de salariés permanents en lait

Le surplus d'emploi observé en AB (différence entre le nombre d'UTA moyen en bio et conventionnel) atteint 26 % en grandes cultures et 16 % en bovins lait. Il est égal à 24 et 5 % respectivement pour les non-salariés, 41 et 100 % pour les salariés permanents (cf. visuel ci-dessous).

On observe donc une augmentation de l'emploi salarié permanent en lait biologique, mais aussi temporaire dans une moindre mesure. En grandes cultures, c'est l'emploi non-salarié qui progresse le plus.

En analysant ces résultats plus globalement, l'AB génère plus d'emploi par unité de surface ou de bétail.

correlations entre emploi et mode de production bio ou conventionnel
(©Enquête sur la structure des exploitations agricoles,
Service de la statistique et de la prospective du ministère de l'agriculture)

Quelques explications

Plusieurs raisons au besoin supérieur de main-d'œuvre en bio sont évoquées :

  • l'utilisation de techniques culturales alternatives aux intrants chimiques, comme le désherbage mécanique par exemple ;
  • la transformation plus fréquente des productions à la ferme et leur commercialisation en circuits courts ou vente directe ;
  • l'âge inférieur et le niveau de formation plus élevé des producteurs biologiques en moyenne, les jeunes générations embauchant davantage que les plus anciennes.

Autre facteur pouvant intervenir : la taille des exploitations, quasi identique en bio et en conventionnel en production laitière, mais plus petite en grandes cultures biologiques. Le système de production et la région ont aussi un impact puisque les conditions pédoclimatiques, les cahiers des charges et le coût du travail notamment peuvent différer. Par exemple, l'effet du bio sur l'emploi est plus marqué en montagne, particulièrement dans les Alpes et le Jura, qu'en plaine. Les résultats peuvent enfin varier s'ils sont ramenés à l'exploitation ou à l'hectare.

Cependant, il faudrait regarder en complément l'aval des filières, plus pourvoyeur d'emplois en conventionnel qu'en bio, où la transformation et la commercialisation sont souvent assurées par les fermes elles-mêmes. Les conditions de travail et l'état de santé des travailleurs mériteraient enfin d'être évalués. Selon les premières observations, ces derniers paraissent plus satisfaits de leur métier en bio. Moins exposés aux produits chimiques, ils effectuent cependant davantage de tâches manuelles, sources de troubles musculosquelettiques. 

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