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L. Baudouin, éleveur (39)Trois installations, des appréhensions, puis une conversion

Après une simplification de ses pratiques, Laurent a sauté le pas du bio en 2015 pour son troupeau laitier. (©Terre-net Média)
Après une simplification de ses pratiques, Laurent a sauté le pas du bio en 2015 pour son troupeau laitier. (©Terre-net Média)

Intéressé par le bio depuis toujours, Laurent Baudouin a eu un parcours atypique. Après plusieurs installations, en Normandie puis dans le Jura, sa vision de l'agriculture a peu à peu évolué. Il a d'abord cherché à simplifier son système, puis a sauté le pas du bio en 2015.

« Au départ, je voulais être un grand céréalier bio. J’ai fait un stage de 6 mois comme expérimentateur de produits phytosanitaires chez Bayer car je voulais vérifier qu’ils n’étaient pas aussi utiles à l’agriculture qu'on le pense. Puis j’ai passé trois mois dans le Jura pour comprendre comment faire du lait avec du foin. Ce séjour a été déterminant dans ma vie. J’ai senti une force dans cette région : la terre qui tient sur les pentes, le fumier qui ne sent pas, les sols résilients », explique Laurent Baudouin, agriculteur à Sirod dans le Jura, converti à l'agriculture biologique depuis 2015.  

« Après une tentative d’installation dans le Jura, j’ai finalement repris une ferme en Normandie à côté de celle de mes parents en polyculture-élevage lait. Au bout de quatre ans, j’ai frôlé le burn-out », confie-t-il.

« Je me suis installé dans le Jura dans un Gaec à trois associés de 2003 à 2006. Des changements d’objectifs dans le Gaec et la rencontre avec ma compagne m’ont incité à chercher une autre exploitation. Je me suis installé à Sirod en janvier 2007. J’ai géré ma ferme de manière conventionnelle même si je pensais au bio depuis le début. J’avais trop peur de ne pas utiliser les antibiotiques, les engrais. Cela me traumatisait de piquer les animaux, mais je ne voyais pas comment faire autrement. En bio, il y a des contraintes comme les contrôles, le prix des concentrés... »

Laurent Baudouin
Après trois installations, Laurent est ensuite passé en bio. (©Trame)

Simplifier les pratiques au maximum

« Grâce à Christian Colmagne (ancien président de la FDGeda du Jura), j’ai changé ma vision sur la ferme. Je me suis rendu compte que j’avais trop grand (surface, quota). J’avais envie de faire une autre agriculture. Je cherchais à optimiser mon revenu pour d’autres projets. Je me suis engagé à Terres de Liens, à la Confédération paysanne, à Solidarité Paysans. Je passais deux jours par semaine dans un projet collectif de déshydratation d’herbe. Je voyais autre chose mais le travail sur la ferme ne se faisait pas, mes projets n’avançaient pas. J’ai donc laissé les responsabilités. »

« J’avais simplifié mes pratiques au maximum : plus de vermifuge, ni de minéraux, diminution des concentrés. Mais le gros déclic est venu lorsqu’un agriculteur m’a dit qu’il avait fait un antibiogramme à la recherche d’un antibiotique pour soigner un problème de cellules. La liste était si longue et il ne se souvenait pas, avec les noms commerciaux, quels produits il avait donnés. J’ai pris conscience que c’était grave. J’ai changé mes pratiques mais j’ai surtout changé, moi ! Je suis plus confiant en moi et mes bêtes, je gère mieux mes peurs : perdre une bête, les problèmes de boiterie, ne pas faire le quota, les emprunts… Je n’utilise plus d’intrants de synthèse sauf les antibiotiques en urgence. Je fais avec le potentiel de la ferme (sol, climat, gestion du fumier, de la potasse), les besoins des animaux (alimentation, soins avec le temps d’observation nécessaire). »

Ne pas avoir peur de faire des erreurs

« Ce qui est le plus difficile pour moi quand je change quelque chose, c’est de ne pas savoir quand j’en verrai les effets. Cela peut mettre des années. J’ai compris, j’ai plus confiance, je sais mieux ce que je veux modifier. J’ai fait des erreurs : quand je suis passé en bio en 2015, j’ai arrêté les concentrés. La moyenne de production est passée de 21 à 12 l/vache laitière. C’était un super confort : plus de boiterie, plus de mammite, mais point de production ! Alors j’ai procédé par étapes et parfois, par hasard, je découvre des solutions adaptées. Avant, j’en voulais aux vaches d’être malades, maintenant, j’ai moins de pression. »

Je pense que les animaux savent ce qui est bon pour eux et je leur fais confiance.

« J’ai fait intervenir une kinésiologue. J’ai effectué une formation avec un vétérinaire nutritionniste au GVA de Nozeroy, je me suis formé à l’homéopathie, au parasitisme, je m’entoure des vétérinaires du GIE Zone Verte, d’une ostéopathe. Je me suis surtout débarrassé de mes peurs grâce à la formation sur le parasitisme avec le GIE Zone Verte. En tant que paysan, je dois coopérer avec car, malgré tous les produits, il sera toujours là. J’ai appris dans ces formations à observer les symptômes, les effets de la maladie. Avant, impossible d’accepter, maintenant j’en ai besoin pour comprendre ce qu’a la vache. Le fait d’appeler un vétérinaire du GIE Zone Verte et qu’il me dise "je cherche et je rappelle dans 4h". Cela m’angoissait… mais ça marche ! J’ai appris à regarder et à attendre, ne plus me précipiter car j’ai compris qu’une maladie, ça évolue, il faut que les symptômes s’expriment pour faire un diagnostic, la vache ne va pas mourir comme ça, tout de suite ! »

Je n’ai plus peur d’essayer de nouvelles choses sur la ferme, des choses que personne n’a encore faites.

« J’ai suivi la formation "Agroforesterie" avec Interbio et "Connaissance de la flore des prairies" avec le GIEE Herbe@venir. Je me forme beaucoup, je suis curieux, je fais des recherches sur internet, des visites d’exploitations. Cela me conforte, je m’affirme devant les marchands et, très souvent, je décide de ne rien donner comme remède et d’attendre l’expression des symptômes pour ajuster au mieux mes décisions de traitement ou pas. Le fait d’être avec d’autres agriculteurs, dans un groupe comme Interbio ou le GIEE Herbe@venir permet la rencontre d’autres paysans, l’échange de témoignages, puis d’oser expérimenter des choses qui ne sont pas comprises par tout le monde. »

NB : reportage Trame paru en 2018.

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