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Filière laitièreJ.-P. Simier (Bdi) : « Raisonner dès maintenant l’agrandissement des fermes »

Pour Jean-Paul Simier, directeur agriculture et agroalimentaire à Bretagne développement innovation, la filière laitière n’est pas en crise au sens strict du terme, mais « dans le creux d’une phase de volatilité violente. » A moyen et long terme, il estime qu’il faut « raisonner dès maintenant l’agrandissement des exploitations laitières. » Offre, demande, perspectives… : son analyse complète de la conjoncture.

Voir l’analyse complète de Jean-Paul Simier (Bdi) sur la conjoncture laitière :

 

Dans une analyse de la conjoncture laitière donnée sur le plateau de la Space webtv, Jean-Paul Simier, directeur agriculture et agroalimentaire à Bretagne développement innovation, affiche malgré les difficultés actuelles son optimisme quant aux perspectives de la filière laitière à moyen et long terme. « Depuis cinq ans, la Chine a multiplié par cinq ses importations de poudre de lait infantile. C’est un énorme débouché pour les grands pays producteurs de lait, et notamment la France », explique-t-il. « L’implantation par le groupe chinois Synutra d’une usine de transformation à Carhaix dans le Finistère en est l’illustration parfaite, ajoute l’expert. Ce projet constitue le plus gros investissement dans le secteur laitier en Bretagne de ces 25 dernières années. »

« La volatilité, nous y sommes ! »

Mais, analyse-t-il, « le marché s’est effectivement retourné en 2015 ». Avec la fin des quotas laitiers programmée depuis plusieurs années, les difficultés actuelles étaient prévisibles. » Du côté de la demande, la Chine a subitement réduit ses importations à cause de la crise économique : « Leurs achats de poudre de lait entier ont baissé de 58 % ces derniers mois, ceux de poudre de lait écrémé de 38 % et ceux de beurre de 30 % », chiffre-t-il. Côté offre, « avec la fin des quotas en Europe, la production continue de croître, notamment en Europe. »

En fait, il est beaucoup plus facile de prévoir à moyen et long terme qu’à court terme. « A court terme, il y a des événements qui sont totalement imprévisibles, comme des incidents climatiques ou des maladies animales. »

En revanche, à moyen et long terme, « la croissance de la demande laitière mondiale est là » argue-t-il. Selon lui, parmi les cinq grands pôles exportateurs de lait dans le monde, à savoir l’Océanie, les Etats-Unis, l’Europe, l’Argentine et le Canada, les deux premiers gardent de grandes incertitudes sur leur capacité à produire plus à cause des effets du réchauffement climatique. « Avec le Canada, l’Europe est la mieux placée. »

Quelles réponses apporter pour faire face aux difficultés ?

Jean-Paul Simier estime qu’il faut répondre aux difficultés des éleveurs sur trois niveaux. Au niveau européen, les outils de gestion de crise, comme le relèvement du prix d’intervention, apparaissent nécessaires.

En France, tous les acteurs doivent travailler « sur l’organisation de la filière, la contractualisation, les marchés à terme, l’organisation des producteurs ou les livraisons à paiement différé ».

La gestion des exploitations laitières devra également être optimisée selon lui. « Celle-ci devra être plus contracyclique, avec une meilleure gestion de la trésorerie et une optimisation des charges alimentaires ».

Vers des troupeaux de 150 vaches en moyenne

Pour clôturer son analyse, Jean-Paul Simier fait aussi des calculs simples : la moitié des 70.000 producteurs de lait a plus de 50 ans. En moyenne, les troupeaux laitiers sont actuellement de 50 vaches. « En tenant compte d’un nombre très important de départs à la retraite dans les 10 ans qui viennent et d’un faible taux de remplacement », l’expert estime probable le doublement voire le triplement de la taille des fermes pour être en mesure de produire plus d’ici 2030. « Et avec des troupeaux de 150 vaches en moyenne, on restera loin du gigantisme décrié par certains.

Mais Jean-Paul Simier met en garde les éleveurs : « Il faut raisonner maintenant cet agrandissement nécessaire des exploitations laitières, car sinon, il y a le risque que des firmes étrangères au monde agricole viennent investir dans le secteur. »

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