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Céréaliers de l'AGPBUne bulle d’air après huit ans difficiles, mais des incertitudes sur l’avenir

Pac, Varenne de l’eau, ZNT, engrais… Les céréaliers de l’AGPB ont dressé un bilan de l’année passée, en partie satisfaits des avancées obtenues sur le plan stratégique national, le label bas carbone, ou de la hausse des cours, mais vigilants quant à la hausse des charges et à une possibilité de durcissement de la réglementation.

Philippe Heusèle et Eric Thirouin ont tenu une conférence de presse le 13 janvier.
Philippe Heusèle et Eric Thirouin ont tenu une conférence de presse le 13 janvier. (©Terre-net Média)
 

Contenir les charges, protéger le revenu, et favoriser une transition sans décroissance de la production, ce sont en résumé les trois objectifs principaux de l’AGPB, qui a tenu un point presse de rentrée le 13 janvier. Pour les atteindre, un certain nombre de chantiers amorcés en 2021 devront être menés à bien, à commencer par le Plan stratégique national de la Pac (PSN). Si un statu quo satisfaisant a été obtenu sur les écorégimes, le transfert du pilier 1 ou pilier 2, des précisions sont encore attendues sur la certification du niveau HVE 2+, l’une des trois voies pour accéder aux écorégimes. Or, les agriculteurs qui vont semer en août se retrouveront en avril sous le nouveau régime Pac : des précisions sont donc attendues au plus vite pour leur permettre de faire leurs choix.

Car si le travail a été fait pour permettre au maximum d’agriculteurs d’accéder à l’écorégime, « ils ne pourront pas se passer de cette aide, chacun va devoir se creuser la tête pour y avoir accès, et il y a un risque que beaucoup choisissent la jachère, ce qui serait une catastrophe pour la production agricole française », redoute Éric Thirouin, président de l’AGPB.

Un « vrai débat entre croissance et décroissance »

Ce dernier réaffirme par ailleurs que « répondre aux problématiques environnementales et aux attentes sociétales est tout à fait compatible avec une croissance de la production », alors que la stratégie Farm to Fork de la Commission européenne risque de conduire à une diminution de la production, notamment céréalière. Or, l’agriculture présente des solutions pour atteindre la neutralité carbone : « on peut fixer 31 millions de tonnes d’équivalent carbone en agriculture », rappelle Philippe Heusele, secrétaire général de l’AGPB, qui salue l’obtention du label bas carbone pour les grandes cultures.  

Pour le président de l’AGPB, ce débat entre « croissance ou décroissance » risque également de caractériser les discours des candidats à l’élection présidentielle sur le sujet agricole. Ce sera par exemple le cas pour la question de la gestion de l’eau. Aujourd’hui en cours de traitement dans le cadre du Varenne, l’AGPB demande sur ce point un accompagnement de l’État sur les outils de substitution et de création.   

Assurance : une application d’omnibus indispensable

Autre sujet clé du Varenne de l’eau, la gestion des risques et la réforme de l’assurance récolte. Un projet « très important » pour l’AGPB, mais qui ne pourra atteindre son but, à savoir convaincre un plus grand nombre d’agriculteurs de s’assurer, que si la franchise est réellement abaissée à 20 %, et la subvention portée à 70 %, contre 25 % et 65 % aujourd’hui. Or, le texte de loi laisse ouverte la possibilité de négocier ces seuils dans les futurs projets de loi de finances. « Si demain on est à 25/65, ce n’était pas la peine de faire une réforme pour arriver à la même chose qu’aujourd’hui », souligne Éric Thirouin. « On a besoin d’une fixation dans la durée, pour se positionner en tant qu’entrepreneur agricole, c’est une question de stratégie à long terme », ajoute Philippe Heusèle.

Une attention accrue sur les engrais

Enfin, si la tension sur les marchés a permis une hausse importante des cours, il ne faut pas oublier que les revenus des céréaliers sont en berne depuis huit ans. Et s’il y a une tension sur les prix, il y en a une aussi sur les charges, rappelle Philippe Heusèle. Le prix des engrais a notamment été multiplié par trois, appelant à une forte vigilance. « Il y a aussi des problèmes de logistique, pour livrer en temps et en heure », souligne Eric Thirouin qui rapporte « une vraie inquiétude pour les agriculteurs qui n’ont pas encore été livrés ». L’AGPB a mis en place une cellule de crise, pilotée par la filière céréalière, pour suivre les flux d’approvisionnement. Dans ce contexte, l’AGPB compte également sur la présidence française de l’Union européenne pour supprimer les taxes antidumping sur les engrais et les barrières douanières.

« On sent venir le ciseau, c’est-à-dire des cours qui baissent, tandis que les charges continuent à monter », redoute Éric Thirouin. Si les cours actuels ont permis une bulle d’oxygène, la vigilance reste de mise pour l’AGPB, qui s’inquiète également des injonctions du Conseil d’État sur les ZNT et les zones Natura 2000. « Il faut s’adapter à la réalité », rappelle-t-il, en demandant, si la réglementation augmente les bandes tampons et aggrave le manque à gagner pour les céréaliers, une compensation agricole.

Enfin, en cette année d’élection présidentielle, l’AGPB espère pouvoir échanger avec les candidats à l’occasion du Salon de l’agriculture, et présentera d’ici quelques semaines des propositions communes avec les autres associations spécialisées des grandes cultures.

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