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Bilan céréalier 2021 et perspectivesUn revenu attendu à 2 Smic mais des charges en plus à prévoir en 2022

Philippe Heusèle (à gauche) et Éric Thirouin (à droite) ont dressé, mardi 7 septembre 2021, le bilan de la récolte céréalière 2021 et les perspectives de la prochaine campagne. (©Terre-net Média)
Philippe Heusèle (à gauche) et Éric Thirouin (à droite) ont dressé, mardi 7 septembre 2021, le bilan de la récolte céréalière 2021 et les perspectives de la prochaine campagne. (©Terre-net Média)

Après leur cri d’alarme, l’an passé, suite à la moisson 2020 « catastrophique », les céréaliers de l’AGPB retrouvent, grâce à l’actuel niveau des prix, des signaux « encourageants » pour leurs revenus 2021. De quoi redorer économiquement une moisson qualitativement très hétérogène. Mais déjà la forte hausse des prix du carburant et des engrais pourrait grever de 10 €/t le bilan de la prochaine récolte de blé tendre.

« Le millésime 2021 est plutôt encourageant. Sauf les nombreux cas particuliers, la bonne récolte permettra de tirer un revenu correct cette année », ont résumé Éric Thirouin et Philipe Heusèle, respectivement président et secrétaire général de l’AGPB, lors de leur traditionnel bilan de la moisson. Une moisson 2021 « évaluée à moins de 36 Mt de blé tendre », qui « permet d’offrir une respiration aux céréaliers français » après la piètre récolte 2020.

Pour le syndicat céréalier, ce millésime 2021 met fin à « 8 années de disette » durant lesquelles le revenu moyen par exploitation a avoisiné les 6 000 €. Le revenu 2021 des producteurs pourrait avoisiner « l’équivalent de 2 Smic ». Un « juste prix qui permet aux céréaliers d’affronter les défis de la compétitivité », assure Éric Thirouin, même si, insiste-t-il, il faut « rester vigilant, car tout peut évoluer ».

Il faut effectivement rester vigilant pour deux raisons. D’abord, ces résultats économiques ne profiteront pas à tous. « Les aléas climatiques, sans précédent cette année, ont fortement nui à la qualité des récoltes et aux rendements. Des milliers d’hectares ont été inondés, « notamment 10 000 hectares dans la Marne, dont 2 000 ha n’ont pu être récoltés.

Une marge 2022 déjà rabotée par l’envolée des prix des engrais et du carburant

Outre des phénomènes climatiques extrêmes toujours plus fréquents, les producteurs devront gérer la nouvelle saison culturale avec une hausse sensible de certaines charges. « L’année 2022 s’annonce compliquée en termes de charges », prévient Éric Thirouin. « Le prix des engrais a augmenté de 25 % en quelques mois, et celui du carburant de 35 %. Ces hausses commencent déjà à impacter les marges de la prochaine récolte. » Ces derniers ont déjà fait leurs calculs : ces hausses déjà enregistrées, et sous réserve de l’évolution des prix dans les prochains mois, vont grever de 10 €/t le résultat de la récolte de blé tendre 2022.

Une hausse de 20 % du prix du blé, ça représente une hausse de moins de un centime d’euros sur le prix de la baguette.

Avant d’en arriver là, Eric Thiroin a profité de ce traditionnel bilan de la moisson pour aussi rappeler le réel impact de la hausse des cours du blé sur le prix de la baguette de pain achetée en boulangerie. « Une hausse de 20 % du cours du blé comme on l’a enregistré cet été, ce n’est que 0,007 € de hausse sur une baguette à 1 € ! » Des chiffres sans doute utiles à rappeler avant que d’autres voix ne justifient une hausse beaucoup plus importante du prix pain par des prix plus élevés du blé.

L’impact de la hausse des cours du blé dur (+ 60 % en 2 mois) sera logiquement plus important sur celui du kilo de pâtes, de l’ordre de 18 centimes pour un paquet à un euro.

« Non à la stratégie Farm to fork et à la décroissance induite »

Sur le plan plus politique, les leaders de l’AGPB ont dénoncé l’impact probable de la stratégie européenne « Farm to fork ». Une stratégie qui irait » à contre-courant du soutien nécessaire à une filière stratégique pour la France ». La récente étude d’impact de cette stratégie européenne, menée par la Commission européenne, confirment les alertes de l’AGPB sur l’avenir de l’agriculture française, avec à la clé une baisse de production de 13 % d’ici 2030. « C’est complètement inacceptable d’envisager ces perspectives. Le ministre de l’agriculture doit se battre  pour qu’il n’y ait pas cette décroissance par dogmatisme ».

Rédacteur en chef de Terre-net

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