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Pasto'LoireRemettre au goût du jour le pastoralisme sur les bords de la Loire

Des génisses peuvent pâturer en bord de Loire, aussi bien en races allaitantes que laitières. Mais les bovins nécessitent des clôtures fixes et des sols plus portants que pour les ovins. (©DR)
Des génisses peuvent pâturer en bord de Loire, aussi bien en races allaitantes que laitières. Mais les bovins nécessitent des clôtures fixes et des sols plus portants que pour les ovins. (©DR)

Animant depuis plus de dix ans le projet Pasto’Loire, Stéphane Hippolyte, ingénieur écologue au conservatoire du Centre Val-de-Loire, explique le partenariat gagnant-gagnant d’une installation en élevage en bords de Loire. « Sans les agriculteurs, on n’y arrivera pas ! », s’exclame-t-il sans détour, preuve du soutien que le conservatoire apporte au projet.

« J’avais une vision d’écologue pure au départ. Mais pour que ce type de projet fonctionne et que les univers se rencontrent, il faut que tout le monde fasse un effort : éleveurs, agronomes et écologues », résume Stéphane Hippolyte, ingénieur écologue en charge du projet Pasto’Loire au conservatoire d’espaces naturels du Centre Val-de-Loire.

Arrivé en 2011 au conservatoire, il a vu le projet se développer avec les années. L’idée de départ était de remettre au goût du jour le pastoralisme sur les bords de la Loire, une vieille pratique d’avant-guerre, afin d’en préserver la biodiversité, de maintenir la diversité des paysages et de préserver les zones d’expansion des crues. « Près de 80 000 brebis pâturaient sur ces terres auparavant », souligne Stéphane Hippolyte.

Nicolas Lefaucheux, en Gaec avec son frère en production laitière, raconte que ses parents faisaient déjà pâturer les bovins en bordure de Loire. « Au total, aujourd’hui, il y a environ une vingtaine d’hectares que nous utilisons, explique-t-il. Il s’agit surtout de génisses pleines et des vaches taries, soient des bovins sur lesquelles nous n’aurons plus d’intervention à faire pendant plusieurs semaines », continue-t-il.

Elles pâturent sur les îlots de bords de Loire du 15 mai au 15 novembre, avec parfois des crues de printemps qui les isolent sur des buttes durant quelques jours. L’éleveur complémente avec du foin en été et apporte des minéraux.

« Nous travaillons avec qui veut travailler avec nous » explique Stéphane Hippolyte

Si le projet Pasto’Loire n’a pas été un long fleuve tranquille, aujourd’hui, plusieurs éleveurs, surtout ovins, vivent de cette pratique du pastoralisme tout au long de la Loire. « Le foncier est gratuit, avec une mise à disposition pour 5 ans par l’État, renouvelable tacitement. Les éleveurs peuvent recevoir les aides de la Pac sur ces parcelles et des aides du conservatoire sous forme de prêts de matériels d’élevage, d’ingénierie pour la réalisation des plans de pâturage, d’appuis pour les suivis MAEC, les relations avec les autres acteurs du territoire ou encore les demandes de co-financements. Cela facilite l’installation de jeunes éleveurs », souligne Stéphane Hippolyte.

La présence de grandes villes comme Orléans, Blois, Tours, etc., a un impact sur le type de demande, plutôt à la recherche de produits de qualité. Quelques bovins pâturent aussi mais ils sont peu nombreux. « La portance des sols n’est pas suffisante pour ce type d’animaux, qui nécessitent aussi plus de clôtures fixes », analyse Stéphane. De même, face aux promeneurs, aux chiens et aux vélos, les bovins sont plus farouches car il s’agit souvent de jeunes animaux. En moyenne, 6 à 8 bovins pâturent sur une dizaine d’hectares.

Nicolas Lefaucheux évoque un parcellaire en bords de Loire plutôt en cul-de-sac et donc une certaine tranquillité face à ces questions, même s’il arrive que les génisses reviennent parfois d’elles-mêmes dans la cour de ferme. Seule une clôture en barbelé a été posée du côté du chemin de halage. Un fil électrique bloque le passage du côté de la Loire.

Une gestion du parcellaire accompagnée par un cahier des charges

Plus globalement, les éleveurs gèrent le parcellaire avec le conservatoire au travers d’un cahier des charges. « Parfois, il y a volontairement du sous pâturage pour préserver certaines espèces. Avec la sécheresse de cette année, la gestion a encore évolué. Les soins comme le déparasitage ont lieu hors zone pastorale », explique Stéphane Hippolyte. Deux bilans sont réalisés avec l’éleveur en cours de saison et en lien avec le relevé régulier d’indicateurs de suivi de la biodiversité. Il s’agit aussi de justifier des financements publics et de vérifier le réel impact du pâturage sur l’environnement.

Des journées de formation sont également mises en place pour accompagner les éleveurs. D’autres projets sont en cours de réflexion avec les producteurs comme le développement de l’abattage mobile.

De son côté, Cédric Chapelier gère 400 brebis, « 100 % à l’herbe » qu’il conduit avec ses chiens sur une surface agricole utile de 146 ha. « Ce projet correspond philosophiquement et idéologiquement à ce que je voulais mettre en place », explique-t-il. Il n’a pas de bâtiment et comme beaucoup d’éleveurs de Pasto’Loire, ses brebis sont de race Solognote pour leur rusticité, croisées avec des béliers Suffolk pour la conformation. Il revendique des charges maîtrisées et une installation a minima pour 106 000 €, avec comme pièces essentielles : un couloir de tri mobile et un tracteur (récolte du foin). 

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