Menu

En Nouvelle-Zélande et en FranceDes éleveurs de ruminants ont trouvé leurs marchés de niche

Des éleveurs de ruminants ont trouvé leurs marchés de niche

Pour certains éleveurs, le bonheur est dans les prés pâturés par des ruminants qu’il est plus commun de chasser que d’élever. Parmi eux, des passionnés de cerfs en Nouvelle-Zélande et de bisons en France, comme il en existe en production bovine et ovine sur les cinq continents. Leurs systèmes sont déjà économiquement et écologiquement performants. Mais ce type d’élevage reste une activité de niche ! Un reportage issu de Terre-net Magazine n°29.

Cerf de nouvelle zelandeGrâce à un travail de sélection poussé, la plupart des animaux du troupeau possèdent de grandes ramures. (©Florian Charles)

En Nouvelle-Zélandenouvelle zelande (©Terre-net Média)

Graham Carr, éleveur de cerfs à South Canterbury (île du sud)

Des bois aux sabots, tout est valorisable !

graham carr eleveur de cerfs en nouvelle zelandeGraham Carr est un vrai
businessman !
(©Florian Charles)
Près de 7.000 cerfs sur 1.300 hectares : ce sont les dimensions de l’élevage de Graham Carr, installé depuis 1987 à South Canterbury en Nouvelle-Zélande, dans une région rurale de l’île du sud. A l'époque, l’élevage de cerfs commençait seulement à se développer. Mais Graham, véritable businessman, a très vite compris qu’il pourrait tirer des profits substantiels de cette production. Des bois aux sabots des cerfs, tout est valorisable !

 La valeur ajoutée de l’élevage repose essentiellement sur la production et la vente de bois de velours (substance duveteuse, "velvet" en anglais, qui recouvre les ramures en croissance du cerf rouge et du wapiti), et dont les vertus médicinales sont appréciées en Asie. Ce velours est utilisé entre autres pour lutter contre l’arthrite et l’hypertension. Il est possible d’en récolter jusqu’à 10 kg par an par animal (les bois tombent puis repoussent chaque année, ce qui permet des collectes régulières). A 60 €/kg, cette activité s’avère très rentable.

Des cerfs à l’herbe toute l’année...

La ferme, initialement vouée à la production ovine, s’étend aujourd’hui sur plus de 1.300 ha et compte environ 7.000 cerfs. 200 moutons et 200 vaches y sont aussi élevés.

Son emplacement en bordure de chaîne montagneuse lui permet de bénéficier d’un microclimat tempéré très favorable à l’élevage. Les cerfs sont en liberté toute l’année et se nourrissent d’herbe sur des parcelles de 2 à 15 ha. Leur ration est complétée avec des céréales d’hiver qu’ils consomment directement sur pied.

La majorité des cervidés de l’exploitation sont de race english red deer, mais il y a aussi des animaux de races hongroise et furzeland. Ces derniers ont une croissance plus rapide que les Red deers. Ils produisent en revanche moins de "velvet" et sont plus agressifs.

L’élevage emploie aujourd’hui sept personnes à temps plein : un manager, Steeve Blanchard, une secrétaire et trois employés permanents, ainsi que deux jeunes avec un turn-over important.

Les animaux sont donc suivis de près. Lorsque les ramures sont arrivées à maturité, les cerfs sont conduits dans un bâtiment pour être anesthésiés afin de scier leurs bois. Ceux-ci seront ensuite gelés et vendus à des transformateurs. Le velours est prélevé sur les bois avant qu’ils n’aient commencé à se calcifier. Comme toutes les ramures arrivent à maturité simultanément, le "velveting" (collecte du velours) constitue une période de travail très chargée car il faut s’occuper de plusieurs milliers de cerfs quasiment en même temps.

Un travail de sélection poussé

Seuls les animaux de plus de quatre ans produisent du bois de velours vendable. Sur l’exploitation de Graham, les animaux destinés à cette valorisation sont issus d’un travail de sélection poussé, qui s’étale sur les trois premières années de leur vie.

L’objectif : ne conserver que les jeunes mâles, disposant d’un potentiel de développement intéressant de leurs bois. Au fil des ans, cette sélection a naturellement abouti à un troupeau aux grandes ramures.

Autre activité de l’exploitation : la vente aux enchères d’animaux reproducteurs, au sein même de l’élevage réputé pour son niveau génétique. Des producteurs venus de tout le pays participent. Avec des mises à prix aux alentours de 5.000 €, les animaux sont parfois adjugés à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Graham produit également de la viande de faon de moins d’un an, vendue 5,5 €/kg et exportée en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas, où elle est consommée principalement durant les fêtes. Les anciens reproducteurs et les animaux qui n’ont pas été retenus pour la production de bois sont aussi abattus.

A 60 €/kg, le bois de velours est très rentable.

elevage de cerfs en nouvelle zelande La valeur ajouté de l'exploitation repose essentiellement
sur la production et la vente de bois de velours (substance
duveteuse recouvrant les ramures des cerfs).
 (©Florian Charles)

Aucune sélection génétique n’est donc menée pour la production de viande. Les mâles comme les femelles sont nourris d’herbe et complémentés en orge. Lorsqu’ils ont atteint un poids satisfaisant, ils sont vendus par lot. Un camion passe à la ferme et les amène à l’abattoir.

Dernier débouché pour les cerfs, mineur celui-ci : la vente d’anciens reproducteurs à des sociétés de chasse, à des prix exorbitants. De conformation parfaite et dotés de splendides ramures, ces animaux sont chassés par des touristes qui récupèrent leur tête comme trophée.

…et résistants à la paratuberculose

L’exploitation de Graham est pionnière en matière de sélection génétique. Comme l’éleveur n’a conservé dans son troupeau que les animaux résistants à la paratuberculose, plus de 99 % de son cheptel possède aujourd’hui cette caractéristique. Un pourcentage élevé, résultat de 26 ans de travail.

Appelée aussi maladie de Johne, la paratuberculose est une pathologie courante en Nouvelle-Zélande et pose beaucoup de problèmes dans les élevages.

En France

Muriel et Laurent Balembois à Lanuéjols (Gard)

Emplois, marges... : des éleveurs de bisons très futés

Cerfs, sangliers, autruches, etc. : la production de gibier est, pour certains paysans, une alternative à l’élevage conventionnel. Autrement dit : le moyen de vivre leur passion sans être pieds et poings liés à des réseaux de commercialisation, dont les règles de fonctionnement leur échappent parfois.

En se lançant dans l’élevage de bisons en 1991 puis, quelques années après, dans celui de bovins de race black angus, Muriel et Laurent Balembois faisaient partie des pionniers en France.

Bisons Pendant longtemps, les bisons n'ont pas été
éligibles à la Pmtva. (©Randals Bison)
En vingt ans, ils n’ont pas seulement constitué un cheptel de 250 bovidés originaires d’outre-Atlantique. Ils ont bâti toute une filière à Lanuéjols en créant des emplois salariés (trois au total) et saisonniers en zone rurale.

L’attrait du grand public pour ce type d’animaux a été la clé de la réussite du projet. Dès 1994, Muriel a ouvert une ferme auberge où elle vend en direct les produits frais et transformés issus de la viande du troupeau.

Mais comme Graham en Nouvelle-Zélande, les éleveurs n’ont pu compter que sur eux-mêmes pour développer leur atelier. Les aides et les prêts bonifiés à l’installation n’ont été que des coups de pouce financiers tant les défis à relever étaient énormes. De plus, pendant longtemps, les bisons n’ont pas été éligibles à la Pmtva. Jusqu’en 2012, Muriel et Laurent ne bénéficiaient donc que de l’Ichn et de la Phae.

Enfin, élever des bisons et des bovins black angus exige de solides compétences zootechniques et vétérinaires car les techniciens et les conseillers français ne sont pas formés à ces productions.

Laurent et Muriel sont soumis aux mêmes contraintes de volatilité des prix des matières premières destinées à l’alimentation animale que n’importe quel producteur. Ceci dit, ils ont la possibilité de répercuter l’augmentation de leurs charges sur les prix. Selon les morceaux, le kilo de viande est vendu au consommateur entre 15 et 45 € ; les caissettes d’Angus 12 €/kg.

En fait, la production de viande restera une niche sur l’exploitation. Les éleveurs ont donc les moyens de compenser le manque à gagner que représente l’absence d’aides publiques pendant des années. Des aides indispensables aux éleveurs de bovins et d’ovins conventionnels pour dégager un revenu, même faible !

Cet article est extrait de Terre-net Magazine n°29

Couverture Terre-net Magazine n°29.Couverture Terre-net Magazine n°29.
(© Fotolia - Terre-net Média -
Création Terre-net Média)
 
 Si vous ne l'avez pas reçu chez vous,
retrouvez Terre-net Magazine en cliquant ICI

Réagir à cet article

Sur le même sujet