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Ferme de 1.000 vaches dans la Somme« L’exploitation va et doit sortir de terres », selon l’agriculteur porteur du projet

« L’exploitation va et doit sortir de terres », selon l’agriculteur porteur du projet

Le projet d’une ferme de 1.000 vaches laitières près d’Abbeville continue de défrayer la chronique. Alors qu’une nouvelle manifestation de riverains et d’opposants est prévue samedi 23 juin à Amiens, Michel Welter, l’agriculteur qui mène ce projet, attend impatiemment l’autorisation du préfet de la Somme. Pour lui, un tel projet, qui bouleverse les esprits, sortira tôt ou tard, dans la Somme ou ailleurs.

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Le projet d'exploitation de 1.000 vaches laitières et 750 veaux et génisses doit pemettre à la Scl Lait pis carde
de produire 10 millions de litres de lait. (© Terre-net Média)

Voila trois ans que Michel Welter est sur ce dossier. Installé à Airaines, au Sud d’Abbeville, l'agriculteur est l’un des quatre associés de la Scl Lait pis carde, qui produit actuellement 1,7 millions de litres de lait avec 200 vaches.

Le 23 avril 2012, l’agriculteur a reçu l’avis favorable du Conseil de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) de la Somme pour créer une exploitation laitière de 1.000 vaches pour une production de 10 millions de litres de lait, et une plate-forme de méthanisation pouvant recevoir 133 tonnes de déchets par jour. Le tout installé sur les communes de Drucat et Buigny Saint-Maclou, en périphérie Nord d’Abbeville.

La Scl, qui gèrera le site pour le compte de Michel Ramery, un entrepreneur dans le Btp apportant les capitaux nécessaires, n’attend plus que le feu vert du préfet de la Somme. Ce dernier s’est jusqu’alors abstenu de rendre sa décision au regard de la réserve qui s’est imposée pendant les élections présidentielles et législatives. « Ce n’est plus qu’une question de jours », confirme l'associé.

« Une décision favorable montrant que les risques sont évalués et maîtrisés »

Malgré un dossier bouclé et ayant reçu toutes les autorisations administratives requises, la colère gronde et s’amplifie du côté des riverains qui s’opposent au projet. De plus en plus soutenus par des personnalités et associations écologistes, les habitants des deux communes concernées ont créé Novissen, une association pour mieux organiser leur opposition.

« Le débat est devenu passionnel, regrette Michel Welter. Contacté par la rédaction de Terre-net Média, il indique être réticent à communiquer directement avant la décision préfectorale. A chaque fois que j’ai tenté de discuter avec les représentants de Novissen, cela s’est mal passé. »

Pour l’heure, le coordinateur du projet s’en tient aux aspects techniques et réglementaires. « La décision du Coderst a été sans appel : 21 voix pour, deux abstentions et une voix contre. Nous avons réussi à démontrer que tous les risques liés à la taille du projet ont été bien évalués et que les réponses que nous avons apportées sont satisfaisantes. » 

La Fdsea 80 s’inquiète d’un détournement médiatique dangereux pour tous les élevages

Dans un édito publié sur son site internet, la Fdsea de la Somme s’inquiète de la médiatisation des arguments utilisés par les opposants. Pour Laurent Degenne, son président, ces derniers sont « dangereux pour tous les élevages de la Somme. C’est à présent sur le mode d’élevage que les coups portent, et ils laissent des traces. Oui, les vaches mangent du maïs et certaines étables sont en logettes. Cela fait même 40 ans que c’est comme ça dans de nombreux cas. »

Le syndicaliste craint ainsi un risque grandissant « pour chaque éleveur “normal”, de se voir accuser de nuire à la santé de ses animaux, de son environnement ou des consommateurs ».

Au-delà des considérations techniques et environnementales liées à l’implantation d’une telle exploitation, c’est le modèle agricole qu’elle illustre qui interroge. « A tous points de vue, ce n’est pas un modèle pour l’agriculture française, réagit Philippe Collin, le porte-parole de la Confédération paysanne. La réalisation d’un tel projet conduira à accélérer encore plus la concentration des exploitations laitières. Avec des fermes de 1.000 vaches, il restera seulement 2.500 exploitations laitières en France ! » 

Des interrogations auxquelles réplique Michel Welter : « Notre projet ne doit pas être considéré comme un modèle, mais comme un choix de production pour continuer à faire ce métier, rien de plus. »

Vivre de son métier et communiquer sur les pratiques agricoles actuelles

Au regard des réactions que suscitent son projet, l’agriculteur constate une méconnaissance du grand public concernant l’agriculture. « Les citoyens ne sont pas assez informés de ce qu’est l’agriculture d’aujourd’hui et ses difficultés. Si je pouvais vivre comme je veux de mon métier avec 40 vaches et 40 ha, je resterai avec 40 vaches et 40 ha, martèle Michel Welter. Or en 1988, un litre de lait me permettait d’acheter deux litres de fioul. Aujourd’hui, je peux en acheter à peine un tiers de litre. »

« Certains opposants crient au scandale de voir près de chez eux des vaches qui ne sortiront pas dehors pour pâturer et qui seront traites par des robots, alors que ce sont des pratiques courantes depuis plusieurs années. Et d’autres vont me traiter d’empoisonneur car je donne du fourrage conservé à mes animaux. Tout cela n’a pas de sens ! »

Et l’agriculteur de questionner : « Est-ce à moi d’aller expliquer aux gens que 95 % des vaches laitières mangent des aliments conservés ? » Selon lui, son projet doit servir « à faire comprendre qu’il y a un visage de l’agriculture » différent de celui imaginé les citoyens.

En attendant la décision du préfet de la Somme, soumis à des pressions de plus en plus fortes, tant politiques que de la société civile, pour refuser ce projet, les opposants, soutenus par la Confédération paysanne, ont prévu une nouvelle manifestation à Amiens samedi 23 juin 2012.

 

Rédacteur en chef de Terre-net

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