Menu

44èmes Journées de la recherche porcineL’arrêt de la castration en 2018 préoccupe

L’arrêt de la castration en 2018 préoccupe

Durant les 44èmes Journées de la recherche porcine organisées par l’Ifip (Institut du porc) et l’Inra, plusieurs conférences avaient trait à l’arrêt de la castration des porcelets. En effet, Bruxelles souhaite interdire cet acte chirurgical d’ici six ans. Mais les consommateurs sont-ils prêts à accepter le goût et l’odeur prononcés de la viande des porcs mâles entiers ?

michel bonneau inra
« Un cinquième des personnes trouve le goût et l’odeur plutôt agréable, et un tiers ne parvienne pas à sentir l'hormone », a expliqué Michel Bonneau de l'Inra. (© Terre-net Média)

Au nom du bien-être animal, l’Europe prévoit l’arrêt de la castration chirurgicale sans anesthésie à l’horizon 2018. Aux Pays-Bas, par exemple, il semblerait qu’environ 40 % des porcs mâles ne soient déjà plus castrés. Cependant, les dispositions prévues dans cet accord ne pourront être mises en œuvre que si le problème posé par les odeurs d’hormones sexuelles contenues dans la viande des mâles entiers trouve des solutions satisfaisantes.

La moitié des consommateurs trouve le goût désagréable

Michel Bonneau, de l’Inra de Rennes, s’est penché sur cette question. « Ces odeurs sont dues à l’accumulation dans les graisses de deux hormones mâles : l’androsténone et le scatol », a-t-il expliqué devant les chercheurs et techniciens venus aux Jrp, mardi 7 février 2012. Trois études ont été réalisées avec des consommateurs français pour établir les seuils d’acceptabilité du goût lié à ces hormones.

Plus de 400 « testeurs » ont dégusté successivement trois côtelettes grillées pour en comparer le goût et l’odeur. Il en ressort que la moitié des consommateurs perçoivent l’odeur d’androsténone comme désagréable notamment par les femmes. Un cinquième des personnes trouve le goût et l’odeur plutôt agréable, et un tiers ne parvienne pas à la sentir.

« Quelle que soit leur capacité à sentir cette hormone dans la viande, les consommateurs ne parviennent pas à différencier les mâles entiers à très faibles teneurs en hormones de la viande de femelles », indique Michel Bonneau.

Un goût davantage perçu dans la viande cuisinée

Pour réduire le goût prononcé de la viande des mâles non-castrés, la piste génétique pourrait peut-être être exploitée. « La race Piètrain possède des teneurs plus faibles en scatol et en androsténone que les autres génotypes », fait remarquer le chercheur. Selon lui, « il est également possible de réduire les teneurs en scatol contenues dans la viande par la voie alimentaire, mais ces pratiques semblent difficilement envisageable à grande échelle ».

En fait, il semblerait que le goût prononcé des hormones mâles soit davantage perçu dans les viandes cuisinées et servies chaudes que dans les produits transformés et mangés froids (pâtés, rillettes,…). « Il reste beaucoup à faire, explique Michel Bonneau. Il faudrait établir précisément un seuil de détection de l’androsténone et du scatol à la dégustation et analyser les interactions entre les deux hormones ».

L’immunocastration, une voie à explorer

La problématique des porcs mâles entiers revient depuis une dizaine d'années sur le devant de la scène à cause du bien-être animal. « Initiée dans les années soixante en Angletterre, elle été alors vue à l’époque comme une voie de gain de productivité des mâle entier par rapport aux mâles castrés », rappelle Michel Bonneau.

Durant ces Journées de la recherche porcine, d’autres études se sont intéressées à cette thématique, notamment à propos de « l’influence de la conduite pré-abattage sur la qualité de la viande de porcs mâles entiers, castrés ou immunocastrés ». L’immunocastration consiste à vacciner les jeunes mâles à la puberté contre l’hormone GnRH. Cette étude cherche à comprendre les effets des hormones testiculaires sur l’immunité et la réactivité au stress. Concernant la santé, d’autres travaux de recherche portaient sur « les effets de la castration et de l’immunocastration sur l’axe corticotrope et le système immunitaire des porcs ».

Réagir à cet article

Sur le même sujet