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Organisation du travailGrouper or not grouper ?

Grouper or not grouper ?

Entre les traites et le suivi quotidien des animaux, la production laitière peut être considérée comme un véritable sacerdoce par certain. Aujourd’hui, les éleveurs expriment de nouvelles attentes : horaires maîtrisés, week-end, congés... Or, la répartition des vêlages dans l’année n’est pas sans influencer ces rythmes de travail.

 


« Organiser une période sans vêlage permet de réduire le travail
d’astreinte et ne pénalise pas les résultats économiques d’après le suivi
d’un réseau breton réalisé de 2005 à 2008. » (© Terre-net Média)
Les expériences menées dans les élevages français pour maîtriser les rythmes de travail sont multiples : par exemple, concentrer les vêlages en fin d’été/début automne permet ainsi de fermer la salle de traite l’été.

 

Comme le rappelait Guylaine Trou à l’occasion des 16e Journées Rencontres Recherche Ruminants à Paris en décembre dernier, « en Bretagne, les vêlages sont le plus souvent étalés toute l’année et leur répartition est plus subie et inconstante que recherchée ».

Trois ans de suivi

Pourtant, certains éleveurs bretons ont fait un choix bien différent en choisissant de pérenniser une période de vêlages courte ou une mettant en place une période sans vêlage.

Pour mieux comprendre les objectifs de ces agriculteurs, les chambres d’agriculture de Bretagne, en partenariat avec l’Inra Agro-campus de Saint-Gilles (35), ont suivi ces élevages pendant trois ans, entre 2005 et 2008. Objectif :

• Comprendre le choix de ces éleveurs en termes de qualité de vie, rémunération du travail… ;
• Analyser comment ils pérennisent ces répartitions de vêlage ;
• Evaluer les conséquences sur le travail et l’efficacité économique de l’exploitation.

« Le suivi a porté sur 16 exploitations laitières sélectionnées sur la répartition des vêlages, avec au moins 65 % des vêlages sur 3 mois. En complément, un essai a été mené à la station expérimentale de Trévarez comparant deux saisons de vêlages de 3 mois, en système herbager » poursuivait Guylaine Trou.

Résultats encourageants

Trois types de conduite ont été identifiés : des vêlages groupés sur trois mois au printemps, trois à cinq mois de vêlages à l’automne, cinq mois sans vêlage (encadré).

Les résultats économiques des exploitations suivies sont bons en moyenne (lire ici) : les systèmes d’alimentation sont plutôt économes et le taux de réforme conforme à la moyenne bretonne. Les exploitations où la période de vêlages est plus courte ont les meilleures performances de reproduction. En outre, des résultats de reproduction se situant dans la moyenne bretonne permettent d’obtenir une période sans vêlage d’au moins cinq mois.

Ces conduites permettent de réduire le temps d’astreinte à certaines périodes de l’année. La période de vêlages est bien vécue par les éleveurs. En se ménageant cinq à neuf mois sans vêlages, ils dégagent du temps pour d’autres activités.

Solutions diverses

« Cette étude montre qu’il n’y a pas une, mais des façons de regrouper les vêlages. Les choix se feront entre la saison, la durée de la période, les objectifs de l’éleveur et bien entendu, les contraintes de l’exploitation, tout cela conditionnant la saison choisie et la période de regroupement. En l’associant à d’autres pratiques de simplification, l’éleveur pourra alors réduire son astreinte et libérer ainsi du temps de façon régulière – ou concentrée – sur une période donnée. »

La résultante de cette stratégie sera alors une spécialisation des tâches « ce qui semble contribuer à l’amélioration de la productivité du travail ». Mais l’éleveur devra pour cela être particulièrement strict et performant dans ses objectifs de reproduction, et ce d’autant plus que « la période de vêlage recherchée est courte ».

Complémentarité(s)

Reste que le regroupement des vêlages n’est pas sans impacter les rythmes de livraison du lait ; « la complémentarité entre exploitations d’un même bassin de production peut en atténuer les effets. Il faudra en outre surveiller la qualité du lait car une élévation de cellules et une augmentation de la lipolyse en été pour certains élevages est possible » concluait la spécialiste

Reste que le fait que des éleveurs pratiquent ces stratégies depuis plusieurs années devrait d’ailleurs être un gage de réassurance pour tous les autres qui se posent des questions.

Pour aller plus loin : www.inst-elevage.asso.fr

Les conduites identifiées

Grouper les vêlages au printemps pour construire un système tout herbe : ce sont des systèmes économes dont le fonctionnement est basé sur le groupage des vêlages sur une période courte (3 mois) en début de printemps. Les besoins des animaux sont calés sur la pousse d’herbe, les besoins en bâtiments en hiver sont limités car les vaches sont taries. La fermeture de la salle de traite est systématique dans ces élevages pendant au mois 3 semaines.

Grouper les vêlages pendant 3 à 5 mois en automne pour rationaliser la conduite et/ou partir en vacances : la conduite des élevages est réalisée par lots d’animaux (vaches, génisses) plus homogènes. Elle permet parfois d’améliorer la gestion du pâturage en adaptant les besoins des animaux à la ressource fourragère. Dans ces élevages, la pratique de la mono-traite ou la fermeture de la salle de traite en été sont des options choisies par la moitié des éleveurs entrant dans cette catégorie.

Cinq mois sans vêlage pour alléger le travail estival : dans ce cas, les éleveurs souhaitent avant tout mieux répartir la charge de travail sur l’année. La période sans vêlage débute à partir de février/mars et libère ainsi du temps pour les travaux aux champs. Dans les Gaec, cette répartition des vêlages permet aussi de réduire la charge de travail lors des départs décalés des associés pendant les vacances. Ici, l’objectif n’est pas de fermer la salle de traite.

 

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