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[Au Sommet de l'élevage] Etats générauxLes coopératives agricoles veulent échapper au « marteau » et à « l'enclume »

Michel Prugue, président de Coop de France, estime qu'il est impossible que le prix payé par les industriels puis les distributeurs soit basé d'abord sur la prise en compte du coût de production des agriculteurs, comme le demande la FNPL. (©Coop de France)
Michel Prugue, président de Coop de France, estime qu'il est impossible que le prix payé par les industriels puis les distributeurs soit basé d'abord sur la prise en compte du coût de production des agriculteurs, comme le demande la FNPL. (©Coop de France)

Dans le vif débat sur l'alimentation qui oppose paysans et distribution, les coopératives, poids lourd de l'agroalimentaire, ne veulent pas « se faire prendre entre le marteau et l'enclume », dit à l'AFP le président de la confédération des Coopératives agricoles, Coop de France, Michel Prugue.

 

A la charnière inconfortable entre le monde agricole - puisque pilotées par des agriculteurs -, et l'industrie - puisqu'une marque alimentaire sur trois est produite par l'une des 2.600 coopératives du pays - les Coop sont un poids lourd de l'alimentation en France, avec un chiffre d'affaires global de 86 milliards d'euros (40 % de l'agroalimentaire français).

A quelques jours des arbitrages très attendus du président de la République Emmanuel Macron devant conclure la première partie des Etats généraux de l'alimentation, le président de Coop de France, Michel Prugue est intervenu en marge du Sommet de l'élevage près de Clermont-Ferrand, dans les débats acerbes opposant le patron de la grande distribution Michel Edouard Leclerc et la présidente du principal syndicat d'agriculteurs FNSEA sur le relèvement des prix agricoles.

De fait, les propositions des Coop pour redonner du pouvoir d'achat aux agriculteurs se distancent quelque peu de celles de la FNSEA, même si les deux se réclament de la même légitimité vis-à-vis du monde agricole. La principale différence porte sur la façon de former un prix : la FNSEA, et surtout sa branche laitière la FNPL, demandent que le prix payé par les industriels puis les distributeurs soit basé d'abord sur la prise en compte du coût de production des agriculteurs. « C'est impossible », tranche Michel Prugue, selon lequel cela reviendrait à « revenir à une économie administrée ».

« Il ne faut pas que le principe du lait perturbe ce qui se passe dans les autres filières, comme par exemple les légumes ou la volaille », affirme celui qui est aussi président de la grande coopérative du Sud-Ouest, Maïsadour. « Dans ces secteurs, les négociations contractuelles avec les industriels permettent aux paysans de s'assurer de revenus décents ». Selon lui, la crise du lait est d'abord « la conséquence d'une mauvaise préparation du pays à la suppression des quotas laitiers européens ».

Alors que pour les syndicats agricoles, la guerre des prix menée par Michel Edouard Leclerc est responsable de la crise et du suicide de nombre d'éleveurs laitiers. « Ce qu'il faut, c'est provoquer un rééquilibrage des relations entre producteurs, industriels et distributeurs », affirme Michel Prugue. « Le premier facteur sur lequel on doit agir est un renforcement de la clause de renégociation des prix lorsque les cours des produits agricoles augmentent, les clients doivent accepter de les payer plus cher, qu'ils soient distribution ou restauration hors foyer », dit-il.

« Réalités du marché »

Depuis le vote de la loi Sapin qui prévoit la possibilité d'une renégociation des prix (fixés par une négociation annuelle, NDLR), la distribution « ne traîne pas » pour demander à réduire les prix, mais elle « oublie » de faire la même chose lorsqu'ils augmentent, selon lui.

Michel Prugue rejette avec autant de force la proposition de certains de créer un « fonds de redistribution agricole » pour aider les éleveurs en difficulté. « Ce serait quasiment du suicide », dit-il, « de traiter un problème économique par des recettes sociales ». « On masquerait aux agriculteurs les réalités du marché et on leur laisserait croire que les Etats pourront compenser les pertes de compétitivité, on ne ferait que porter sur les fonds baptismaux les éléments d'une crise future », estime-t-il.

En revanche, comme la FNSEA, il réclame la possibilité pour les organisations de producteurs de décider collectivement d'une réduction de production en cas de baisse des prix. « Pour Bruxelles, cela s'appelle une entente, il faut une révision de l'interprétation du droit par l'autorité de la concurrence », dit-il. Face aux industriels, Michel Prugue rejette les critiques portant sur la gestion des coopératives. En allusion à peine voilée au mépris récent affiché par le dirigeant du groupe de viande Bigard devant la représentation nationale, il s'estime soucieux de transparence sur les comptes. « Nous sommes très attachés au principe de démocratie qui prévaut chez nous selon le principe "un adhérent, une voix" ».

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