1er juin, journée mondiale du laitLa brique de lait française dans la tourmente d'un marché européen engorgé

| par | Terre-net Média

Peu de produits ont une aussi bonne image que le lait de consommation auprès des Français. Mais pas suffisamment identifiée par un étiquetage approprié, la brique de lait française est concurrencée par du lait importé d'Allemagne et de Belgique meilleur marché, faute de débouchés à l'export sur le marché russe depuis l'instauration de l'embargo en août 2014.

Lait de consommation en grande surface Dans les rayons, aux côté des autres produits laitiers, le lait de consommation français ne se démarque pas de ses concurrents étrangers. (©Terre-net Média)  

E n ce 1er juin 2015 désignée journée mondiale du lait de consommation, le cœur n’est pas à la fête chez les éleveurs : baisse du prix payé, engorgement du marché etc. La fin des quotas n’explique pas tout ! L’engorgement du marché français du lait de consommation est d’abord lié à un différentiel de compétitivité entre la France et ses voisins observé depuis quelques mois et accentué depuis l’instauration de l’embargo russe décrété sur les produits frais importés d’Union européenne en particulier.

Cette situation rappelle celle des années 2009/2010 lorsque le prix de base avait frôlé la barre des 220 € les mille litres avant l’entrée en vigueur de l’accord interprofessionnel signé à l’époque. Et pourtant, les quotas étaient encore en vigueur !

Une consommation de 67 litres de lait par an en recul

Le nouveau label instauré par l’organisation Syndilait, qui regroupe les industriels du lait de consommation sera-t-il pour autant le remède à cette crise d’identité ? Certes, apposé sur les briques et les bouteilles de « lait collecté et conditionné en France » , il identifierait mieux le produit dans les rayons des magasins. Et il répondrait aux aspirations des consommateurs sensibles à l’origine des produits.

Mais le problème est plus grave. Et comme la filière « lait de consommation » est le poumon de l’ensemble de la profession laitière, ses difficultés sont autant de signaux d’alerte qu’il faut prendre au sérieux.

Les entreprises et la distribution préfèrent restaurer leurs marges aux dépends des éleveurs

Après plus de trente ans de quotas, les éleveurs ont sauté dans l’inconnu. Mais la forte augmentation de la production de lait tant redoutée n’est pas au rendez-vous. En revanche, les prix payés aux producteurs baissent depuis des mois. Une diminution qui n’est pas répercutée dans les rayons des magasins et qui s’ajoute à un recul de la collecte. Au contraire, le litre de lait affiché a même augmenté de 2,1 % par rapport à l’an passé, selon le Cniel. Les entreprises et la distribution préfèrent restaurer leurs marges aux dépends des éleveurs, semble-t-il.

Ainsi, la situation de la filière de lait de consommation résulte de la conjonction d’un certain nombre de facteurs défavorables.

Les enquêtes réalisées l’an passé notent une baisse de la consommation de lait Uht de 2,4 % et de celle du lait pasteurisé de 2,8 %.

Par ailleurs, le marché du lait de consommation est plutôt fermé à l’export puisque la priorité est donnée, dans chaque pays, à la consommation intérieure. En France, seules 3,5 millions de tonnes de lait de consommation sont produites par an sur les 24 millions de tonnes collectées (hors produits fermiers). Mais cette filière est cependant très réactive à la moindre différence de prix entre pays concurrents, ce qui se traduit très vite dans les échanges commerciaux. En effet, le marché mondial du lait de consommation est d’abord un marché de proximité. Les clients de la France et de l’Allemagne sont leurs voisins ! Même si nos voisins d’Outre-Rhin vendaient massivement du lait jusqu’à Moscou !

Le lait français, victime par ricochet de l'embargo russe

Or la production de lait européenne avait atteint des sommets lorsque la Russie a décrété l’embargo contre les produits frais européens en particulier. Aussi, cette décision a généré immédiatement l'engorgement du marché occidental, des produits invendus à l’est de l’Union. Les capacités de stockage de ces produits sont très limitées.

C’est donc par effet de ricochet que le marché français du lait de consommation est victime de l’embargo russe depuis des mois. Et comme les prix du lait payé aux éleveurs ont diminué moins vite que chez leurs voisins allemands ou néerlandais, le litre de lait produit en France est devenu moins compétitif, en particulier dans les régions frontalières. Sur un an, il a baissé de 12 % contre 22 % en Allemagne et 19 % aux Pays Bas.

En fait, cette période de tension se traduit en France, par un déséquilibre des échanges commerciaux, avec des importations de lait de consommation qui croissent plus vite que les exportations. Et c’est la réduction de la balance commerciale de ces échanges qui défraye aujourd’hui les chroniques !

Cette tendance reste d’actualité depuis le début de 2015. D’après FranceAgriMer, les exportations de lait liquide ont augmenté beaucoup moins (+14 %) que les importations (+47 %). Au total, les premières ont porté sur 430 millions d’euros et les importations sur 206 millions d’euros.

Cette fragilité commerciale n’est pas sans conséquences en matière d’emplois. La filière lait de consommation représente 6.000 emplois directs, proches des lieux de collectes, auxquels il est faut ajouter 18.000 emplois indirects.

Multiplier par 10 les exportations vers la Chine

Entre 2010 et 2014, le phénomène inverse avait été alors observé. Selon le Cniel, les exportations de lait liquide avaient, progressé de 120 millions d’euros tandis que les importations stagnaient après avoir fortement diminué au début de la période analysée. Et la balance des paiements était alors de 220 millions d’euros, dont 60 millions avec les pays tiers.

Les débouchés à venir de la filière de consommation sont l’Asie et en particulier la Chine. Comme le lait français bénéficie d’une excellente image de marque, il peut être vendu cher. Aussi, les entreprises ont intérêt à se détacher du marché européen et de développer leurs exportations, meilleurs marchés depuis la baisse de l’euro.

La France ne réalise que 14 % de ses exportations avec les pays tiers hors de l’UE contre 80 % pour le lait infantile, filière dont le pays devrait suivre l’exemple.


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